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Anesthésie émotionnelle : un médicament ?

Anesthésie émotionnelle : bien des causes, dont la dépression. Aussi décrite avec ISRS, finastéride, isotrétinoïne, parfois après l’arrêt (PSSD, PAS, PFS).

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Par Morten SkovPublié le
Anesthésie émotionnelle : un médicament ?

L’anesthésie émotionnelle a de nombreuses causes, dont la dépression, le deuil et les traumatismes. Un médicament peut en être une : les antidépresseurs ISRS peuvent atténuer les émotions, et des personnes décrivent la même chose avec le finastéride et l’isotrétinoïne. On parle de dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD), de syndrome post-finastéride (PFS) et de syndrome post-Accutane (PAS) quand les symptômes durent après l’arrêt.

On passe facilement à côté quand tout paraît terne sans que l’on sache dire pourquoi. Les notices britanniques du finastéride et de l’isotrétinoïne mettent en garde contre une baisse de moral et ne disent rien de l’anesthésie émotionnelle.

Ne plus rien ressentir peut aller de pair avec un moral très bas. Si vous pensez un jour à vous faire du mal, ou si vous avez le sentiment de ne plus pouvoir continuer, vous n’avez pas à traverser cela sans aide. En France, appelez le 3114, gratuit, jour et nuit. Vous pouvez aussi demander un rendez-vous en urgence à votre médecin traitant ou appeler SOS Amitié au 09 72 39 40 50. Notre page sur les idées suicidaires indique d’autres lignes d’écoute.

L’essentiel en trois points

  1. La dépression peut ôter le plaisir de vivre, et le deuil et les traumatismes peuvent anesthésier les émotions, dit le NHS (en anglais), le service de santé britannique.
  2. Le NHS classe le fait de se sentir « émotionnellement engourdi » parmi les effets secondaires fréquents des antidépresseurs (en anglais).
  3. Les critères de 2022 (en anglais) établis par des chercheurs pour la PSSD citent l’anesthésie émotionnelle parmi les symptômes qui peuvent rester après l’arrêt d’un ISRS. Il n’existe pas de chiffre fiable sur sa fréquence.

Presse : contact@sidefxhub.com

Matt a pris du finastéride, un comprimé contre la chute de cheveux, pendant trois ans. Environ trois semaines après l’arrêt, quelque chose de nouveau a commencé.

Un extrait du film de Matt pour Moral Medicine, avril 2026 (en anglais), de 5:26 à 6:45. Les opinions exprimées sont les siennes. Plus loin dans le film, il évoque le suicide. Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.

« J’ai commencé à me sentir très engourdi émotionnellement », dit-il. Il avait été très émotif toute sa vie. Au début, cela lui a donc fait l’effet d’un soulagement, et il s’est demandé si les comprimés ne l’avaient pas rendu dépressif. Une semaine plus tard, il a compris : « Ce n’était pas seulement que je n’étais pas triste, je ne ressentais plus aucune émotion. »

Cinq ans plus tard, dit-il, ses émotions sont toujours émoussées. La suite de son récit est dans Finastéride : que ressent-on avec un PFS ?

Quelles sont les causes de l’anesthésie émotionnelle ?

Une baisse de moral, une perte ou un stress qui dure peuvent chacun la provoquer. Quand on est en dépression, dit le NHS (en anglais), on peut perdre tout intérêt pour ce que l’on aimait et ne plus prendre aucun plaisir à vivre.

« Choc et engourdissement » sont en général la première réaction à une perte, dit la page du NHS sur le deuil (en anglais). Après un traumatisme, la liste des symptômes du trouble de stress post-traumatique (TSPT) (en anglais) établie par le NHS comprend le fait de « ne ressentir aucune émotion ».

Le burn-out, dit l’association britannique Mental Health UK (en anglais), peut donner l’impression d’être « vide et creux ».

Dans chacun de ces cas, une aide existe. Le NHS dit de consulter un médecin généraliste si la baisse de moral dure plus de deux semaines.

Quels médicaments sont associés à l’anesthésie émotionnelle ?

Les antidépresseurs, selon le NHS. Pour le finastéride et l’isotrétinoïne, les données viennent de ce que décrivent les patients. Les passages des notices britanniques cités ci-dessous sont ceux en vigueur en octobre 2026.

  • Les antidépresseurs ISRS. Le NHS classe le fait de se sentir « émotionnellement engourdi » parmi les effets secondaires fréquents des antidépresseurs, et parmi les symptômes à l’arrêt du traitement. Une notice peut aussi le mentionner : celle d’un ISRS (en anglais) cite « émotions atténuées, indifférence » parmi ses effets secondaires fréquents. Notre article sur l’émoussement émotionnel sous ISRS fait le point sur la recherche.
  • Le finastéride, vendu sous le nom de Propecia. Sa notice (en anglais) indique que « des modifications de l’humeur, telles qu’une humeur dépressive, une dépression » ont été signalées, et cite l’anxiété. Elle ne mentionne pas l’anesthésie émotionnelle.
  • L’isotrétinoïne, la capsule contre l’acné vendue sous le nom de Roaccutane au Royaume-Uni et d’Accutane aux États-Unis (en France : Contracné, Curacné, Procuta). Sa notice (en anglais) cite « dépression ou troubles apparentés », dont les signes « comprennent une humeur triste ou altérée, de l’anxiété, un sentiment de mal-être émotionnel ». Elle ne mentionne pas non plus l’anesthésie émotionnelle. Pour en savoir plus : Isotrétinoïne et dépression après l’arrêt.

Des chercheurs ont réuni 300 témoignages (en anglais) sur des troubles sexuels qui avaient duré après ces trois types de médicaments. Environ 1 sur 5 parlait aussi d’émoussement émotionnel, et cela pour les trois. Ces personnes ont choisi d’envoyer leur témoignage : ces chiffres ne peuvent donc pas montrer à quelle fréquence cela arrive.

Katie s’est vu prescrire de la fluoxétine à 21 ans. Au début, son moral s’est amélioré, dit-elle, mais elle « ne pouvait ressentir ni enthousiasme ni joie, ni vraiment profiter de quoi que ce soit ». Elliot a pris de l’isotrétinoïne à 17 ans. Des années plus tard, dit-il, il a fait ce constat : « Je n’ai toujours pas eu une émotion qui m’atteigne. »

L’anesthésie émotionnelle peut-elle durer après l’arrêt d’un médicament ?

Chez certaines personnes, elle a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si cela s’atténuera.

L’arrêt d’un antidépresseur peut provoquer une anesthésie émotionnelle. Selon le NHS, les symptômes à l’arrêt du traitement cessent souvent en quelques semaines, mais chez certaines personnes ils durent des mois, voire plus. Notre article PSSD ou sevrage : quelle différence ? explique ce qui les distingue.

Les critères diagnostiques (en anglais) publiés par des chercheurs en 2022 citent l’anesthésie émotionnelle parmi les symptômes qui peuvent accompagner la PSSD. Elle va souvent de pair avec un engourdissement génital, disent-ils. L’un de leurs critères consiste à vérifier si le trouble est toujours là trois mois après la dernière prise.

Dans le même article, les listes consacrées au finastéride et à l’isotrétinoïne citent la dépression et les troubles cognitifs. L’anesthésie émotionnelle n’y figure pas.

Joanna Moncrieff, professeure de psychiatrie à l’University College London (UCL), dit que beaucoup de personnes qui gardent des troubles sexuels après des antidépresseurs décrivent aussi une sensation d’anesthésie émotionnelle.

La professeure Joanna Moncrieff pour le PSSD Network, juin 2026 (en anglais). Un extrait : les 25 dernières secondes. Les opinions exprimées sont les siennes.

Il n’existe pas de chiffre fiable sur la fréquence à laquelle l’anesthésie émotionnelle dure après l’un de ces médicaments. C’est pour cela que les signalements sont importants.

Que puis-je faire ?

Parlez à votre médecin traitant d’une anesthésie émotionnelle qui dure, quelle qu’en soit la cause à votre avis.

1
Ce que vous ressentez

« Je n’arrive plus à pleurer », « la musique ne me fait plus rien ».

2
Quand cela a commencé

« Peu à peu, depuis l’hiver dernier », ou « trois semaines après mon dernier comprimé ».

3
Vos médicaments, avec les dates

« Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. » Indiquez aussi ceux que vous avez arrêtés.

4
Ce qui se passait par ailleurs

Votre moral, une perte, du stress au travail ou à la maison.

Ce qu’il faut noter avant de voir votre médecin traitant, avec vos mots.

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. Le NHS dit de ne pas arrêter un antidépresseur brutalement, ni sans en avoir d’abord parlé à votre médecin. Pour le finastéride et l’isotrétinoïne, suivez ce que dit la notice.

Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Vous pouvez signaler une anesthésie émotionnelle sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Écrivez « anesthésie émotionnelle » (en anglais : « emotional numbness ») et précisez quand elle a commencé. Si des symptômes sexuels ont aussi persisté après l’arrêt, ajoutez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction) pour un ISRS ou un IRSN, ou Syndrome des inhibiteurs de la 5-alpha-reductase (MedDRA 10082430 ; en anglais : Post 5-alpha-reductase inhibitor syndrome) pour le finastéride. Pour l’isotrétinoïne, il n’existe pas encore de terme.

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

Est-ce la dépression, ou mon médicament ? Ce peut être l’un, l’autre, ou les deux. Le moment est un indice : cela a-t-il commencé avant le médicament, pendant le traitement ou après ? Dans une enquête (en anglais) auprès de personnes qui prenaient des antidépresseurs contre une dépression, près de la moitié avaient les émotions émoussées. C’était d’autant plus net que leur dépression était marquée. Notre article PSSD ou dépression : comment les distinguer ? passe ces points en revue.

L’anesthésie émotionnelle finit-elle par disparaître ? C’est possible. Une baisse de moral peut s’améliorer en peu de temps, dit le NHS, et le TSPT s’améliore en général chez la plupart des personnes. Après un médicament, personne ne peut encore le dire. Benjamin a pris un antidépresseur pendant un mois. Son émoussement émotionnel avait « presque disparu », dit-il, au bout de cinq ou six ans.

D’autres médicaments peuvent-ils la provoquer ? Les chercheurs à l’origine des critères de 2022 notent que l’anesthésie émotionnelle survient aussi sous antipsychotiques. Un pharmacien ou un médecin généraliste peut relire vos notices avec vous. Notre page sur les syndromes post-médicamenteux en dit plus.

Matt a appris plus tard, dit-il, que ce qu’il ressentait portait un nom : l’émoussement émotionnel. Si vos émotions vous semblent éteintes, dites à votre médecin traitant quand cela a commencé et ce que vous preniez. Si cela a commencé pendant un traitement, ou après, vous pouvez aussi le signaler.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Sources

  1. NHS, Antidepressants (en anglais), page révisée le 12 juin 2025. Parmi les effets secondaires fréquents : « des changements d’humeur - comme se sentir plus en colère ou émotionnellement engourdi ». Parmi les symptômes à l’arrêt : « se sentir déprimé, suicidaire, émotionnellement engourdi, ou comme si les choses n’étaient pas réelles » ; « il est fréquent d’en avoir, et ils cessent souvent en quelques semaines ». Chez certaines personnes, ils peuvent « commencer des semaines ou des mois plus tard et durer des mois, voire plus ». « N’arrêtez pas un antidépresseur brutalement ni sans en avoir d’abord parlé à votre médecin. » La page porte sur les antidépresseurs en général, dont les ISRS.
  2. NHS, Symptoms: depression in adults (en anglais), page révisée le 5 juillet 2023. « Si vous êtes en dépression, vous pouvez vous sentir triste, sans espoir, et perdre tout intérêt pour ce que vous aimiez. » Parmi les symptômes psychologiques : « n’avoir aucune motivation ni aucun intérêt pour quoi que ce soit » et « ne prendre aucun plaisir à vivre ». « Une baisse de moral peut s’améliorer en peu de temps. » NHS, Low mood, sadness and depression (en anglais), page révisée le 29 juillet 2026 : consulter un médecin généraliste si « votre moral est bas depuis plus de 2 semaines ». Les pages du NHS n’emploient pas les mots « emotional numbness » (anesthésie émotionnelle) à propos de la dépression.
  3. NHS, Get help with grief after bereavement or loss (en anglais), page révisée le 14 juillet 2026. Parmi les signes du deuil : « choc et engourdissement - c’est en général la première réaction à une perte, et les personnes disent souvent qu’elles sont “comme dans un état second” ».
  4. NHS, PTSD (post-traumatic stress disorder) (en anglais), page révisée le 8 avril 2026. Chez l’adulte, les symptômes peuvent comprendre le fait d’« avoir du mal à maîtriser ses sentiments et ses émotions, ou ne ressentir aucune émotion ». Le TSPT « s’améliore en général chez la plupart des personnes, mais les symptômes peuvent être plus graves et durer plus longtemps chez certaines ».
  5. Mental Health UK, Burnout (en anglais), page lue le 12 octobre 2026. « Un stress prolongé peut mener au burn-out, et si un stress passager peut vous épuiser, le burn-out peut vous donner l’impression d’être vide et creux. » La page précise que le burn-out n’est ni une maladie ni un trouble psychique.
  6. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, 3114.fr, consulté le 12 octobre 2026 : accessible 24 h/24 et 7 j/7, gratuitement, dans toute la France. SOS Amitié, sosamitie.org, consulté le 12 octobre 2026 : téléphone au 09 72 39 40 50, 24 h/24.
  7. Cipramil (citalopram) 20 mg, comprimés pelliculés, notice (en anglais), Electronic Medicines Compendium (EMC 992), dernière révision en janvier 2025. Rubrique 4, effets secondaires fréquents (peuvent toucher jusqu’à 1 personne sur 10) : « émotions atténuées, indifférence (apathie) ». Nous avons lu aussi quatre autres notices britanniques d’ISRS, et aucune ne contient cette ligne. Lustral (sertraline, EMC 2835, en anglais, décembre 2025) classe « se sentir bizarre » parmi les effets fréquents. Fluoxétine 20 mg (EMC 15755, en anglais, septembre 2022) classe la « sensation de détachement de soi-même » parmi les effets peu fréquents. Cipralex (escitalopram, EMC 7718, en anglais, mai 2025) classe la « dépersonnalisation » parmi les effets rares. Seroxat (paroxétine, EMC 7592, en anglais, octobre 2024) classe la « sensation de détachement de soi-même (dépersonnalisation) » parmi les effets rares. Les cinq contiennent la phrase selon laquelle les symptômes sexuels se sont, dans certains cas, « prolongés après l’arrêt du traitement ». Les différences ne tiennent qu’à la formulation ; elles ne disent rien sur le médicament avec lequel cela arriverait le plus souvent.
  8. Propecia (finastéride) 1 mg, comprimés pelliculés, notice (en anglais), EMC 2194, dernière révision en mai 2026. Rubrique 2 : « Des modifications de l’humeur, telles qu’une humeur dépressive, une dépression et, moins fréquemment, des pensées suicidaires, ont été signalées chez des patients traités par Propecia. Si vous présentez l’un de ces symptômes, arrêtez de prendre Propecia et contactez votre médecin dès que possible pour obtenir un avis médical. » La rubrique 4 cite la dépression, et l’anxiété sous « fréquence indéterminée ». La notice ne mentionne ni l’anesthésie émotionnelle ni l’émoussement émotionnel.
  9. Roaccutane (isotrétinoïne) 10 mg et 20 mg, capsules molles, notice (en anglais), EMC 100633, dernière révision en avril 2026. Rubrique 4, « Mental problems » (troubles psychiques), fréquence indéterminée : « Dépression ou troubles apparentés. Les signes comprennent une humeur triste ou altérée, de l’anxiété, un sentiment de mal-être émotionnel ». « Contactez immédiatement votre médecin si vous présentez des signes de l’un de ces troubles psychiques. » La rubrique 4 indique aussi que les effets secondaires sont « généralement réversibles après un changement de dose ou l’arrêt du traitement, mais certains peuvent persister après l’arrêt du traitement ». La notice ne mentionne ni l’anesthésie émotionnelle ni l’émoussement émotionnel. Le rapport de 2023 de la Commission on Human Medicines sur l’isotrétinoïne (en anglais), dans lequel nous avons cherché ces mots, ne les cite pas non plus. Dans sa partie sur l’orgasme, le commentaire d’une personne traitée dit que « tout semble comme engourdi et déconnecté ».
  10. Healy D, Le Noury J, Mangin D. Enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, 5α-reductase inhibitors and isotretinoin: 300 cases (en anglais). Int J Risk Saf Med 2018;29(3-4):125-134. Des témoignages envoyés à RxISK.org, un site consacré à la sécurité des médicaments, créé par les auteurs et leurs collègues. Tableaux 3a et 3b, émoussement émotionnel : 46 hommes sur 245 (35 sur 171 après un inhibiteur de la recapture de la sérotonine, 5 sur 49 après l’isotrétinoïne, 6 sur 25 après un inhibiteur de la 5-alpha-réductase comme le finastéride) et 14 femmes sur 55, toutes les 14 après un inhibiteur de la recapture de la sérotonine. Soit 60 sur 300. Toutes les personnes de l’étude avaient des troubles sexuels durables et ont choisi d’envoyer leur témoignage, et il n’y avait pas de groupe de comparaison. Les chiffres comptent donc ce que ces personnes ont décrit ; ils ne peuvent ni donner une fréquence, ni comparer les médicaments, ni établir une cause.
  11. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Un consensus d’experts. PSSD : « Les symptômes non sexuels associés peuvent comprendre : anesthésie émotionnelle, dépersonnalisation, autres troubles sensoriels touchant la peau, l’odorat, le goût ou la vue, troubles cognitifs. » « L’anesthésie émotionnelle et l’engourdissement génital vont souvent de pair. Mais l’anesthésie émotionnelle survient aussi sous antipsychotiques, sans dysfonction sexuelle de ce type ». « L’anesthésie émotionnelle ou la dépersonnalisation peut être le principal motif de consultation d’une personne en soins de premier recours ». Critère n° 6 : « Le trouble est présent ≥ 3 mois après l’arrêt du traitement ». Pour le finastéride, les effets qui peuvent survenir avec ou sans difficultés sexuelles sont les troubles cognitifs, la dépression et la suicidalité. Pour l’isotrétinoïne, la liste ajoute des modifications de la peau, des articulations et de l’intestin. Aucune des deux listes ne cite l’anesthésie émotionnelle, bien que le résumé de l’article dise que les symptômes associés « peuvent comprendre un émoussement émotionnel et des troubles cognitifs ». « L’incidence de ces maladies est inconnue. »
  12. Goodwin GM, Price J, De Bodinat C, Laredo J. Emotional blunting with antidepressant treatments: a survey among depressed patients (en anglais). J Affect Disord 2017;221:31-35. Lu sous forme de résumé. Une enquête en ligne auprès de 669 personnes traitées pour une dépression et de 150 témoins rétablis. 46 % des personnes traitées ont déclaré un émoussement émotionnel, et les scores d’émoussement augmentaient avec les scores de dépression. Les auteurs concluent que l’émoussement émotionnel « ne peut pas être décrit simplement comme un effet secondaire des antidépresseurs, mais aussi comme un symptôme de la dépression ». Limite : des données déclarées par les participants eux-mêmes.
  13. Moral Medicine, This Year I’m turning 30 years old, and I haven’t felt an orgasm since I was 24 (en anglais), le film de Matt, 6 avril 2026 (17 minutes), intégré ici sous forme d’extrait, de 5:26 à 6:45. D’après les sous-titres automatiques de YouTube : trois ans de finastéride « sans aucun problème » (4:24). Après une dose plus faible et une forme topique, il a « complètement arrêté le médicament » (5:24). « Vers la fin de ces trois semaines… j’ai commencé à me sentir très engourdi émotionnellement » (5:32 à 5:37). « J’avais été très émotif toute ma vie jusque-là, alors au début cette sensation m’a en fait apporté une sorte de soulagement » (5:40 à 5:44). « Ce n’était pas seulement que je n’étais pas triste, je ne ressentais plus aucune émotion » (5:55). « J’ai appris plus tard que cette sensation avait un nom, l’anhédonie et l’émoussement émotionnel » (6:20 à 6:22). Cinq ans plus tard, « mes émotions sont toujours complètement émoussées » (9:25, hors de l’extrait). Son histoire sur notre site : Matt : trois ans sous finastéride.
  14. PSSD Network, Professor Joanna Moncrieff discusses Post-SSRI Sexual Dysfunction (PSSD) (en anglais), 25 juin 2026 (89 secondes), intégré ici de 1:04 à la fin. Propos reformulés, et non cités, d’après les sous-titres automatiques, de 1:13 à 1:28 : beaucoup de personnes disent que leur vie émotionnelle est touchée, comme leur vie sexuelle, et qu’elles se sentent comme anesthésiées de façon générale ; il est bien possible que les médecins ne le sachent pas. Joanna Moncrieff est professeure de psychiatrie à l’UCL.
  15. Entretiens de Moral Medicine cités ici sans être intégrés, d’après les sous-titres automatiques de YouTube (en anglais). Katie, 26 mai 2026 : fluoxétine à 21 ans (0:43) ; « mon moral s’est d’abord amélioré… je ne pouvais non plus ressentir ni enthousiasme ni joie, ni vraiment profiter de quoi que ce soit » (2:48 à 3:06). Elliot, 28 janvier 2025 : Roaccutane à 17 ans (3:45) ; « Je n’ai toujours pas eu une émotion qui m’atteigne » (vers 1:14:55). Benjamin, 16 juillet 2024 : un antidépresseur pendant un mois (3:55) ; « l’émoussement émotionnel, au début c’était vraiment, vraiment, vraiment dur, mais je dirais qu’il a presque disparu maintenant… il a fallu cinq ou six ans environ » (5:53 à 6:07). Les histoires de Katie et d’Elliot sur notre site : Katie, Elliot. Le récit de Benjamin est dans Antidépresseurs : que ressent-on avec la PSSD ?

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