Pas de libido après l’arrêt des antidépresseurs
La baisse de libido disparaît en général après l’arrêt des antidépresseurs. Selon les notices britanniques, elle a parfois persisté : c’est la PSSD.
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La baisse de libido est un effet secondaire fréquent des antidépresseurs et, chez la plupart des personnes, le désir revient une fois le traitement arrêté. Les notices britanniques des ISRS préviennent que des troubles sexuels ont parfois persisté après l’arrêt : on parle alors de dysfonction sexuelle post-ISRS, ou PSSD.
Il est raisonnable d’attendre quelques semaines, car les effets secondaires sexuels habituels peuvent se prolonger après le dernier comprimé. Si votre libido n’est toujours pas revenue trois mois après l’arrêt, une PSSD est plus probable, selon les chercheurs qui ont rédigé ses critères de diagnostic.
L’essentiel en trois points
- La baisse de libido est un effet secondaire fréquent des ISRS, et elle disparaît en général à l’arrêt du traitement (agence néo-zélandaise du médicament, en anglais).
- Les notices britanniques des ISRS préviennent que des troubles sexuels ont parfois persisté après l’arrêt (notice de la sertraline, en anglais).
- Personne n’a mesuré leur fréquence (revue, en anglais). Quand cela persiste, on parle de PSSD.
Presse : contact@sidefxhub.com
En 2022, Grant a pris de l’escitalopram (Lexapro, vendu en France sous le nom de Seroplex) pendant environ un mois, contre l’anxiété et des troubles du sommeil. Un mois après son dernier comprimé, les effets secondaires sexuels étaient toujours là, et il a consulté en urologie. On lui a conseillé d’attendre encore un peu, car des effets comme les siens peuvent mettre du temps à disparaître.
Avant le Lexapro, sa libido était très forte. « Je n’ai absolument aucune libido », dit-il, et il décrit aussi un engourdissement génital. Environ deux ans après l’arrêt, il n’avait pas constaté « la moindre amélioration ».
La libido revient-elle après l’arrêt des antidépresseurs ?
Chez la plupart des personnes, oui. Selon un document publié en 2026 par l’agence néo-zélandaise du médicament (en anglais), les effets secondaires sexuels durent en général tant que l’on prend le médicament, puis disparaissent à l’arrêt.
La baisse de libido en fait partie. La notice britannique de la sertraline (en anglais) cite la « diminution de l’intérêt sexuel » parmi les effets secondaires fréquents, avec les troubles de l’érection. Les antidépresseurs peuvent aussi entraîner d’autres troubles sexuels.
Reste une question plus difficile : combien de temps attendre ? En 2022, des médecins et des scientifiques ont rédigé des critères de diagnostic de la PSSD (en anglais). Selon eux, les effets secondaires sexuels habituels peuvent se prolonger « quelques jours ou quelques semaines » après le dernier comprimé. Au bout de trois mois de troubles, une PSSD devient plus probable.
Le conseil donné à Grant valait donc pour les premières semaines. Trois mois après son dernier comprimé, rien ne s’était amélioré.
La libido de Grant après le Lexapro
La baisse de libido peut-elle persister après l’arrêt des antidépresseurs ?
Oui, chez certaines personnes. La notice britannique de la sertraline indique que, dans certains cas, les symptômes sexuels « se sont prolongés après l’arrêt du traitement ». En 2019, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a demandé une mise en garde (en anglais) pour chaque ISRS et chaque IRSN.
Lareb, le centre néerlandais de pharmacovigilance, a examiné les signalements (en anglais) de personnes dont les troubles sexuels n’avaient pas disparu après l’arrêt d’un ISRS. La perte du désir faisait souvent partie de ce qui restait : environ 6 personnes sur 10 décrivaient une libido disparue ou diminuée. Dans un signalement, les troubles duraient depuis 23 ans.
Personne n’a mesuré à quelle fréquence cela arrive. Une revue de 2023 (en anglais) n’a trouvé aucune estimation fiable dans la recherche publiée.
Est-ce une PSSD ou une simple baisse de libido ?
Le principal indice, c’est la sensibilité au toucher. Les critères de 2022 n’exigent qu’un seul symptôme pour une PSSD : un changement durable de la sensibilité génitale après l’arrêt du traitement. La perte du désir figure aussi sur leur liste.
Les personnes touchées décrivent ce changement de deux façons. Les organes génitaux semblent engourdis, comme sous anesthésie, ou bien le toucher y est ressenti comme sur n’importe quelle autre partie du corps. L’orgasme peut aussi ne plus procurer de plaisir.
Les scientifiques à l’origine de ces critères préviennent que ce changement de sensibilité « peut être masqué » par une perte du désir, et ils demandent aux médecins de poser directement la question. Grant décrit les deux.
Dans une étude britannique de 2026 (en anglais), toutes les personnes atteintes de PSSD qui ont été interrogées décrivaient un engourdissement génital, une perte d’intérêt pour la sexualité, ou les deux.
Un homme, appelé Frank dans l’étude, a confié à un ami : « Je n’ai pas de libido. » L’ami lui a répondu que la plupart des hommes de leur âge en perdent un peu. « Moi, je l’ai complètement perdue », dit Frank.
Que puis-je faire ?
Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. N’arrêtez pas du jour au lendemain.
Si votre libido n’est pas revenue depuis l’arrêt, parlez-en à votre médecin traitant. Donnez vos dates et dites précisément ce qui a changé : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. Plus de libido depuis, et une sensation d’engourdissement au toucher. »
Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.
Signalez-le : cela aide tout le monde
Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.
- Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
- Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
- Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).
Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape
Quelles sont les autres questions fréquentes ?
Est-ce que cela peut venir de ma dépression ? Elle peut jouer un rôle. La dépression elle-même fait souvent baisser la libido, note le document néo-zélandais, et les critères de la PSSD demandent comment était la sexualité avant le médicament. Dans un signalement à Lareb, une femme écrivait que sa dépression était passée, mais que sa libido était « toujours proche de zéro ».
La PSSD est-elle permanente ? Chez certaines personnes, elle a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si elle finira par s’atténuer. Le nombre de personnes qui se rétablissent complètement « n’a jamais été correctement étudié », écrivaient en 2024 les scientifiques David Healy et Dee Mangin (en anglais). Pour en savoir plus : notre page sur la PSSD et notre article Les effets sexuels des ISRS disparaissent-ils ?
Les femmes sont-elles aussi concernées ? Oui. Les femmes la décrivent souvent comme une perte de libido, tandis que les hommes parlent parfois de troubles de l’érection, écrivent Healy et Mangin. Les personnes touchées ne mentionnent pas toujours les changements de sensibilité génitale si personne ne leur pose la question. Notre article sur la PSSD chez la femme explique pourquoi les symptômes des femmes peuvent passer inaperçus.
On a conseillé à Grant d’attendre, et deux ans plus tard, rien ne s’était amélioré. Si votre libido n’est pas revenue, vous n’avez pas besoin d’attendre pour le signaler : le doute suffit.
Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.
Sources
- Lustral 50 mg et 100 mg, comprimés pelliculés, notice (en anglais), dernière révision en décembre 2025. Electronic Medicines Compendium. Rubrique 2, « Sexual problems » : dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement. Rubrique 4 : la diminution de l’intérêt sexuel et les troubles de l’érection figurent parmi les effets fréquents (jusqu’à 1 personne sur 10).
- Medsafe, Update on sexual dysfunction following discontinuation of serotonin reuptake inhibitors (en anglais), document pour le Medicines Adverse Reactions Committee, 11 juin 2026. Section 2.2.2 : les effets secondaires sexuels « persistent généralement tant que le médicament est pris et disparaissent après l’arrêt ». Section 2.2.1 : les troubles sexuels liés à la dépression, surtout une baisse de libido. Section 3.3.1 : synthèse des signalements de Lareb, dont celui, cité ici, d’une femme de 31 à 40 ans après du citalopram.
- Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Un consensus d’experts. Critères nécessaires : un traitement antérieur par un inhibiteur de la recapture de la sérotonine et une modification durable de la sensibilité génitale après l’arrêt du traitement ; une perte durable du désir sexuel est un critère supplémentaire. Les effets secondaires sexuels ordinaires « peuvent se prolonger quelques jours ou quelques semaines » ; à trois mois, une PSSD est plus probable. Les changements de sensibilité génitale « peuvent être masqués par des symptômes de perte du désir sexuel ou de l’excitation ».
- Agence européenne des médicaments (EMA), PRAC, recommendations on signals adopted at the 13-16 May 2019 PRAC meeting (en anglais), EMA/PRAC/265212/2019, section 1.3, adoptées le 16 mai 2019. Texte de l’avertissement pour six ISRS et quatre IRSN.
- Chinchilla Alfaro K, van Hunsel F, Ekhart C. Persistent sexual dysfunction after SSRI withdrawal: a scoping review and presentation of 86 cases from the Netherlands (en anglais). Expert Opin Drug Saf 2022;21(4):553-561. Signalements au centre néerlandais de pharmacovigilance Lareb, de 1992 à 2021 : perte ou baisse de la libido dans 53 signalements sur 86 (62 %) ; le cas le plus long durait depuis 23 ans. Signalements spontanés : un décompte de ce que les personnes ont décrit, pas une fréquence.
- Tarchi L, Merola GP, Baccaredda-Boy O et al. Selective serotonin reuptake inhibitors, post-treatment sexual dysfunction and persistent genital arousal disorder: a systematic review (en anglais). Pharmacoepidemiol Drug Saf 2023;32(10):1053-67.
- Brugi S, Budd B, Mackie C, Fish S. “It’s taken away the most fundamental things about being human”: the lived experience and impact of post-SSRI sexual dysfunction (en anglais). Int J Qual Stud Health Well-being 2026;21(1):2717470, publié en ligne le 13 août 2026. University of East Anglia ; entretiens avec dix personnes au Royaume-Uni. Frank est un pseudonyme (homme, 50 à 59 ans). Accès libre, CC BY 4.0.
- Healy D, Mangin D. Post-SSRI sexual dysfunction: barriers to quantifying incidence and prevalence (en anglais). Epidemiol Psychiatr Sci 2024;33:e40. Sur la façon dont les hommes et les femmes la décrivent, sur les symptômes que l’on ne mentionne pas sans qu’on pose la question, et sur le rétablissement, jamais correctement étudié.
- Vidéos : Moral Medicine, entretien avec Grant sur la PSSD après le Lexapro, 24 juin 2024 ; NHS Black Country Integrated Care Board, What is the Yellow Card Scheme?, 4 novembre 2021 (toutes deux en anglais).
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