PSSD chez la femme : un engourdissement durable
PSSD chez la femme : engourdissement génital, baisse du désir, orgasmes faibles après l’arrêt d’un antidépresseur. On peut y voir une baisse de libido.
SIDEfxHUB est une association de patients. Nous ne sommes pas des professionnels de santé, et ces informations ne remplacent pas un avis médical. Ne commencez, n’arrêtez ni ne modifiez aucun médicament à cause de ce que vous lisez ici. Parlez-en d’abord à votre médecin.
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Les femmes aussi peuvent être touchées par la dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD) : engourdissement génital, baisse du désir et orgasmes faibles ou absents, qui persistent après l’arrêt d’un antidépresseur ISRS ou IRSN. Les notices britanniques (en anglais) préviennent que des troubles sexuels ont parfois persisté après le dernier comprimé.
Chez la femme, on met facilement ces changements sur le compte d’une baisse de libido, ou encore d’une dépression ou de la ménopause. L’indice qui oriente vers la PSSD, une sensibilité génitale engourdie ou modifiée, peut ne pas être évoqué si personne ne pose la question.
L’essentiel en trois points
- Les notices britanniques des antidépresseurs préviennent que des troubles sexuels ont parfois persisté après l’arrêt (notice, en anglais).
- La seule étude que nous connaissions à avoir compté la PSSD à partir de dossiers médicaux ne portait que sur des hommes (étude, en anglais).
- Les femmes la décrivent souvent comme une perte de désir, et l’engourdissement peut ne jamais être mentionné si personne ne pose la question (Healy et Mangin, en anglais).
Presse : contact@sidefxhub.com
Rosie a développé une PSSD après avoir pris de l’escitalopram (Lexapro, vendu en France sous le nom de Seroplex). Au moment de cet entretien, elle présidait le PSSD Network, une association de patients.
À l’époque, ses symptômes duraient depuis environ quatre ans. Elle raconte combien il a été difficile de les faire reconnaître par les médecins, et le poids que tout cela a fait peser sur sa vie.
Comment se manifeste la PSSD chez la femme ?
Le changement qui la définit touche la sensibilité des organes génitaux. Certaines femmes décrivent un engourdissement, comme après une anesthésie. Chez d’autres, le toucher est encore perçu, mais il n’a plus rien de sexuel.
En 2022, un groupe d’experts s’est accordé sur des critères diagnostiques de la PSSD (en anglais). Ce changement durable après l’arrêt du médicament est le seul symptôme qu’ils jugent indispensable.
Le désir peut aussi s’estomper. Les orgasmes peuvent devenir faibles ou ne plus procurer de plaisir, et certaines femmes remarquent une lubrification moindre ou une baisse de sensibilité des mamelons.
Dans un ensemble de signalements envoyés à RxISK (en anglais), un site sur la sécurité des médicaments, les femmes citaient l’engourdissement génital presque aussi souvent que la perte de désir. Ces femmes ont écrit de leur propre initiative : ces signalements ne disent donc pas à quelle fréquence cela arrive.
Ce qu’ont signalé 50 femmes : l’engourdissement presque aussi souvent que la perte de désir
Pourquoi les symptômes des femmes passent-ils inaperçus ?
En partie parce que personne n’a mesuré la fréquence de la PSSD chez les femmes. La seule étude que nous connaissions à avoir estimé la PSSD à partir de dossiers médicaux, menée par Ben-Sheetrit et ses collègues (en anglais), ne portait que sur des hommes. Elle repérait les cas grâce aux prescriptions de médicaments contre les troubles de l’érection, comme le sildénafil. Les auteurs comptent eux-mêmes l’absence des femmes parmi les limites de leur travail.
Les femmes en parlent aussi autrement. Les hommes évoquent parfois des troubles de l’érection, alors que les femmes « la présentent souvent comme une perte de libido », écrivent deux médecins, David Healy et Dee Mangin (en anglais). Les changements de sensibilité génitale, ajoutent-ils, « ne sont pas toujours évoqués spontanément si la question n’est pas posée directement ».
Deux questionnaires validés, utilisés en recherche pour mesurer les troubles sexuels, ne posent aucune question sur la sensibilité génitale. Même la notice britannique dit peu de choses des femmes : « les femmes peuvent avoir des difficultés à atteindre un orgasme ». Elle ne parle pas d’engourdissement.
Et si c’était la ménopause ou une dépression ?
C’est possible, et un médecin attentif le vérifiera. Le NHS, le service de santé britannique, cite la baisse du désir sexuel, la sécheresse vaginale et la baisse de moral (en anglais) parmi les symptômes de la ménopause et de la périménopause. La dépression peut aussi faire baisser le désir (en anglais).
Les critères demandent d’écarter toute maladie ou tout autre médicament qui pourrait expliquer les symptômes. La dépression n’exclut pas pour autant la PSSD. Le diagnostic reste possible chez une personne actuellement suivie pour un trouble psychique.
L’engourdissement oriente ailleurs. Healy et Mangin écrivent qu’« aucun trouble psychique ne provoque une anesthésie des organes génitaux ».
Katie a pris de la fluoxétine (Prozac) pendant environ trois ans. Elle raconte avoir cru pendant des années que quelque chose clochait profondément chez elle, avant de faire le lien avec le médicament. Cela fait environ 14 ans qu’elle vit avec ces changements.
Que puis-je faire ?
Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous d’en décider avec le médecin qui vous a prescrit le traitement. N’arrêtez pas du jour au lendemain.
Si vous pensez avoir une PSSD, parlez d’abord de l’engourdissement, puis de la baisse du désir s’il y en a une. Beaucoup de personnes racontent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux.
Apportez la phrase de la notice : c’est l’avertissement selon lequel des troubles sexuels ont parfois persisté après l’arrêt. Tous les ISRS et IRSN cités sur notre page consacrée aux antidépresseurs liés à la PSSD le portent. Notez aussi par écrit des éléments comme ceux-ci :
- Votre médicament : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. »
- Ce qui a changé : « Je ne sens presque plus rien au toucher », « orgasme sans plaisir », « moins de lubrification ».
- Quand cela a commencé : avant, pendant le traitement ou après l’arrêt.
- Comment c’était avant : « Aucun problème avant 2023. »
- Ce que l’on vous demandera aussi : autres médicaments, contraception, alcool, diabète, ménopause.
Notre page sur le diagnostic de la PSSD détaille les critères.
Signalez-le : cela aide tout le monde
Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.
- Aucune preuve nécessaire. Un simple doute suffit (en anglais), même des années après l’arrêt.
- Où : en France, à l’ANSM, via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card (en anglais) ; aux États-Unis, MedWatch (en anglais).
- Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction, MedDRA 10086208).
Notre guide pour signaler des effets secondaires vous explique chaque étape
Questions fréquentes des femmes sur la PSSD
Combien de temps dure la PSSD ?
Chez certaines personnes, elle a duré des années après l’arrêt. On ne sait pas encore chez qui cela arrivera, ni si cela s’atténuera. La question de savoir si l’on retrouve sa fonction sexuelle d’avant « n’a jamais été correctement étudiée », écrivent Healy et Mangin.
La PSSD peut-elle commencer après l’arrêt des comprimés ?
Oui, dans certains cas. Les experts à l’origine des critères de 2022 expliquent que ces troubles peuvent n’apparaître qu’à l’arrêt du médicament, le plus souvent dans les quinze jours. Un trouble léger pendant le traitement peut aussi s’aggraver après l’arrêt. On passe alors facilement à côté du lien.
La PSSD est-elle la même chose que le PGAD ?
Non. Le trouble de l’excitation génitale persistante (PGAD) est une excitation génitale non désirée, ressentie comme douloureuse ou altérée plutôt qu’agréable. Les critères de 2022 le décrivent comme l’image presque inversée de l’engourdissement de la PSSD. Dans les signalements envoyés à RxISK, quelques femmes l’ont décrit après des antidépresseurs.
Rosie a eu du mal à faire reconnaître ses symptômes. Si cela ressemble à ce que vous vivez, nommez l’engourdissement quand vous voyez votre médecin et quand vous faites un signalement, pour que la PSSD chez la femme commence à être comptée.
Sources
- Escitalopram 10 mg et 20 mg, comprimés pelliculés, notice destinée aux patients (en anglais), Electronic Medicines Compendium (Royaume-Uni), révisée en septembre 2025. Rubrique 2 : « Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement. » Rubrique 4 : « les femmes peuvent avoir des difficultés à atteindre un orgasme ».
- Agence européenne des médicaments (EMA), PRAC, new product information wording, signals adopted 13 to 16 May 2019 (en anglais) : la mise en garde sur la dysfonction sexuelle persistante pour les ISRS et les IRSN.
- Healy D, Bahrick A, Bak M, et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). International Journal of Risk & Safety in Medicine, 2022;33(1):65-76. Consensus d’experts fondé sur des cas cliniques publiés. Source du critère de sensibilité génitale, des symptômes associés (lubrification vaginale, sensibilité des mamelons), des exclusions, de l’apparition après l’arrêt et des critères du PGAD.
- Ben-Sheetrit J, Hermon Y, Birkenfeld S, et al. Estimating the risk of irreversible post-SSRI sexual dysfunction (PSSD) due to serotonergic antidepressants (en anglais). Annals of General Psychiatry, 2023;22:15. Dossiers de 12 302 hommes dans un district du plus grand organisme de santé d’Israël ; troubles de l’érection définis par des prescriptions d’inhibiteurs de la PDE-5 ; 4 des 866 hommes ayant pris un antidépresseur sérotoninergique répondaient à la définition de la PSSD. Les auteurs citent la limitation aux hommes parmi les limites de l’étude et estiment que le chiffre est peut-être sous-estimé.
- Healy D, Mangin D. Post-SSRI sexual dysfunction: barriers to quantifying incidence and prevalence (en anglais). Epidemiology and Psychiatric Sciences, 2024. Source des citations sur la façon dont les femmes décrivent la PSSD, sur les changements de sensibilité non évoqués spontanément et sur l’anesthésie génitale. Source aussi pour l’Arizona Sexual Experience Scale, le Changes in Sexual Functioning Questionnaire et le rétablissement, qui n’a jamais été correctement étudié.
- Healy D, Le Noury J, Mangin D. Enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, 5α-reductase inhibitors and isotretinoin: 300 cases (en anglais). International Journal of Risk & Safety in Medicine, 2018;29(3-4):125-134. Signalements envoyés à RxISK, un site géré par les auteurs ; tableau 3b, femmes après un inhibiteur de la recapture de la sérotonine (ISRS, IRSN et antidépresseurs apparentés) : perte de libido 36 sur 50, anesthésie génitale 30 sur 50, PGAD 4 sur 50. Le tableau 2 indique 49 femmes ; les pourcentages du tableau 3b reposent sur 50. Signalements spontanés : aucun taux ne peut en être tiré.
- NHS, Symptoms of menopause and perimenopause (en anglais), révisé le 19 mai 2026 ; Symptoms of depression in adults (en anglais), révisé le 5 juillet 2023.
- MHRA, Suspect you have experienced a side effect or incident from a healthcare product? (en anglais), 6 novembre 2023 : « un simple doute suffit pour faire un signalement ».
- Signalement : MHRA Yellow Card scheme (en anglais) ; FDA MedWatch (en anglais). Terme MedDRA : Dysfonction sexuelle après ISRS (en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction), 10086208.
- Vidéos : Moral Medicine, Interview with PSSD Network President Rosie (en anglais), 9 juillet 2024 ; PSSD Canada, Emily’s experience with PSSD (en anglais), 26 février 2022 ; Moral Medicine, I Lost My Sexual Identity After Prozac (en anglais), 26 mai 2026. Les détails des histoires de Rosie et de Katie proviennent des descriptions que Moral Medicine a publiées pour ces entretiens.
Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.
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