PSSD ou sevrage : quelle différence ?
Le sevrage d’un ISRS dure en général quelques semaines, selon le NHS. Un engourdissement génital qui reste après l’arrêt a un nom : la PSSD.
SIDEfxHUB est une association de patients. Nous ne sommes pas des professionnels de santé, et ces informations ne remplacent pas un avis médical. Ne commencez, n’arrêtez ni ne modifiez aucun médicament à cause de ce que vous lisez ici. Parlez-en d’abord à votre médecin.
Si vous traversez un moment difficile :3114 (gratuit, 24 h/24)09 72 39 40 50 SOS AmitiéTrouver une ligne d’écoute dans votre pays

Le sevrage, c’est ce qui peut arriver quand on diminue ou arrête un antidépresseur, et selon le NHS (en anglais), le service de santé britannique, il dure en général quelques semaines. La dysfonction sexuelle post-ISRS, ou PSSD, est une modification durable de la sensibilité génitale, souvent un engourdissement, qui persiste après l’arrêt et peut durer des années.
La PSSD ne se limite pas à la sexualité, même si son nom le suggère. Les critères de la PSSD de 2022 (en anglais) décrivent aussi un émoussement émotionnel, des troubles de la réflexion et des changements de la peau, de l’odorat, du goût ou de la vue. Le NHS cite lui aussi l’émoussement émotionnel et la difficulté à réfléchir parmi les symptômes de sevrage : le chevauchement est réel. Ce qui distingue la PSSD, c’est le moment où les troubles apparaissent et la sensibilité génitale.
L’essentiel en trois points
- Les symptômes de sevrage durent en général quelques semaines, selon le NHS (en anglais). Chez certaines personnes, ils peuvent durer des mois ou plus.
- La notice britannique de la sertraline (en anglais) comporte une mise en garde distincte : dans certains cas, des troubles sexuels « se sont prolongés après l’arrêt du traitement ».
- En 2019, l’Agence européenne des médicaments (EMA) (en anglais) a demandé cette mise en garde pour dix antidépresseurs ISRS et IRSN, dont la sertraline. Les patients appellent cela la PSSD.
Presse : contact@sidefxhub.com
Francis est infirmier en pratique avancée aux États-Unis. Il a pris de la sertraline (Zoloft) pendant deux mois environ. Sa sexualité a changé pendant le traitement. Il n’arrivait plus à avoir d’orgasme, et il dit : « Je ne sentais plus rien. »
L’arrêt a apporté autre chose : trois semaines de « brain zaps ». « C’est comme si un éclair vous frappait à la tête », dit-il. Les troubles sexuels se sont un peu atténués, mais neuf ans plus tard, il dit : « Je n’ai plus jamais été le même. »
Qu’est-ce que le syndrome de sevrage des antidépresseurs ?
C’est ce que l’arrêt d’un antidépresseur peut provoquer : des vertiges, des nausées, des troubles du sommeil, ou une secousse comme une décharge électrique dans la tête, le « brain zap ». Tous figurent parmi les symptômes de sevrage dans la liste du NHS (en anglais).
Chez Francis, les décharges sont arrivées au travail. « Ça, c’était le sevrage », dit-il. Dans ce court extrait, il décrit les décharges elles-mêmes.
Le sevrage commence en général dans les quelques jours qui suivent le début de l’arrêt et dure quelques semaines, selon le NHS. Chez certaines personnes, ajoute-t-il, les symptômes peuvent être intenses, commencer des semaines ou des mois plus tard, et durer des mois ou plus.
Personne ne peut encore prédire qui sera concerné, indique le Royal College of Psychiatrists (en anglais), l’organisation professionnelle des psychiatres britanniques.
Katie Thistleton, animatrice sur BBC Radio 1, a parlé de l’arrêt de son antidépresseur dans un reportage de 2023. « Je ne peux pas revivre ce sevrage », dit-elle. Près de quatre mois après l’arrêt, elle avait des crises de panique la nuit.
En quoi la PSSD est-elle différente du sevrage ?
Les critères de 2022 insistent sur un point : une modification durable de la sensibilité des organes génitaux, par exemple un engourdissement, après l’arrêt. Les « brain zaps » et les vertiges ne figurent pas dans leur liste.
Les troubles peuvent commencer alors que l’on prend encore les comprimés. Ceux de Francis ont commencé sous sertraline, et ce sont eux qui sont restés.
La notice britannique de la sertraline sépare elle aussi les deux. « Withdrawal reactions » (réactions de sevrage) est une mise en garde. « Sexual problems » (troubles sexuels) en est une autre, et elle indique que, dans certains cas, ces symptômes « se sont prolongés après l’arrêt du traitement ».
La mise en garde européenne de 2019 portait le titre « Persistent sexual dysfunction after drug withdrawal » (dysfonction sexuelle persistante après l’arrêt du médicament). Là, « withdrawal », le mot anglais pour « sevrage », veut simplement dire que l’on arrête le médicament. Pas étonnant que l’on confonde les deux.
Chez certaines personnes, la PSSD a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si cela finira par s’atténuer.
Le sevrage peut-il aussi causer des troubles sexuels ?
Parfois, et la frontière peut être floue. Les effets secondaires sexuels ordinaires peuvent se prolonger « quelques jours ou quelques semaines » après le dernier comprimé, écrivent les médecins à l’origine des critères de la PSSD. Des troubles sexuels peuvent aussi apparaître pour la première fois, ou s’aggraver, une fois le médicament arrêté.
Une étude de 2020 (en anglais) sur des messages de forum consacrés à un sevrage long a compté les symptômes sexuels comme du sevrage : deux des 69 personnes en mentionnaient. La liste du NHS des symptômes de sevrage ne parle pas de sexualité. La notice de la sertraline cite l’« engourdissement » parmi ce qu’un arrêt brutal peut provoquer, sans dire où.
Pendant les premières semaines, tous les symptômes ne rentrent donc pas dans une seule case. Une fois que les troubles sexuels ont duré trois mois après l’arrêt, il s’agit plus probablement d’une PSSD, selon les critères. Pour aller plus loin : Les effets sexuels des ISRS disparaissent-ils ? et Pas de libido après l’arrêt des antidépresseurs.
À l’arrêt d’un ISRS : ce que disent les sources
Que puis-je faire ?
Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. N’arrêtez pas du jour au lendemain.
Vous n’avez pas besoin de savoir duquel des deux il s’agit avant de voir votre médecin traitant. Notez ce qui a changé, et quand :
- Votre médicament : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. »
- Ce qui a commencé à l’arrêt : « Brain zaps et vertiges depuis la semaine qui a suivi mon dernier comprimé. »
- Ce qui a changé dans votre sexualité, votre sensibilité et votre pensée : « Le toucher est engourdi depuis le printemps 2023. La musique ne me touche plus. »
- Comment c’était avant : « Aucun problème avant 2023. »
Trois questions pour votre médecin
- Parmi mes symptômes, lesquels correspondent à un sevrage, et lesquels non ?
- À quoi s’attendrait-on s’il ne s’agissait que d’un sevrage ?
- Quand refait-on le point si rien n’a changé ?
Vous pourriez commencer ainsi : « Une partie a commencé après l’arrêt, mais une autre a commencé alors que je prenais encore le médicament. »
Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin, et le sevrage peut lui aussi être signalé. Si une baisse de moral en fait partie, lisez PSSD ou dépression : comment les distinguer ?.
Signalez-le : cela aide tout le monde
Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.
- Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
- Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
- Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).
Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape
Quelles sont les autres questions fréquentes ?
Les « brain zaps » sont-ils un signe de PSSD ? Ils figurent dans la liste du NHS des symptômes de sevrage, et les critères de la PSSD ne les mentionnent pas. On peut avoir les deux à la fois, comme Francis : des décharges dues à l’arrêt, et des troubles sexuels qui avaient commencé avant.
Qu’est-ce que le sevrage prolongé ? C’est le nom que certains chercheurs donnent à un sevrage qui se poursuit bien après les premières semaines (en anglais : protracted withdrawal). La page du NHS n’emploie pas ce terme. Dans l’étude de 2020, certaines personnes décrivaient des symptômes qui duraient depuis des années.
Un « crash » de PSSD, est-ce la même chose que le sevrage ? « Crash » est le mot des patients pour des symptômes qui apparaissent, ou s’aggravent brutalement, après l’arrêt d’un ISRS ou la diminution de sa dose. Ce n’est pas un terme médical, et il peut désigner l’un comme l’autre. Nous le décrivons dans PSSD : comprendre le crash.
Les « brain zaps » de Francis ont disparu en trois semaines. Neuf ans plus tard, il dit qu’il n’a plus jamais été le même. Si quelque chose a changé depuis votre dernier comprimé, vous pouvez le signaler sans savoir comment l’appeler.
Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.
Sources
- NHS, Antidepressants (en anglais), dernière révision le 12 juin 2025. « Withdrawal symptoms of antidepressants » : la liste des symptômes, dont « se sentir mal, avoir des idées suicidaires, être émotionnellement engourdi ou avoir l’impression que les choses ne sont pas réelles », « confusion ou difficulté à réfléchir » et la sensation d’« une décharge électrique dans la tête (parfois décrite comme des “brain zaps”) ». « How long antidepressant withdrawal symptoms last » : ils « commencent en général dans les quelques jours qui suivent le début de l’arrêt des antidépresseurs et durent quelques semaines » ; chez certaines personnes, ils peuvent être intenses, « commencer des semaines ou des mois plus tard, et durer des mois ou plus ». Effets secondaires : les troubles sexuels « peuvent se poursuivre après l’arrêt des antidépresseurs » chez certaines personnes. « Vous pouvez signaler tout effet secondaire suspecté grâce au dispositif Yellow Card. »
- Royal College of Psychiatrists, Stopping antidepressants (en anglais), publié en mars 2024. Citant le NICE : chez certaines personnes, les symptômes de sevrage « peuvent être légers et disparaître assez vite » ; d’autres « peuvent avoir des symptômes plus intenses qui durent beaucoup plus longtemps (parfois des mois ou plus d’un an) ». « À l’heure actuelle, nous ne pouvons pas prédire qui aura les symptômes de sevrage les plus graves. »
- Lustral (sertraline) 50 mg and 100 mg film-coated tablets, notice (en anglais), Viatris, Electronic Medicines Compendium (EMC 2835), dernière révision en décembre 2025. Rubrique 2, « Withdrawal reactions » : en général, ces symptômes « s’estompent en 2 semaines » et, chez certains patients, « peuvent durer plus longtemps (2-3 mois ou plus) ». Rubrique 2, « Sexual problems » : « Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement. » Rubrique 3, « If you stop taking Lustral » : « vertiges, engourdissement, troubles du sommeil, agitation ou anxiété, maux de tête, nausées, vomissements et tremblements ».
- Agence européenne des médicaments (EMA), PRAC, recommendations on signals adopted at the 13-16 May 2019 PRAC meeting (en anglais), EMA/PRAC/265212/2019, section 1.3, « Persistent sexual dysfunction after drug withdrawal », adoptées le 16 mai 2019. Texte de la mise en garde pour six ISRS et quatre IRSN.
- Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Un consensus d’experts ; critères proposés. Section 3 (PSSD) : le critère nécessaire est une modification durable de la sensibilité génitale après la fin du traitement ; les autres symptômes peuvent inclure « l’émoussement émotionnel », « la dépersonnalisation », « d’autres troubles sensoriels touchant la peau, l’odorat, le goût ou la vue » et « une altération cognitive ». Les effets secondaires sexuels ordinaires « peuvent se prolonger quelques jours ou quelques semaines » ; une fois que la dysfonction dure depuis trois mois, « il s’agit plus probablement d’une PSSD ». « Dans certains cas, une dysfonction sexuelle durable peut n’apparaître qu’à l’arrêt du médicament, ou une dysfonction légère sous traitement peut s’aggraver à l’arrêt. »
- Hengartner MP, Schulthess L, Sorensen A, Framer A. Protracted withdrawal syndrome after stopping antidepressants: a descriptive quantitative analysis of consumer narratives from a large internet forum (en anglais). Ther Adv Psychopharmacol 2020;10:2045125320980573. 69 témoignages issus d’un forum d’entraide, avec des symptômes durant plus de six semaines ; durée de 5 à 166 mois. Deux personnes mentionnaient des symptômes sexuels persistants. Les auteurs notent que certaines personnes ont pu passer sous silence des symptômes délicats. Messages de forum : un décompte de ce que les personnes ont écrit, pas une fréquence.
- Moral Medicine, entretien avec Francis (en anglais), 11 août 2025. Son témoignage sur notre site : Francis : un infirmier parle de la PSSD.
- BBC News, Antidepressants: Should we talk about side-effects? (en anglais), 11 août 2023.
- Terme MedDRA de plus bas niveau (lowest level term) Post-SSRI sexual dysfunction, code 10086208.
Ces informations ne remplacent pas un avis médical. Parlez-en à votre médecin avant toute décision concernant votre traitement.
640+ personnes se sont inscrites au registre.
Rejoignez-les, puis signalez vos effets secondaires.
Gratuit. L’inscription prend 2 minutes.