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Orgasme sans plaisir après un ISRS

Les ISRS peuvent atténuer l’orgasme : peu ou pas de plaisir. Selon les notices britanniques, des troubles sexuels ont parfois duré après l’arrêt : la PSSD.

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Par Morten SkovPublié le
Orgasme sans plaisir après un ISRS

Les antidépresseurs ISRS peuvent atténuer l’orgasme : il survient encore, mais n’apporte que peu de plaisir, voire aucun. Les notices britanniques préviennent que des troubles sexuels ont parfois persisté après l’arrêt : on parle alors de dysfonction sexuelle post-ISRS, ou PSSD.

Les notices britanniques des ISRS mentionnent les orgasmes difficiles à atteindre ou qui ne viennent jamais. Aucune des cinq que nous avons consultées ne parle d’un orgasme qui survient mais où l’on ne ressent rien. Des chercheurs le comptent pourtant parmi les signes de la PSSD.

L’essentiel en trois points

  1. Les ISRS modifient souvent l’orgasme. La notice britannique du Seroxat (en anglais), un nom commercial de la paroxétine (Deroxat en France), classe l’« absence d’orgasme » parmi les effets secondaires très fréquents.
  2. Les notices britanniques préviennent que des troubles sexuels ont parfois persisté après l’arrêt. Celle de la fluoxétine (en anglais) cite les troubles de l’orgasme.
  3. Un plaisir diminué pendant l’orgasme fait partie des signes retenus dans les critères de la PSSD de 2022 (en anglais). Personne n’a mesuré à quelle fréquence cela arrive.

Presse : contact@sidefxhub.com

Lee a pris de la sertraline pendant environ 18 mois, pour des attaques de panique et une dépression. Quelques mois après l’arrêt, il s’est rendu compte qu’il n’éprouvait « aucun plaisir à l’éjaculation ». Son corps lui semblait « complètement vide de sensations et de frissons », raconte-t-il dans un témoignage publié par l’association de patients PSSD Network (en anglais).

Quatre ans plus tard, ses émotions étaient revenues. Ses orgasmes étaient « toujours terriblement émoussés ». Personne ne comprend, dit-il, pas même son médecin.

Que ressent-on pendant un orgasme sans plaisir ?

Physiquement, l’orgasme a toujours lieu, mais la sensation de plaisir est faible ou absente. Des chercheurs ont étudié les signalements envoyés à RxISK (en anglais), un site consacré à la sécurité des médicaments. Ils décrivent « une série de contractions musculaires rythmiques, accompagnées de peu de sensations ». Les hommes remarquent parfois aussi une éjaculation moins puissante.

Dans ces signalements, environ 4 hommes sur 10, parmi ceux dont les troubles sexuels avaient persisté après un antidépresseur, décrivaient un orgasme faible ou sans plaisir. Ce sont les personnes elles-mêmes qui ont choisi d’écrire : leurs signalements montrent donc ce qu’elles décrivent, pas à quelle fréquence cela arrive.

Les médecins parlent d’orgasme anhédonique (en anglais). L’anhédonie, c’est la perte de la capacité à ressentir du plaisir. Chez certaines personnes atteintes de PSSD, elle dépasse la sexualité.

L’orgasme sans plaisir peut s’accompagner d’autres troubles sexuels. Lee a aussi perdu sa libido.

Dans l’extrait ci-dessous, Cobi Reisman, urologue et sexologue aux Pays-Bas, cite l’« orgasme sans plaisir » parmi les signes de la PSSD.

International Society for Sexual Medicine (ISSM), mai 2023, en anglais. Après une courte introduction, Cobi Reisman décrit la PSSD à partir de 0:37 et en énumère les signes. L’extrait s’arrête à 1:34, avant que la vidéo n’aborde les doutes sur la maladie et les traitements. Nous ne recommandons aucun traitement.

Cela peut-il persister après l’arrêt d’un ISRS ?

Oui, chez certaines personnes. Une notice britannique de la fluoxétine, le principe actif du Prozac, cite des « troubles sexuels, y compris des troubles de l’orgasme, persistant occasionnellement après l’arrêt du traitement ». Les cinq notices britanniques d’ISRS que nous avons consultées ont une phrase en commun : dans certains cas, les symptômes sexuels « se sont prolongés après l’arrêt du traitement ».

Chez certaines personnes, cela commence pendant le traitement. Une enquête de 2021 (en anglais) a interrogé des personnes atteintes de PSSD sur la période où elles prenaient le médicament. Plus de la moitié disaient avoir eu des « orgasmes atténués ou sans plaisir » alors qu’elles le prenaient encore, selon une synthèse de l’agence néo-zélandaise du médicament (en anglais). Lee, lui, ne l’a remarqué qu’après l’arrêt.

Ce qui est arrivé à Lee

2017
Il commence la sertralineContre des attaques de panique et une dépression.
Environ 18 mois plus tard
Il arrêteProgressivement, dit-il.
Quelques mois après
« Aucun plaisir à l’éjaculation »Cela s’est aggravé peu à peu.
Quatre ans plus tard
« Toujours terriblement émoussés »Ses émotions sont revenues. Pas son désir.
Source : le témoignage de Lee, publié sur la page Patient Spotlight du PSSD Network.

En 2022, des médecins et des scientifiques ont proposé des critères de diagnostic de la PSSD (en anglais). On y trouve une « diminution de la sensation de plaisir pendant l’orgasme », toujours présente trois mois ou plus après l’arrêt.

Personne n’a mesuré à quelle fréquence cela arrive. Une revue de 2023 (en anglais) n’a trouvé aucune estimation fiable dans la recherche publiée.

Pourquoi mon orgasme est-il plus faible depuis l’arrêt ?

Parce que retrouver l’orgasme, ce n’est pas toujours retrouver la sensation. Certaines personnes n’arrivent pas à atteindre l’orgasme sous antidépresseur, puis y parviennent de nouveau après l’arrêt.

Mais « il sera souvent ressenti comme plus faible qu’avant », écrivent les chercheurs David Healy et Dee Mangin (en anglais). On met facilement cela sur le compte de l’âge, ajoutent-ils.

Un orgasme plus faible compte aussi. Si la sexualité n’est pas redevenue tout à fait comme avant le médicament, les critères de 2022 disent qu’il faudrait parler de PSSD, même quand le trouble est léger.

Il arrive aussi que l’on n’en parle pas. Les changements d’intensité de l’orgasme « ne sont pas toujours mentionnés spontanément si la question n’est pas posée directement », écrivent Healy et Mangin. Un guide de 2026 destiné aux médecins (en anglais) range l’orgasme sans plaisir parmi les signes les plus utiles et leur demande de poser ensuite des questions directes.

Le dire à voix haute peut être difficile, même chez soi. Dans une étude britannique de 2026 (en anglais), un homme que les auteurs appellent Thomas se souvient de la question de sa partenaire : « Tu ne ressens pas de plaisir ? » « Je ne ressens pas de plaisir », dit-il. « Mais ça, je ne peux pas le dire. »

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. N’arrêtez pas du jour au lendemain.

Si votre orgasme vous semble atténué depuis l’arrêt, parlez-en à votre médecin traitant et dites précisément ce qui a changé : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. J’ai toujours des orgasmes, mais presque sans plaisir. Tout était normal avant 2023. »

Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Pour le NHS du Black Country, une pharmacienne explique le dispositif britannique Yellow Card : tout le monde peut signaler un effet indésirable suspecté. Novembre 2021, deux minutes, en anglais.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

Est-ce que cela peut venir de ma dépression ? Elle peut jouer un rôle. La dépression fait surtout baisser la libido, et les troubles de l’orgasme sont moins fréquents, note un document publié en 2026 par l’agence néo-zélandaise du médicament (en anglais). Dans une enquête (en anglais) menée par l’intermédiaire d’un forum sur la PSSD, les orgasmes qui procurent peu de plaisir allaient de pair avec la dépression. Ce n’était pas le cas de l’engourdissement génital. Parlez donc de votre moral à votre médecin, et dites-lui si vous avez aussi perdu de la sensibilité au toucher.

Les femmes sont-elles aussi concernées ? Oui. Les critères de 2022 s’appliquent aux femmes comme aux hommes. Dans les signalements envoyés à RxISK, environ 1 femme sur 4, parmi celles qui avaient pris un antidépresseur, décrivait un orgasme faible ou sans plaisir. Notre article sur la PSSD chez la femme explique pourquoi les symptômes des femmes peuvent passer inaperçus.

Est-ce permanent ? Chez certaines personnes, cela a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si cela finira par s’atténuer. Le nombre de personnes qui retrouvent pleinement la sensation « n’a jamais été correctement étudié », écrivaient Healy et Mangin en 2024. Pour en savoir plus : notre page sur la PSSD.

Les émotions de Lee sont revenues, mais quatre ans plus tard, ses orgasmes étaient toujours émoussés. Si les vôtres vous semblent atténués depuis votre dernier comprimé, signalez-le, et dites clairement que le plaisir a disparu.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Sources

  1. Seroxat 10 mg, 20 mg et 30 mg, comprimés pelliculés (paroxétine), notice (en anglais), Electronic Medicines Compendium (EMC 7592), dernière révision en octobre 2024. Rubrique 2 : « Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement. » Rubrique 4, très fréquent (plus de 1 personne sur 10) : « Modification de la libido ou de la fonction sexuelle. Par exemple, absence d’orgasme et, chez l’homme, anomalies de l’érection et de l’éjaculation. »
  2. Fluoxétine 20 mg, gélules, notice (en anglais), EMC 15755, dernière révision en septembre 2022. Rubrique 2, « Sexual dysfunction » ; rubrique 4, peu fréquent : « troubles sexuels, y compris des troubles de l’orgasme, persistant occasionnellement après l’arrêt du traitement ».
  3. Également consultées, les notices britanniques de Lustral (sertraline, Zoloft en France ; EMC 2835, révisée en décembre 2025), de Cipralex (escitalopram, Seroplex en France ; EMC 7718, révisée en mai 2025) et de Cipramil Drops (citalopram en gouttes, Seropram en France ; EMC 1392, révisée en janvier 2025), toutes en anglais. Chacune contient la même phrase à la rubrique 2. Cipralex cite, chez les femmes, des « difficultés à atteindre l’orgasme », Cipramil le fait de « ne pas parvenir à l’orgasme » et Lustral une « absence d’éjaculation ». Aucune des cinq ne parle du plaisir pendant l’orgasme.
  4. Healy D, Le Noury J, Mangin D. Enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, 5α-reductase inhibitors and isotretinoin: 300 cases (en anglais). Int J Risk Saf Med 2018;29(3-4):125-134. Signalements envoyés à RxISK.org depuis 37 pays. Orgasme faible ou sans plaisir après un inhibiteur de la recapture de la sérotonine : 73 hommes sur 171 (43 %) et 13 femmes sur 50 (26 %). Des signalements envoyés par les personnes elles-mêmes : un décompte de ce qu’elles ont décrit, pas une fréquence.
  5. Trost L, Rowland D, Meston C et al. Definitions, classification, and epidemiology of sexual dysfunction: a consensus statement from the Fifth International Consultation on Sexual Medicine 2024 (en anglais). Sex Med Rev 2026;14(2):qeag028. Cite l’« orgasme anhédonique/hypohédonique » parmi ses définitions.
  6. Peleg LC, Rabinovitch D, Lavie Y et al. Post-SSRI sexual dysfunction (PSSD): biological plausibility, symptoms, diagnosis, and presumed risk factors (en anglais). Sex Med Rev 2022;10(1):91-98. Anhédonie de l’orgasme et de l’éjaculation ; symptômes non sexuels, dont l’anhédonie.
  7. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Critère supplémentaire 5 : « incapacité durable à atteindre l’orgasme ou diminution de la sensation de plaisir pendant l’orgasme » ; critère 6 : présent trois mois ou plus après l’arrêt. Les effets persistants, graves ou légers, « devraient être classés comme PSSD s’il n’y a pas eu de retour complet à l’état d’avant le médicament ».
  8. Medsafe, Update on sexual dysfunction following discontinuation of serotonin reuptake inhibitors (en anglais), document pour le Medicines Adverse Reactions Committee, 11 juin 2026. La section 3.2.5 résume Studt et al. : plus de 50 % des personnes ont déclaré des « orgasmes atténués ou sans plaisir » pendant qu’elles prenaient un inhibiteur de la recapture de la sérotonine. Section 2.2.1.2 : les troubles sexuels liés à la dépression sont surtout une baisse de libido, les troubles de l’orgasme étant moins fréquents.
  9. Studt A, Gannon M, Orzel J, Vaughan A, Pearlman AM. Characterizing post-SSRI sexual dysfunction and its impact on quality of life through an international online survey (en anglais). Int J Risk Saf Med 2021;32(4):321-329. 239 personnes issues d’un groupe de soutien en ligne sur la PSSD. Le texte intégral n’est pas en accès libre et son résumé ne donne pas le chiffre sur l’orgasme : l’article reprend donc ce chiffre tel que Medsafe le résume (source 8).
  10. Tarchi L, Merola GP, Baccaredda-Boy O et al. Selective serotonin reuptake inhibitors, post-treatment sexual dysfunction and persistent genital arousal disorder: a systematic review (en anglais). Pharmacoepidemiol Drug Saf 2023;32(10):1053-67.
  11. Healy D, Mangin D. Post-SSRI sexual dysfunction: barriers to quantifying incidence and prevalence (en anglais). Epidemiol Psychiatr Sci 2024;33:e40. Sur l’orgasme qui revient mais semble plus faible, sur les changements mis sur le compte de l’âge, sur l’intensité de l’orgasme que l’on ne mentionne pas sans qu’on pose la question, et sur le rétablissement complet, jamais correctement étudié.
  12. Broul M, Hujová A, Liegertová M, Langmaierová K, Albrecht J. Persistent sexual dysfunction after SSRIs and SNRIs: a clinical framework for assessment, counseling, and pharmacovigilance (en anglais). J Sex Marital Ther, publié en ligne le 2 septembre 2026. L’« anhédonie de l’orgasme ou de l’éjaculation » est citée parmi les « signes cliniques de grande valeur » ; l’article recommande de « poser directement des questions de suivi ».
  13. Brugi S, Budd B, Mackie C, Fish S. “It’s taken away the most fundamental things about being human”: the lived experience and impact of post-SSRI sexual dysfunction (en anglais). Int J Qual Stud Health Well-being 2026;21(1):2717470. University of East Anglia ; entretiens avec dix personnes au Royaume-Uni, avec leur consentement écrit. Thomas est un pseudonyme (homme, 20 à 29 ans). Accès libre, CC BY 4.0 ; texte intégral sur PubMed Central (en anglais).
  14. Ben-Sheetrit J, Aizenberg D, Csoka AB et al. Post-SSRI sexual dysfunction: clinical characterization and preliminary assessment of contributory factors and dose-response relationship (en anglais). J Clin Psychopharmacol 2015;35(3):273-8. Enquête en ligne auprès de 532 personnes recrutées sur un forum consacré à la PSSD. L’orgasme sans plaisir prédisait la dépression, ainsi que la probabilité d’être considéré comme un cas de PSSD ; l’anesthésie génitale n’était liée ni à la dépression ni à l’anxiété.
  15. PSSD Network, Patient Spotlight: Lee (en anglais), non daté (image de la page datée de septembre 2023). Son propre témoignage, publié sur le site de l’association de patients : sertraline à partir de 2017, pendant environ 18 mois.
  16. ISSM International Society for Sexual Medicine, What is post SSRI syndrome and how is it treated?, vidéo, 5 mai 2023, cinq minutes, en anglais. Intervenants, tels que nommés à l’écran : Anita Clayton, psychiatre aux États-Unis, qui fait l’introduction, et Cobi Reisman, urologue et sexologue aux Pays-Bas. Reisman cite l’« orgasme sans plaisir » vers 1:22. La vidéo intégrée s’arrête à 1:34. La description de l’ISSM précise que les intervenants expriment leur propre point de vue, qui n’est pas nécessairement celui de la société.
  17. NHS Black Country Integrated Care Board, What is the Yellow Card Scheme?, vidéo, 4 novembre 2021, avec la pharmacienne Jyoti Saini, en anglais.

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