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Quels antidépresseurs sont liés à la PSSD ?

Dix ISRS et IRSN portent le même avertissement européen : les troubles sexuels peuvent durer après l’arrêt (PSSD). Les dix médicaments et ce qu’on ignore.

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Par Morten SkovPublié le Mis à jour le
Quels antidépresseurs sont liés à la PSSD ?

Dix antidépresseurs ISRS et IRSN, dont la sertraline, le citalopram, la fluoxétine et la venlafaxine, portent le même avertissement dans les notices britanniques : des troubles sexuels peuvent persister après l’arrêt du traitement. Cette forme durable s’appelle la dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD).

La PSSD ne se limite pas aux troubles sexuels. Les critères diagnostiques de 2022 (en anglais) décrivent des organes génitaux qui peuvent donner l’impression d’avoir été « exposés à un anesthésique », souvent avec un émoussement émotionnel, des difficultés de réflexion et des changements dans d’autres sens.

Beaucoup de gens cherchent un nom précis : celui du médicament responsable, ou celui d’un médicament sans ce risque. Les notices ne mettent aucun médicament à part. La phrase est la même, quel que soit celui qu’on vous a prescrit.

L’essentiel en trois points

  1. En 2019, l’Agence européenne des médicaments a demandé un avertissement pour dix antidépresseurs ISRS et IRSN (sa recommandation, en anglais).
  2. Les notices britanniques indiquent désormais que, dans certains cas, les troubles sexuels « se sont prolongés après l’arrêt du traitement » (notice de la sertraline, en anglais).
  3. Personne n’a mesuré à quelle fréquence cela arrive (un article de 2024, en anglais). Les personnes concernées parlent de PSSD.

Presse : contact@sidefxhub.com

Cael était un adolescent en bonne santé et sociable quand on lui a prescrit des antidépresseurs pour une anxiété légère. Pendant des années, on l’a fait passer d’un médicament à l’autre : Lexapro, Effexor, Zoloft, Pristiq, Seroquel et Cymbalta. Selon Moral Medicine, il vit aujourd’hui avec la PSSD, sans que personne lui ait jamais expliqué les risques.

Cael, interviewé par Moral Medicine, août 2025, 29 minutes. Avertissement : l’entretien évoque le suicide. N’arrêtez aucun médicament sans en parler d’abord à votre médecin. Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7.

Cinq des six médicaments pris par Cael figurent sur la liste ci-dessous. Le sixième, Seroquel, est un antipsychotique. Si, comme lui, vous en avez pris plusieurs, vous ne saurez peut-être jamais lequel nommer. Inutile de choisir : un seul signalement à l’agence du médicament peut tous les citer.

Quels antidépresseurs portent l’avertissement sur la PSSD ?

Dix médicaments le portent : six ISRS et quatre IRSN. L’Agence européenne des médicaments les a tous nommés dans sa recommandation de 2019 (en anglais) et a demandé la même formulation dans chaque notice.

ISRS
Sertraline (Zoloft) · Citalopram (Seropram, Celexa) · Escitalopram (Seroplex, Lexapro) · Fluoxétine (Prozac) · Paroxétine (Deroxat, Paxil) · Fluvoxamine (Floxyfral, Luvox)
IRSN
Venlafaxine (Effexor) · Duloxétine (Cymbalta, Yentreve) · Desvenlafaxine (Pristiq) · Milnacipran

La notice britannique de la sertraline indique que des troubles sexuels peuvent survenir et que, « dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement » (notice de Lustral, en anglais). Celle de la venlafaxine reprend exactement les mêmes mots (en anglais). Le nom parle d’ISRS, mais les IRSN comme la venlafaxine portent aussi l’avertissement.

Le reportage de la BBC ci-dessous offre un éclairage général sur les effets secondaires des antidépresseurs chez les jeunes. Il vaut le détour pour entendre comment d’autres personnes en ont parlé. Il est en anglais, et nous n’avons pas vérifié l’existence de sous-titres.

BBC News, août 2023, 12 minutes. Le journaliste Anton Ferrie s’intéresse aux effets des antidépresseurs sur l’esprit et le corps des jeunes qui en prennent. Certaines informations ont pu changer depuis. Vidéo en anglais.

D’autres antidépresseurs peuvent-ils causer la PSSD ?

Certains, oui, selon les chercheurs qui ont rédigé en 2022 les critères diagnostiques de la PSSD (en anglais). D’après ce texte, la PSSD peut apparaître après tout médicament qui bloque la recapture de la sérotonine, comme le font les ISRS. C’est le cas de certains antidépresseurs plus anciens, les tricycliques.

Le même article signale des cas semblables après la mirtazapine. Il précise que les données ne suffisent pas encore pour dire s’il s’agit de la même maladie.

Lors de son examen de 2019, l’agence s’est aussi penchée sur la vortioxétine et sur la clomipramine, un tricyclique. Elle n’a demandé l’avertissement pour aucune des deux. Le document ne dit pas pourquoi.

La PSSD est-elle fréquente ?

Personne n’a mesuré à quelle fréquence elle survient après l’un de ces médicaments. Les estimations vont de moins de 1 personne sur 100 à environ la moitié, selon un article de 2024 (en anglais). L’estimation la plus basse provenait de dossiers médicaux et ne portait que sur des hommes. La plus haute provenait d’une petite enquête auprès de personnes qui avaient pris des antidépresseurs, recrutées par des annonces et des prospectus.

L’article explique aussi pourquoi il n’existe pas de vrai chiffre. Un essai conçu pour mesurer cette fréquence serait contraire à l’éthique, car il pourrait nuire aux personnes qui y participent. Les médecins ne demandent pas systématiquement si les effets sexuels ont disparu après l’arrêt. Et la gêne peut empêcher d’en parler.

Le Dr Josef Witt-Doerring est psychiatre. Dans sa vidéo, il explique d’un ton direct ce qu’est la PSSD et pourquoi, selon lui, si peu de patients en sont prévenus. Sa vidéo est en anglais, et nous n’avons pas vérifié l’existence de sous-titres. Elle apporte du contexte et n’étaye pas les chiffres ci-dessus.

Dr Josef Witt-Doerring, août 2026, 9 minutes. Il dirige Taper Clinic, un service indépendant qui accompagne la diminution progressive des médicaments, sans lien avec nous. Ses avis sur les traitements n’engagent que lui. Vidéo en anglais.

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est une décision à prendre entre vous et le médecin qui vous a prescrit le traitement. Ne l’arrêtez pas brutalement.

Si quelque chose a changé, notez-le avant votre rendez-vous. Dressez la liste de vos médicaments, avec les doses et les dates : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. » Apportez aussi la phrase de la notice.

Questions à poser à votre médecin

Vous pouvez commencer ainsi : « Ma notice indique que des troubles sexuels peuvent persister après l’arrêt. Je pense que c’est ce qui m’est arrivé. »

  • Autre chose pourrait-il expliquer ces changements ?
  • Pouvez-vous noter que les symptômes ont continué après mon arrêt ?
  • Allez-vous le signaler, ou dois-je le faire moi-même ?

Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : c’est utile à tous

Une note de votre médecin vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Un simple doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr.
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction). C’est aussi le bon terme après un IRSN.

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous explique chaque étape

Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

Un antidépresseur cause-t-il la PSSD plus souvent qu’un autre ? Les notices ne le disent pas. La recommandation de 2019 a prévu la même formulation pour les dix, et la fréquence de la PSSD n’a été mesurée pour aucun d’eux. Personne ne peut donc les classer. Le choix du médicament se fait entre vous et le médecin qui vous le prescrit.

La PSSD peut-elle commencer après l’arrêt ? Oui. D’après les critères de 2022 (en anglais), la PSSD n’apparaît parfois qu’une fois le médicament arrêté, en général dans les deux semaines qui suivent. Pour correspondre aux critères, les troubles doivent durer au moins trois mois après la dernière prise.

Cela ne concerne-t-il que les antidépresseurs ? Non. Les mêmes critères couvrent tout médicament qui bloque la recapture de la sérotonine, y compris le tramadol, un antidouleur. L’article décrit aussi des maladies apparentées après le finastéride, utilisé contre la chute de cheveux, et l’isotrétinoïne, utilisée contre l’acné. Les patients les connaissent sous les noms de syndrome post-finastéride et de syndrome post-Accutane.

On a fait passer Cael par six médicaments, l’un après l’autre. Si votre histoire ressemble à la sienne, notez chacun avec ses dates et citez-les tous dans un seul signalement.

Sources

  1. Agence européenne des médicaments (EMA), comité de sécurité (PRAC). PRAC recommendations on signals adopted at the 13-16 May 2019 PRAC meeting (en anglais). EMA/PRAC/265212/2019, section 1.3 (IRSN et ISRS : dysfonction sexuelle persistante après l’arrêt du médicament), adoptée le 16 mai 2019. Cite le citalopram, l’escitalopram, la fluoxétine, la fluvoxamine, la paroxétine et la sertraline (ISRS), ainsi que la desvenlafaxine, la duloxétine, le milnacipran et la venlafaxine (IRSN). Note 6 : la clomipramine et la vortioxétine faisaient partie de l’évaluation, mais ne sont pas concernées par la modification.
  2. Viatris Products Limited. Notice de Lustral (sertraline) (en anglais), rubrique 2, « Sexual problems ». Dernière révision : décembre 2025. Electronic medicines compendium.
  3. Viatris Products Limited. Notice d’Efexor XL (venlafaxine) (en anglais), rubrique 2, « Sexual problems ». Dernière révision : octobre 2025. Electronic medicines compendium.
  4. Healy D, Mangin D. Post-SSRI sexual dysfunction: barriers to quantifying incidence and prevalence (en anglais). Epidemiol Psychiatr Sci 2024;33:e40 (un éditorial). Les estimations qu’il examine vont de 0,46 % (Ben-Sheetrit et al., 2023 : une analyse de dossiers médicaux sur 19 ans, qui excluait les femmes) à 52,6 % (Lüning, 2019 : une enquête auprès de 76 personnes ayant pris des antidépresseurs, recrutées par des annonces en ligne et des prospectus).
  5. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76.
  6. Vidéos : Moral Medicine, l’histoire de Cael (en anglais), 18 août 2025 ; BBC News, Antidepressants: should we talk about side-effects? (en anglais), 11 août 2023 ; Dr Josef Witt-Doerring, The #1 worst side effect from antidepressants (en anglais), 19 août 2026.

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