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PSSD chez la femme : un engourdissement durable

Pourquoi la PSSD passe souvent inaperçue chez la femme, s’il peut plutôt s’agir de la ménopause ou d’une dépression, et ce que vous pouvez faire.

PSSD chez la femme : un engourdissement durable

Vos organes génitaux sont engourdis depuis un antidépresseur ? Les femmes aussi peuvent être touchées par la dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD). Elle peut se traduire par un engourdissement génital, une baisse du désir et des orgasmes faibles ou absents, qui persistent après l’arrêt d’un antidépresseur ISRS ou IRSN.

Vous ne l’imaginez pas. Les notices britanniques (en anglais) préviennent que des troubles sexuels ont parfois persisté après le dernier comprimé.

Chez la femme, on met facilement ces changements sur le compte d’une baisse de libido, ou encore d’une dépression ou de la ménopause. L’indice qui oriente vers la PSSD, une sensibilité génitale engourdie ou modifiée, peut ne pas être évoqué si personne ne pose la question.

Rosie a développé une PSSD après avoir pris de l’escitalopram (Lexapro, vendu en France sous le nom de Seroplex). Au moment de cet entretien, elle présidait le PSSD Network, une association de patients. Regardez-le (en anglais) pour entendre combien de temps il lui a fallu pour être crue.

Rosie, interviewée par Moral Medicine en juillet 2024 (en anglais).

À l’époque, ses symptômes duraient depuis environ quatre ans. Elle raconte combien il a été difficile de les faire reconnaître par les médecins, et le poids que tout cela a fait peser sur sa vie.

Alors, que ressent-on, et pourquoi la PSSD passe-t-elle si souvent inaperçue ?

Comment se manifeste la PSSD chez la femme ?

Le changement qui la définit touche la sensibilité des organes génitaux. Certaines femmes décrivent un engourdissement, comme après une anesthésie. Chez d’autres, le toucher est encore perçu, mais il n’a plus rien de sexuel.

La PSSD ne se limite pas aux troubles sexuels. Les critères de 2022 (en anglais) citent aussi un émoussement émotionnel, des troubles cognitifs et des changements dans d’autres sens, comme l’odorat, le goût ou la peau.

Les experts à l’origine des critères de 2022 font du changement durable de la sensibilité génitale le seul symptôme qu’ils jugent indispensable. Leurs critères sont des propositions, fondées sur des cas cliniques publiés : ils pourraient donc évoluer.

Le désir peut aussi s’estomper. Les orgasmes peuvent devenir faibles ou ne plus procurer de plaisir, et certaines femmes remarquent une lubrification moindre ou une baisse de sensibilité des mamelons.

Dans un ensemble de signalements envoyés à RxISK (en anglais), un site sur la sécurité des médicaments, les femmes citaient l’engourdissement génital presque aussi souvent que la perte de désir. Ces femmes ont écrit de leur propre initiative : ces signalements ne disent donc pas à quelle fréquence cela arrive.

Ce qu’ont signalé 50 femmes : l’engourdissement presque aussi souvent que la perte de désir

Perte de libido 36 sur 507 sur 10
Engourdissement génital 30 sur 506 sur 10
Signalements envoyés par des femmes à RxISK après un ISRS ou un antidépresseur apparenté. Un nombre de signalements, pas une fréquence. Healy et al., 2018.

Pourquoi les symptômes des femmes passent-ils inaperçus ?

En partie parce que personne n’a mesuré la fréquence de la PSSD chez les femmes. La seule étude que nous connaissions à avoir estimé la PSSD à partir de dossiers médicaux, menée par Ben-Sheetrit et ses collègues (en anglais), ne portait que sur des hommes. Elle repérait les cas grâce aux prescriptions de médicaments contre les troubles de l’érection, comme le sildénafil. Les auteurs comptent eux-mêmes l’absence des femmes parmi les limites de leur travail.

Les femmes en parlent aussi autrement. Les hommes évoquent parfois des troubles de l’érection, alors que les femmes « la présentent souvent comme une perte de libido », écrivent deux médecins, David Healy et Dee Mangin (en anglais). Les changements de sensibilité génitale, ajoutent-ils, « ne sont pas toujours évoqués spontanément si la question n’est pas posée directement ».

Deux questionnaires validés, utilisés en recherche pour mesurer les troubles sexuels, ne posent aucune question sur la sensibilité génitale. Même la notice britannique dit peu de choses des femmes : « les femmes peuvent avoir des difficultés à atteindre un orgasme ». Elle ne parle pas d’engourdissement.

Le film d’Emily sert de contexte : il montre de l’intérieur ce qu’est la PSSD chez une femme. Il est en anglais.

Emily vit avec une PSSD depuis mars 2019. Dans ce film diffusé par PSSD Canada en 2022, elle raconte ce qui lui est arrivé et comment cela a changé sa vie (en anglais).

Et si c’était la ménopause ou une dépression ?

C’est possible, et un médecin attentif le vérifiera. Le NHS, le service de santé britannique, cite la baisse du désir sexuel, la sécheresse vaginale et la baisse de moral (en anglais) parmi les symptômes de la ménopause et de la périménopause. La dépression peut aussi faire baisser le désir (en anglais).

Les critères demandent d’écarter toute maladie ou tout autre médicament qui pourrait expliquer les symptômes. La dépression n’exclut pas pour autant la PSSD. Le diagnostic reste possible chez une personne actuellement suivie pour un trouble psychique.

L’engourdissement oriente ailleurs. Healy et Mangin écrivent qu’« aucun trouble psychique ne provoque une anesthésie des organes génitaux ».

L’entretien de Katie vaut la peine d’être regardé si vous vous êtes reproché ce qui vous arrive. Katie a pris de la fluoxétine (Prozac) pendant environ trois ans. Elle raconte avoir cru pendant des années que quelque chose clochait profondément chez elle, avant de faire le lien avec le médicament. Cela fait environ 14 ans qu’elle vit avec ces changements.

Katie, interviewée par Moral Medicine en mai 2026 (en anglais).

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous d’en décider avec le médecin qui vous a prescrit le traitement. N’arrêtez pas du jour au lendemain.

Si vous pensez avoir une PSSD, parlez d’abord de l’engourdissement, puis de la baisse du désir s’il y en a une. Beaucoup de personnes racontent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux.

Apportez la phrase de la notice : c’est l’avertissement selon lequel des troubles sexuels ont parfois persisté après l’arrêt. L’UE l’a demandé pour les dix ISRS et IRSN cités sur notre page consacrée aux antidépresseurs liés à la PSSD. Notez aussi par écrit des éléments comme ceux-ci :

  • Votre médicament : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. »
  • Ce qui a changé : « Je ne sens presque plus rien au toucher », « orgasme sans plaisir », « moins de lubrification », et tout ce qui dépasse la sexualité, par exemple « je me sens émotionnellement à plat ».
  • Quand cela a commencé : avant, pendant le traitement ou après l’arrêt.
  • Comment c’était avant : « Aucun problème avant 2023. »
  • Ce que l’on vous demandera aussi : autres médicaments, contraception, alcool, diabète, ménopause.

Trois questions à poser à votre médecin

  1. Un médicament que j’ai pris, ou que j’ai arrêté, pourrait-il expliquer cela ?
  2. Que devrions-nous écarter d’autre, par exemple la ménopause ?
  3. Peut-on noter dans mon dossier qu’il pourrait s’agir d’un effet secondaire ?

Vous pouvez commencer ainsi : « Depuis que j’ai arrêté mon antidépresseur, mes organes génitaux sont engourdis. J’aimerais qu’on parle de la possibilité que le médicament en soit la cause. »

Notre page sur le diagnostic de la PSSD détaille les critères.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve nécessaire. Un simple doute suffit (en anglais), même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’ANSM, via le portail de signalement ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch (en anglais).
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction, MedDRA 10086208).

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous explique chaque étape

Questions fréquentes des femmes sur la PSSD

Combien de temps dure la PSSD ?

Chez certaines personnes, elle a duré des années après l’arrêt. On ne sait pas encore chez qui cela arrivera, ni si cela s’atténuera. La question de savoir si l’on retrouve sa fonction sexuelle d’avant « n’a jamais été correctement étudiée », écrivent Healy et Mangin.

La PSSD peut-elle commencer après l’arrêt des comprimés ?

Oui, dans certains cas. Les experts à l’origine des critères de 2022 disent qu’un délai peut parfois s’écouler entre le dernier comprimé et l’apparition des symptômes. Un trouble léger pendant le traitement peut aussi s’aggraver après l’arrêt. On passe alors facilement à côté du lien.

La PSSD est-elle la même chose que le PGAD ?

Non. Le trouble de l’excitation génitale persistante (PGAD) est une excitation génitale non désirée, ressentie comme douloureuse ou altérée plutôt qu’agréable. Les critères de 2022 le décrivent comme l’image presque inversée de l’engourdissement de la PSSD. Dans les signalements envoyés à RxISK, quelques femmes l’ont décrit après des antidépresseurs.

Rosie a eu du mal à faire reconnaître ses symptômes. Si cela ressemble à ce que vous vivez, nommez l’engourdissement quand vous voyez votre médecin et quand vous faites un signalement, pour que la PSSD chez la femme commence à être comptée.

Sources

  1. Escitalopram 10 mg et 20 mg, comprimés pelliculés, notice destinée aux patients (en anglais), Electronic Medicines Compendium (Royaume-Uni), révisée en septembre 2025. Rubrique 2 : « Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement. » Rubrique 4 : « les femmes peuvent avoir des difficultés à atteindre un orgasme ».
  2. Agence européenne des médicaments (EMA), PRAC, new product information wording, signals adopted 13 to 16 May 2019 (en anglais) : la mise en garde sur la dysfonction sexuelle persistante pour les ISRS et les IRSN. La formulation vaut pour dix médicaments : citalopram, escitalopram, fluoxétine, fluvoxamine, paroxétine, sertraline, desvenlafaxine, duloxétine, milnacipran et venlafaxine.
  3. Healy D, Bahrick A, Bak M, et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). International Journal of Risk & Safety in Medicine, 2022;33(1):65-76. Consensus d’experts fondé sur des cas cliniques publiés. Source du critère de sensibilité génitale, des symptômes associés (lubrification vaginale, sensibilité des mamelons, émoussement émotionnel, troubles cognitifs, autres troubles sensoriels), des exclusions, de l’apparition après l’arrêt et des critères du PGAD.
  4. Ben-Sheetrit J, Hermon Y, Birkenfeld S, et al. Estimating the risk of irreversible post-SSRI sexual dysfunction (PSSD) due to serotonergic antidepressants (en anglais). Annals of General Psychiatry, 2023;22:15. Dossiers de 12 302 hommes dans un district du plus grand organisme de santé d’Israël ; troubles de l’érection définis par des prescriptions d’inhibiteurs de la PDE-5 ; 4 des 866 hommes ayant pris un antidépresseur sérotoninergique répondaient à la définition de la PSSD. Les auteurs citent la limitation aux hommes parmi les limites de l’étude et estiment que le chiffre est peut-être sous-estimé.
  5. Healy D, Mangin D. Post-SSRI sexual dysfunction: barriers to quantifying incidence and prevalence (en anglais). Epidemiology and Psychiatric Sciences, 2024. Source des citations sur la façon dont les femmes décrivent la PSSD, sur les changements de sensibilité non évoqués spontanément et sur l’anesthésie génitale. Source aussi pour l’Arizona Sexual Experience Scale, le Changes in Sexual Functioning Questionnaire et le rétablissement, qui n’a jamais été correctement étudié.
  6. Healy D, Le Noury J, Mangin D. Enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, 5α-reductase inhibitors and isotretinoin: 300 cases (en anglais). International Journal of Risk & Safety in Medicine, 2018;29(3-4):125-134. Signalements envoyés à RxISK, un site géré par les auteurs ; tableau 3b, femmes après un inhibiteur de la recapture de la sérotonine (ISRS, IRSN et antidépresseurs apparentés) : perte de libido 36 sur 50, anesthésie génitale 30 sur 50, PGAD 4 sur 50. Le tableau 2 indique 49 femmes ; les pourcentages du tableau 3b reposent sur 50. Signalements spontanés : aucun taux ne peut en être tiré.
  7. NHS, Symptoms of menopause and perimenopause (en anglais), révisé le 19 mai 2026 ; Symptoms of depression in adults (en anglais), révisé le 5 juillet 2023.
  8. MHRA, Suspect you have experienced a side effect or incident from a healthcare product? (en anglais), 6 novembre 2023 : « un simple doute suffit pour faire un signalement ».
  9. Signalement : MHRA Yellow Card scheme (en anglais) ; FDA MedWatch (en anglais). Terme MedDRA : Dysfonction sexuelle après ISRS (en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction), 10086208.
  10. Vidéos : Moral Medicine, Interview with PSSD Network President Rosie (en anglais), 9 juillet 2024 ; PSSD Canada, Emily’s experience with PSSD (en anglais), 26 février 2022 ; Moral Medicine, I Lost My Sexual Identity After Prozac (en anglais), 26 mai 2026. Les détails des histoires de Rosie et de Katie proviennent des descriptions que Moral Medicine a publiées pour ces entretiens.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Par Morten SkovPublié le Mis à jour le

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