Dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD) Des effets secondaires sexuels qui persistent après l’arrêt d’un antidépresseur
Chez certaines personnes, les effets secondaires sexuels d’un antidépresseur ISRS ou IRSN persistent après l’arrêt du traitement. Au Royaume-Uni et dans l’Union européenne, les notices le signalent depuis 2019, mais personne n’a mesuré à quelle fréquence cela arrive, et il n’existe aucun traitement autorisé.
Selon les critères diagnostiques de 2022 (en anglais), le signe caractéristique est un changement durable de la sensibilité génitale, comme un engourdissement, après l’arrêt d’un ISRS ou d’un IRSN. Une perte du désir l’accompagne souvent.
Depuis 2019, les notices britanniques et européennes des ISRS et des IRSN indiquent que des symptômes sexuels ont parfois « persisté après l’arrêt du traitement » (en anglais). Parmi les notices américaines que nous avons vérifiées, seule celle du Prozac le mentionne.
Il n’existe aucun test, et votre médecin n’a peut-être jamais rencontré ce trouble. Mais les agences du médicament ont un terme pour le désigner depuis 2021 : vous pouvez donc le signaler sous son nom (en anglais).
Personne ne sait à quelle fréquence survient la PSSD. Une revue de 2023 n’a pas trouvé d’estimation fiable (en anglais).
Il n’existe aucun traitement autorisé. La PSSD « peut persister des mois, des années ou indéfiniment » (en anglais), et le nombre de personnes qui se rétablissent n’a jamais été correctement étudié.
Qu’est-ce que la PSSD ?
La dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD) désigne des troubles sexuels qui persistent après l’arrêt d’un antidépresseur ISRS ou IRSN. Chez certaines personnes, ils ne commencent qu’après l’arrêt. Le signe caractéristique est un changement durable de la sensibilité des organes génitaux.
Les ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) sont le type d’antidépresseur le plus utilisé (en anglais), selon le NHS, le service public de santé britannique. Les IRSN (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline) agissent de façon similaire. Les uns comme les autres aident beaucoup de personnes.
Les effets secondaires sexuels pendant la prise de ces médicaments sont fréquents, et ils disparaissent en général (en anglais) une fois les comprimés arrêtés. Dans la PSSD, ils ne disparaissent pas.
Les critères de 2022, en termes simples
Il n’existe ni analyse de sang ni examen d’imagerie pour diagnostiquer la PSSD. En 2022, 37 médecins et chercheurs de dix pays (en anglais) se sont accordés sur des critères diagnostiques.
- Obligatoire : vous avez pris un médicament qui bloque la recapture de la sérotonine, comme un ISRS ou un IRSN.
- Obligatoire : la sensibilité de vos organes génitaux a changé, et ce changement a persisté après l’arrêt. Les organes génitaux peuvent sembler engourdis au toucher, ou le toucher est perçu mais n’a plus rien de sexuel.
- Éléments en faveur : une perte durable du désir sexuel, des troubles de l’érection, des orgasmes absents ou moins agréables, et des troubles qui durent depuis 3 mois ou plus.
- Critères d’exclusion : les mêmes troubles avant le médicament, ou une autre maladie, un autre médicament ou une substance qui les explique.
Quand les troubles durent depuis trois mois après l’arrêt, les auteurs s’accordent à dire qu’« il est plus probable qu’il s’agisse d’une PSSD ». Un diagnostic psychiatrique en cours ne l’exclut pas.
Ces critères sont un consensus d’experts, pas une recommandation officielle. Ils ont été établis à partir de cas signalés à RxISK.org, un site sur la sécurité des médicaments auquel trois des auteurs sont liés. Notre article Comment diagnostique-t-on la PSSD ? explique comment ils ont été élaborés.
Ses noms et ses codes
- Nom utilisé par les patients
- PSSD, abréviation de l’anglais post-SSRI sexual dysfunction (dysfonction sexuelle post-ISRS)
- Terme MedDRA
- Post-SSRI sexual dysfunction, code 10086208, ajouté en 2021 ; dans la version française de MedDRA, « Dysfonction sexuelle après ISRS ». MedDRA est le dictionnaire que les agences du médicament utilisent pour enregistrer les signalements d’effets indésirables.
- Code dans les dossiers du NHS
- Un code SNOMED pour la dysfonction sexuelle persistante après l’arrêt d’un ISRS, ajouté en octobre 2024. SNOMED est le système de codage qu’utilisent les dossiers médicaux du NHS.
- Orphanet (base de données des maladies rares)
- Post-selective serotonin reuptake inhibitor sexual dysfunction (en anglais), ORPHA:686475
- Code CIM
- Aucun code propre (les codes CIM sont ceux que les médecins utilisent dans les dossiers médicaux). Orphanet la rattache provisoirement à F52.8, un code large pour les dysfonctions sexuelles « non dues à un trouble ou à une maladie organique ».
Les médicaments concernés
En 2019, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a demandé une mise en garde pour dix médicaments (en anglais) : six ISRS et quatre IRSN.
- ISRS
- Citalopram (Cipramil, Celexa), escitalopram (Cipralex, Lexapro), fluoxétine (Prozac), fluvoxamine (Faverin), paroxétine (Seroxat, Paxil), sertraline (Lustral, Zoloft)
- IRSN
- Desvenlafaxine (Pristiq), duloxétine (Cymbalta), milnacipran, venlafaxine (Efexor, Effexor)
- Également signalée après
- D’autres médicaments qui bloquent la recapture de la sérotonine, comme certains antidépresseurs tricycliques. Des signalements comparables existent après la mirtazapine, avec trop peu de données pour dire s’il s’agit de la même maladie.
Figurer sur cette liste ne signifie pas qu’un médicament vous fera cela, et ce n’est pas une raison d’arrêter de le prendre. Quels antidépresseurs sont liés à la PSSD ? et Antidépresseurs avec moins d’effets secondaires sexuels ? vont plus loin.
Symptômes de la PSSD
Les symptômes ci-dessous viennent des critères de 2022 (en anglais). Un seul est obligatoire : un changement durable de la sensibilité des organes génitaux. Les autres l’accompagnent souvent.
Sensibilité génitale
4- Organes génitaux engourdis, comme sous anesthésie locale
- Le toucher est perçu mais n’a plus rien de sexuel
- Mamelons moins sensibles
- Douleurs génitales
Fonction sexuelle
6- Perte du désir sexuel
- Troubles de l’érection
- Orgasme absent, faible ou sans plaisir
- Lubrification vaginale diminuée
- Érections nocturnes moins fréquentes ou absentes
- Éjaculation plus faible
Émotions, sens et pensée
4- Anesthésie émotionnelle (les émotions semblent éteintes)
- Dépersonnalisation (sentiment d’être détaché de soi-même)
- Changements de la sensibilité de la peau, de l’odorat, du goût ou de la vue
- Troubles cognitifs (difficulté à penser clairement)
Ce que les critères exigent, et ce qui l’accompagne souvent
Les critères exigent ce changement de sensibilité parce que ces changements « semblent propres à la PSSD », écrivent les auteurs. Ils peuvent être « masqués par » une baisse du désir : il est donc utile de les nommer à part.
La gravité varie. Les critères retiennent tout changement qui n’est pas complètement revenu à l’état d’avant le médicament, par exemple un orgasme qui revient mais semble différent.
L’anesthésie émotionnelle et l’engourdissement génital « vont souvent de pair », notent les critères. Le versant émotionnel est souvent appelé émoussement émotionnel. Sur le versant sexuel, lisez Engourdissement génital sous antidépresseurs et PSSD chez la femme : effets sexuels durables.
Qui est touché par la PSSD, et ce que personne ne sait
La PSSD a été signalée chez des hommes et des femmes, de l’adolescence à la soixantaine, après des traitements courts comme longs.
- Sexe
- Hommes et femmes. Dans la plus grande série publiée (en anglais), 171 signalements liés à un antidépresseur venaient d’hommes et 50 de femmes. Cela montre qui a fait un signalement, pas qui est touché.
- Âge
- De 15 à 66 ans dans la même série. La seule étude fondée sur des dossiers médicaux ne portait que sur des hommes de 21 à 49 ans.
- Durée de prise
- Selon les critères, la PSSD peut survenir après « des expositions de quelques jours seulement ». Dans la série de 2018, 15 personnes avaient pris un antidépresseur pendant moins de deux semaines.
- Dose
- On ne sait pas. Une revue de 2023 (en anglais) a appelé à étudier si la dose joue un rôle.
- Traitement antérieur
- Elle peut survenir même si un traitement antérieur par le même médicament ou un médicament proche n’a posé aucun vrai problème, selon les critères.
- Début
- Souvent pendant la prise, puis cela persiste. Dans 41 des 221 signalements liés à un antidépresseur de la série de 2018, elle a commencé ou s’est nettement aggravée seulement après l’arrêt.
- Personnes les plus à risque
- On ne sait pas. Les recherches sur les personnes qui en sont atteintes « restent rares », écrivaient Healy et Mangin (en anglais) en 2024.
La PSSD est-elle fréquente ? Personne ne l’a mesuré
Personne ne sait à quelle fréquence survient la PSSD. Son incidence « est inconnue », écrivent les auteurs des critères, et une revue systématique de 2023 (en anglais) portant sur 19 études et cas cliniques publiés n’a pas pu trouver d’estimation fiable.
Signalé ne veut pas dire mesuré
Les signalements au dispositif Yellow Card, à la FDA ou à RxISK montrent que quelque chose arrive. Ils ne peuvent pas montrer à quelle fréquence, car la plupart des réactions ne sont jamais signalées. La MHRA a publié l’estimation selon laquelle « seulement 10 % des réactions graves » sont signalées (en anglais).
Pourquoi il n’existe pas de taux
Healy et Mangin (en anglais), deux des auteurs des critères, en donnaient ces raisons en 2024 :
- Un essai conçu pour détecter la PSSD serait contraire à l’éthique, car il risquerait de la provoquer.
- Les questionnaires courants, comme l’Arizona Sexual Experience Scale, ne posent pas de questions sur la sensibilité génitale.
- Les études des laboratoires pharmaceutiques suivent rarement les personnes après l’arrêt.
- Souvent, les personnes ne parlent pas des changements de sensibilité si on ne les interroge pas directement.
- Quand elles en parlent, le lien avec le médicament est rarement consigné là où les chercheurs peuvent le retrouver.
Les deux études qui ont essayé
Dossiers médicaux israéliens, 2023
Ben-Sheetrit et ses collègues ont passé en revue 19 ans de dossiers dans un district du plus grand organisme de santé d’Israël. Sur 866 hommes ayant pris un antidépresseur agissant sur la sérotonine, 4 étaient encore traités pour de nouveaux troubles de l’érection des mois après l’arrêt : 1 sur 216.
Uniquement des hommes de 21 à 49 ans. L’étude comptait les prescriptions de médicaments contre les troubles de l’érection, pas l’engourdissement génital. Les auteurs indiquent qu’elle « pourrait sous-estimer » la PSSD.
Enquête auprès de jeunes, 2024
Pirani et ses collègues ont interrogé des jeunes aux États-Unis et au Canada sur un engourdissement génital durable. Il a été signalé par 93 des 707 personnes qui avaient pris un antidépresseur par le passé, contre 1 sur 102 parmi celles qui avaient pris d’autres médicaments psychiatriques.
Données autodéclarées, par des personnes de minorités sexuelles et de genre âgées de 15 à 29 ans. Après ajustement, l’odds ratio était de 14,2, mais avec un seul cas dans le groupe de comparaison, la fourchette probable est large (de 2,92 à 257). L’étude est signée en premier par une personne issue d’un groupe canadien de patients atteints de PSSD.
Aucune de ces deux études ne donne un taux pour toutes les personnes qui prennent un antidépresseur, et nous ne les transformons pas en taux. À notre avis, une étude qui interrogerait les participants sur leur sensibilité génitale avant, pendant et après le traitement, et ce pendant des années, comblerait ce manque.
Ce qu’ont fait les agences du médicament : des mises en garde, pas une reconnaissance
Au Royaume-Uni et dans l’Union européenne, les agences du médicament ont ajouté une mise en garde aux notices des ISRS et des IRSN ; aux États-Unis, une seule notice la comporte. Aucune n’a reconnu la PSSD comme une maladie.
États-Unis : la notice du Prozac
La notice américaine de la fluoxétine (Prozac) ajoute : « Les symptômes de dysfonction sexuelle persistent parfois après l’arrêt du traitement par fluoxétine. » La mention y figure toujours. Les autres notices américaines d’ISRS et d’IRSN que nous avons vérifiées en septembre 2026 ne le disent pas.
États-Unis : une pétition à la FDA
Une pétition citoyenne déposée par David Healy demande une mise en garde sur toutes les notices d’ISRS et d’IRSN : les effets secondaires sexuels « peuvent parfois persister des années, voire indéfiniment ». La FDA envoie une réponse d’attente en novembre 2018.
UE : une mise en garde pour dix médicaments
Le comité de sécurité de l’Agence européenne des médicaments demande une mise en garde pour six ISRS et quatre IRSN. Les notices indiquent désormais : « Dans certains cas, ces symptômes ont persisté après l’arrêt du traitement. »
Royaume-Uni : la même mise en garde
Selon les termes du gouvernement, les informations officielles britanniques sur les ISRS font désormais état d’une « dysfonction sexuelle durable, dont les symptômes persistent malgré l’arrêt ». La MHRA a participé au réexamen européen à l’origine de la mise en garde.
Un terme pour les signalements d’effets indésirables
« Post-SSRI sexual dysfunction » (code 10086208) est ajouté à MedDRA. Le gouvernement indique que ce terme facilitera « l’enregistrement et la recherche » des signalements Yellow Card.
Royaume-Uni : un code pour les dossiers du NHS
SNOMED, le système de codage des dossiers du NHS, ajoute la dysfonction sexuelle persistante après l’arrêt d’un ISRS. Le gouvernement indique que cela « facilitera l’identification clinique des patients ».
Royaume-Uni : la reconnaissance, « hors des compétences de la MHRA »
Interrogé à la Chambre des lords sur une éventuelle reconnaissance de la PSSD, le gouvernement renvoie à un groupe d’experts chargé des notices. Ce travail « ne traitera pas de la reconnaissance clinique » de la PSSD, précise-t-il. La réponse ne dit pas quel organisme s’en chargerait.
Royaume-Uni : des notices à modifier
La Commission on Human Medicines, qui conseille le gouvernement britannique sur les médicaments, recommande de mettre à jour les notices de « certains antidépresseurs » sur la dysfonction sexuelle « qui peut persister après l’arrêt du traitement ». Fin septembre 2026, nous n’avions trouvé aucune annonce de la formulation définitive.
États-Unis : la pétition toujours en attente
La FDA entend les personnes à l’origine de la pétition de 2018 et de quatre autres pétitions sur les ISRS et les IRSN. Elle ne donne pas d’avis, et publiera ses réponses une fois prêtes. Aucune mise en garde pour l’ensemble des ISRS et des IRSN n’a été ajoutée aux notices américaines.
Une mise en garde dans la notice n’est pas une recommandation clinique. En Angleterre, la recommandation du NICE sur la dépression (en anglais) cite « des effets à long terme sur la fonction sexuelle » parmi les risques d’un usage prolongé. Elle ne mentionne pas les troubles qui persistent après l’arrêt.
À notre avis, cela laisse un vide au Royaume-Uni. La notice en fait mention et le dictionnaire la nomme, mais aucun organisme officiel n’explique aux médecins comment la reconnaître. Ce que disent l’EMA, la MHRA et la FDA sur la PSSD en dit plus.
Ce que montre la recherche, et ses limites
La recherche sur la PSSD est peu abondante. Elle décrit surtout des cas, très peu d’études suivent les personnes dans le temps, et nous n’avons trouvé aucun essai contrôlé d’un traitement.
Personne ne sait pourquoi elle dure, et aucune explication n’a été confirmée chez l’humain. Parmi les pistes proposées : des changements épigénétiques (en anglais), c’est-à-dire des modifications durables de la façon dont les gènes s’activent et se désactivent, et des changements dans les neurostéroïdes (en anglais), des stéroïdes fabriqués par le cerveau et les nerfs.
300 cas, 2018
Healy et ses collègues ont décrit des signalements venus de 37 pays, dont 221 après un antidépresseur. L’engourdissement génital apparaissait dans 49 % de ceux venant d’hommes et 60 % de ceux venant de femmes.
Les personnes ont choisi de faire un signalement à RxISK, un site créé par les auteurs, et ses articles ont « probablement encouragé les signalements ». L’étude montre ce que les personnes décrivent, pas la fréquence du trouble.
Revue systématique, 2023
Tarchi et ses collègues ont retenu 19 études et cas cliniques publiés. Ils n’ont pu ni estimer la fréquence de la PSSD, ni confirmer que les médicaments la provoquent. Mais des troubles durables « ne pouvaient pas être entièrement exclus ».
Sur les 19, 11 étaient des cas cliniques isolés, et aucun n’était un essai randomisé.
Études chez le rat, 2021 et 2025
Giatti et ses collègues ont donné de la paroxétine à des rats mâles pendant deux semaines. Les taux de stéroïdes du cerveau et l’activité des gènes ont changé. Certains changements étaient encore présents un mois après l’arrêt.
Des études chez l’animal, uniquement chez des mâles. Elles indiquent où chercher, pas ce qui se passe chez l’humain. Elles viennent de l’équipe du professeur Melcangi à Milan, qui mène le Milano Project pour lequel SIDEfxHUB collecte des fonds.
Volontaires en bonne santé, 2010
Dans cette étude, 35 hommes en bonne santé ont pris de la paroxétine pendant cinq semaines. Jusqu’à 35 % ont remarqué des changements de leurs érections et jusqu’à 47 % des troubles de l’éjaculation. Les auteurs font état d’une fonction presque normale après l’arrêt.
Les auteurs des critères notent que les scores n’étaient pas complètement revenus à la normale un mois plus tard. Le suivi s’arrêtait là, et le questionnaire ne portait pas sur la sensibilité génitale.
Le diagnostic de la PSSD
Il n’existe aucun test pour la PSSD. Un médecin la diagnostique à partir de votre récit et de vos antécédents, en s’appuyant sur les critères de 2022. Ces critères ne sont pas une recommandation officielle, et votre médecin ne les connaît peut-être pas.
Certaines consultations spécialisées peuvent évaluer la sensibilité au toucher du pénis, mais pour la sensation sexuelle, « il n’existe aucun test disponible », notent les critères. Des analyses de sang normales n’excluent pas la PSSD. Elles aident à écarter d’autres causes.
Ce que le médecin peut vouloir écarter, et pourquoi c’est justifié
La dépression elle-même peut avoir un effet sur la sexualité. Selon une revue de 2012 (en anglais) portant sur six études, elle augmente le risque de troubles sexuels d’environ 50 à 70 %. C’est un chiffre relatif : la revue ne donne pas de taux de départ.
Le syndrome de sevrage (en français, « sevrage » ne veut pas dire que le médicament rend dépendant) se distingue par sa durée. Le RCP britannique de l’escitalopram (en anglais) indique que les symptômes de sevrage disparaissent en général en deux semaines. Chez certaines personnes, ils « peuvent se prolonger (2-3 mois ou plus) ».
L’engourdissement, lui, est différent. « Aucun trouble psychique ne provoque une anesthésie des organes génitaux », écrivent Healy et Mangin (en anglais). Des taux hormonaux à la limite de la normale sont parfois observés dans la PSSD, mais selon les critères, ils « peuvent être une conséquence de ces maladies plutôt qu’une cause ».
Ce qu’il faut apporter à votre médecin
- Une copie imprimée des critères de 2022 (en anglais), en accès libre.
- Le médicament, la dose et, à peu près, les dates de prise.
- Quand les changements ont commencé, et si c’était pendant la prise ou après l’arrêt.
- Ce qui a changé : si le toucher paraît atténué, ou s’il est perçu sans plus rien avoir de sexuel.
- Comment les choses se passaient avant de le prendre.
Demandez que ce soit consigné dans votre dossier médical. Au Royaume-Uni, les dossiers du NHS disposent d’un code pour cela depuis octobre 2024. Si vous prenez encore le médicament et ne pouvez pas l’arrêter, les critères indiquent qu’« un diagnostic provisoire pourrait se justifier ».
Comment diagnostique-t-on la PSSD ? détaille chaque étape.
Traitement de la PSSD et rétablissement
Il n’existe aucun traitement autorisé pour la PSSD. Les tentatives décrites dans la recherche « n’ont encore abouti à aucun traitement établi », écrivaient Healy et Mangin (en anglais) en 2024.
En septembre 2026, nous n’avons trouvé aucun essai de traitement enregistré sur ClinicalTrials.gov (en anglais). La recherche en est encore au stade du laboratoire. Le Milano Project, pour lequel SIDEfxHUB collecte des fonds, cherche dans le cerveau et les nerfs l’origine de l’engourdissement.
La PSSD disparaît-elle ?
Personne ne peut prédire si ce sera le cas pour une personne donnée. Ce qui est documenté, c’est que certaines personnes s’améliorent et d’autres non.
David Healy a écrit qu’« un certain degré de rétablissement spontané se produit dans certains cas » (en anglais), sur plusieurs années. C’est l’impression d’un clinicien, pas un décompte.
Pour d’autres, elle persiste. Les critères décrivent des signalements de PSSD qui duraient depuis plus de 20 ans, et ne fixent aucune limite supérieure.
Le nombre de personnes qui se rétablissent complètement « n’a jamais été correctement étudié », écrivent les auteurs des critères. Healy et Mangin ajoutent que les récits de rétablissement en ligne décrivent parfois une amélioration avec des troubles persistants.
La PSSD disparaît-elle ? À quoi ressemble le rétablissement et Les effets sexuels des ISRS disparaissent-ils ? examinent le rétablissement plus en détail.
Comment juger un traitement qu’on vous propose
Vous verrez peut-être des traitements proposés en ligne ou dans des cliniques privées. Nous n’en recommandons aucun. Ces questions vous aideront, avec votre médecin, à juger un traitement proposé :
- A-t-il été testé dans un essai contrôlé chez des personnes atteintes de PSSD, et où les résultats ont-ils été publiés ?
- Quels sont ses risques, et est-il autorisé pour cet usage ?
- Promet-il un rétablissement ? Personne ne peut honnêtement le promettre.
- Faudrait-il arrêter ou modifier un autre médicament ?
- Combien coûte-t-il, et qui le vend ?
Si vous essayez quelque chose, dites-le à votre médecin. Vous pouvez aussi signaler les effets secondaires du traitement lui-même.
Si vous pensez avoir une PSSD
Si vous vous reconnaissez dans ce qui précède, prenez-le au sérieux. Ce que vous décrivez figure dans les notices britanniques et européennes, et les agences du médicament ont un terme pour le désigner dans les signalements d’effets indésirables.
N’arrêtez et ne modifiez aucun médicament à cause de ce que vous lisez sur cette page. Arrêter brutalement un antidépresseur peut provoquer des symptômes de sevrage, et la maladie qu’il traite peut revenir. Tout changement se discute avec le médecin qui vous l’a prescrit.
Parlez-en au médecin qui vous l’a prescrit
Ou à votre médecin traitant, que vous preniez encore le médicament ou que vous l’ayez arrêté il y a des années. Apportez la liste de la partie « Diagnostic » ci-dessus. Vous n’avez pas besoin d’arrêter un médicament pour en parler.
Signalez-le
En France, le signalement se fait auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), par le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, par le dispositif Yellow Card (en anglais) ; aux États-Unis, par MedWatch (en anglais). Vous n’avez besoin d’aucune preuve, ni de l’accord d’un médecin. Notre guide pour signaler des effets secondaires couvre les autres pays.
Inscrivez-vous au registre
L’inscription au registre de patients de SIDEfxHUB prend environ trois minutes, et aucun diagnostic n’est nécessaire. Un signalement enregistre un moment. Le registre suit ce qui se passe sur des mois et des années.
Rencontrez d’autres personnes
Nos groupes de soutien WhatsApp sont petits et privés, et ouverts à toute personne inscrite au registre. Je crois avoir une PSSD : que faire ? propose d’autres premières démarches.
Code MedDRA 10086208 : Post-SSRI sexual dysfunction. Quand vous faites un signalement, recopiez ce terme exact dans le champ de texte libre, puis décrivez vos symptômes avec vos mots. Précisez s’ils ont continué ou commencé après l’arrêt. « PSSD » seul ne figure pas dans le dictionnaire.
Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. Si vous êtes en danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Ce que fait SIDEfxHUB
SIDEfxHUB est une association de patients britannique (registered charity 1203385) pour les personnes qui vivent avec le PFS, la PSSD et le PAS. Nous finançons la recherche, agissons pour faire reconnaître ces maladies et soutenons les patients.
- Le registre. Notre registre suit les personnes sur des mois et des années. Les personnes inscrites l’ont choisi : il ne peut donc pas dire à quel point la PSSD est fréquente. Il peut montrer comment les symptômes évoluent dans le temps, ce que la recherche a très peu étudié.
- La recherche. Nous collectons des fonds pour le Milano Project de l’université de Milan, qui étudie ce que le finastéride et les ISRS modifient dans l’organisme. Il est dirigé par le professeur Roberto Melcangi, dont l’équipe a publié les études chez le rat sur la paroxétine citées plus haut.
Sources
Toutes les sources ci-dessous ont été vérifiées le 26 septembre 2026. Elles sont en anglais, et toutes les citations de cette page ont été traduites de l’anglais.
Critères diagnostiques, 2022
Healy et 36 coauteurs, International Journal of Risk & Safety in Medicine.
Lire l’article→Comité de sécurité de l’EMA, mai 2019
La recommandation qui a ajouté la mise en garde à dix ISRS et IRSN.
Lire le document→Parlement britannique, HL7363
La réponse du gouvernement de mai 2025 sur la PSSD, le terme MedDRA et SNOMED.
Lire la réponse→MHRA, décembre 2025
Le réexamen des notices d’antidépresseurs, dont la dysfonction sexuelle après l’arrêt.
Lire l’annonce→RCP britannique de l’escitalopram
Les informations de prescription britanniques destinées aux médecins, avec la mise en garde de 2019.
Lire le RCP→Notice américaine du Prozac
La seule notice américaine d’ISRS ou d’IRSN que nous avons trouvée qui en fasse mention.
Lire la notice→Dossier de pétition de la FDA
La pétition de 2018 demandant à la FDA une mise en garde sur tous les ISRS et IRSN, et son historique.
Voir le dossier→Healy et Mangin, 2024
Pourquoi personne n’a mesuré la fréquence de la PSSD.
Lire l’article→PubMed
Toute la recherche publiée sur la dysfonction sexuelle post-ISRS.
Chercher dans PubMed→Avec leurs propres mots
Des entretiens enregistrés par la chaîne Moral Medicine. Chaque récit montre l’expérience d’une personne, pas la fréquence de la PSSD.
Victoria
Victoria a pris de l’escitalopram (Lexapro) pendant environ trois mois quand elle était étudiante. Elle décrit un engourdissement génital, une perte du désir et un émoussement émotionnel après l’arrêt.
Benjamin
Benjamin parle de 14 ans de PSSD après la prise de Cymbalta (duloxétine). Il décrit sa perte de libido et combien il a été difficile d’être pris au sérieux par le corps médical.
Nick
Nick décrit une anhédonie émotionnelle et génitale intense, une perte de sensations et de plaisir, après la prise d’un ISRS couramment prescrit.
À lire sur la PSSD
Ces informations ne remplacent pas un avis médical. Parlez-en à votre médecin avant toute décision concernant votre traitement.
Vous pensez avoir une PSSD ?
Inscrivez-vous au registre : environ trois minutes, aucun diagnostic nécessaire. Un signalement enregistre un moment. Le registre suit ce qui se passe ensuite.