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ISRS : un engourdissement génital durable ?

Les ISRS et IRSN peuvent engourdir la zone génitale, même après l’arrêt. La dépression ne le fait pas, selon des chercheurs. C’est le signe clé de la PSSD.

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Par Morten SkovPublié le Mis à jour le
ISRS : un engourdissement génital durable ?

L’engourdissement génital est un effet connu des antidépresseurs de la famille des ISRS et des IRSN, et chez certaines personnes, il persiste après l’arrêt. Quand il dure, c’est le principal signe d’une dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD).

On le met facilement sur le compte de la dépression ou du stress, et votre médecin peut le faire aussi. Selon des chercheurs, la dépression n’engourdit pas les organes génitaux : le mot « engourdi » peut donc orienter votre médecin vers le médicament.

L’essentiel en trois points

1. Les antidépresseurs comme la sertraline peuvent modifier la sensibilité génitale dans l’heure qui suit le premier comprimé (critères de 2022, en anglais).

2. La notice britannique avertit que des troubles sexuels ont parfois persisté après l’arrêt (notice, en anglais).

3. Aucune maladie psychique ne provoque d’engourdissement génital, selon deux des chercheurs qui ont rédigé les critères (article, en anglais). Personne n’a mesuré à quelle fréquence il persiste.

Presse : contact@sidefxhub.com

BBC News, août 2023, 12 minutes (en anglais). Avertissement : le reportage parle de dépression et de l’arrêt des antidépresseurs. Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. Certains des jeunes du reportage disent que les antidépresseurs leur ont sauvé la vie.

Connor, qui apparaît aussi dans le reportage, raconte une autre histoire. Un an après avoir arrêté la sertraline, il avait toujours les parties génitales engourdies.

À quoi ressemble l’engourdissement génital lié aux antidépresseurs ?

Les personnes concernées décrivent deux types de changement. Soit les organes génitaux semblent anesthésiés, soit le toucher est encore perçu, mais on le sent comme un contact n’importe où ailleurs sur le corps.

En 2022, un groupe de médecins et de chercheurs a rédigé des critères pour diagnostiquer la PSSD (en anglais). Selon eux, chez presque toutes les personnes qui prennent un ISRS ou un IRSN, la sensibilité génitale change dans une certaine mesure dès la première heure. Tout le monde ne s’en aperçoit pas.

Dans la PSSD, ajoutent-ils, l’engourdissement devient beaucoup plus intense, et un émoussement émotionnel l’accompagne souvent. Grant, qui a pris de l’escitalopram (Lexapro, vendu en France sous le nom de Seroplex), raconte qu’il se sentait éteint sur le plan émotionnel et qu’il avait perdu son désir sexuel.

Grant, interviewé par Moral Medicine, juin 2024, 6 minutes (en anglais).

Est-ce la dépression ou le médicament ?

Si le changement est un engourdissement, c’est le médicament que les chercheurs désignent. « Aucun trouble psychique ne provoque une anesthésie des organes génitaux », écrivent David Healy et Dee Mangin (en anglais), deux des chercheurs qui ont rédigé les critères. C’est, ajoutent-ils, « un effet documenté » de ces antidépresseurs.

Pour le désir, c’est différent. Selon une étude (en anglais), la baisse du désir est fréquente dans la dépression, avant même le premier comprimé. Un médecin qui entend « Le sexe ne m’intéresse plus » a donc de bonnes raisons de penser d’abord à la maladie.

L’engourdissement, lui, passe encore souvent inaperçu. Les personnes n’en parlent pas toujours si on ne leur pose pas la question, notent Healy et Mangin. Un questionnaire courant sur les effets secondaires sexuels ne pose pas non plus de question sur la sensibilité génitale.

Une enquête (en anglais) a comparé des jeunes qui avaient arrêté un antidépresseur avec des jeunes qui avaient arrêté d’autres psychotropes. Dans le premier groupe, environ 13 sur 100 ont déclaré un engourdissement durable, contre environ 1 sur 100 dans le second. L’écart demeurait une fois que les chercheurs avaient tenu compte de l’intensité de la dépression.

Engourdissement génital durable, sur 100 personnes qui avaient arrêté

Un antidépresseur13
D’autres psychotropes1
L’enquête n’a interrogé que de jeunes personnes LGBTQ+ aux États-Unis et au Canada, qui déclaraient elles-mêmes l’engourdissement : ce n’est donc pas un taux valable pour tout le monde. Dans le petit groupe, une seule personne a déclaré un engourdissement, si bien que l’ampleur de l’écart reste incertaine. Source : Pirani et al., 2024.

L’engourdissement génital peut-il persister après l’arrêt ?

Oui, c’est possible. La notice britannique de la sertraline contient une phrase à ce sujet : dans certains cas, les troubles sexuels « se sont prolongés après l’arrêt du traitement » (en anglais). En 2019, l’Agence européenne des médicaments (EMA) (en anglais) a demandé cette mise en garde pour dix antidépresseurs ISRS et IRSN, dont la sertraline.

L’engourdissement génital ne figure pas dans la liste des effets secondaires de la notice, qui cite la baisse de l’intérêt sexuel et les troubles de l’érection.

Chez certaines personnes, les troubles ne commencent qu’après l’arrêt, selon les critères (en anglais). Quand un changement dure depuis trois mois, ajoutent-ils, une PSSD est plus probable. Personne n’a mesuré à quelle fréquence cela arrive.

Emily vivait avec une PSSD depuis plus d’un an quand elle a enregistré cette vidéo.

Emily, pour PSSD Canada, février 2022, 4 minutes (en anglais). Elle raconte ce qui lui est arrivé et ce que cela a changé dans sa vie.

Que faire en cas d’engourdissement génital ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous d’en décider avec le médecin qui vous a prescrit le traitement. N’arrêtez pas du jour au lendemain.

Parlez-en à votre médecin, et employez le mot « engourdi ». Préparez ces éléments :

  1. De quel changement il s’agit : « le toucher semble atténué » ou « le toucher ressemble à un contact n’importe où ailleurs ».
  2. Votre médicament : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. »
  3. Quand cela a commencé : pendant le traitement ou après l’arrêt.
  4. Comment c’était avant : « Aucun problème avant 2023. »

Beaucoup de personnes racontent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve nécessaire. Un simple doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous explique chaque étape

Questions fréquentes

La sensibilité revient-elle après l’arrêt ? L’engourdissement qui apparaît sous traitement disparaît normalement une fois les comprimés arrêtés, selon des chercheurs (en anglais). Chez certaines personnes, il a duré des années. On ne sait pas encore chez qui cela arrivera, ni si cela s’atténuera. Notre article Les effets sexuels des ISRS disparaissent-ils ? fait le point sur ce que l’on sait.

Les femmes peuvent-elles avoir un engourdissement génital sous antidépresseurs ? Oui. Des chercheurs notent (en anglais) que les femmes le décrivent souvent comme une baisse du désir, et les hommes parfois comme un trouble de l’érection : l’engourdissement lui-même peut alors ne pas être évoqué. Si le toucher vous semble différent, dites-le. Notre article PSSD chez la femme présente ce que les femmes décrivent d’autre.

Existe-t-il un traitement ? Pas encore : Healy et Mangin évoquent une « absence de traitement disponible ». Healy a aussi écrit que, sur plusieurs années, l’état de certaines personnes s’améliore en partie, spontanément (en anglais). Personne n’a encore compté à quelle fréquence cela arrive. C’est pour cela que les signalements sont importants.

Un an après son dernier comprimé, l’engourdissement de Connor n’avait pas disparu. Si votre sensibilité a changé, dites « engourdi » à votre prochain rendez-vous : ce seul mot peut orienter votre médecin vers la PSSD.

Sources

  1. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. (37 auteurs). Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Section 3 : le changement dans l’heure qui suit le début du traitement, les deux types d’engourdissement et le repère des trois mois. Une modification durable de la sensibilité génitale est le seul symptôme que les critères de la PSSD exigent. « L’émoussement émotionnel et l’engourdissement génital vont souvent de pair. » Les troubles peuvent « persister ou apparaître à l’arrêt » ; une dysfonction durable « peut n’apparaître qu’à l’arrêt du médicament ».
  2. Healy D, Mangin D. Post-SSRI sexual dysfunction: barriers to quantifying incidence and prevalence (en anglais). Epidemiol Psychiatr Sci 2024;33:e40. Source des citations sur l’anesthésie génitale et sur le traitement. Les changements de sensibilité génitale « ne sont pas toujours mentionnés spontanément si l’on ne pose pas directement la question ». L’Arizona Sexual Experience Scale ne comporte aucune question sur la sensibilité génitale.
  3. Healy D. Post-SSRI sexual dysfunction & other enduring sexual dysfunctions (en anglais). Epidemiol Psychiatr Sci 2020;29:e55, publié en ligne le 23 septembre 2019. Les effets qui apparaissent sous traitement « disparaissent ordinairement à l’arrêt du traitement » ; « une certaine amélioration spontanée se produit dans certains cas », sur plusieurs années.
  4. Healy D, Le Noury J, Mangin D. Enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, 5α-reductase inhibitors and isotretinoin: 300 cases (en anglais). Int J Risk Saf Med 2018;29(3-4):125-134. L’anesthésie génitale n’est un trait ni de la dépression ni de l’anxiété.
  5. Pirani Y, Delgado-Ron JA, Marinho P et al. Frequency of self-reported persistent post-treatment genital hypoesthesia among past antidepressant users: a cross-sectional survey of sexual and gender minority youth in Canada and the US (en anglais). Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol 2025;60(7):1771-1779, publié en ligne le 20 septembre 2024. 93 personnes sur 707 ayant pris des antidépresseurs (13,2 %) contre 1 sur 102 ayant pris d’autres psychotropes (0,9 %) ; rapport de cotes ajusté 14,2 (IC à 95 % de 2,92 à 257), après prise en compte de l’âge, du sexe assigné à la naissance, d’un traitement hormonal et de la gravité de la dépression. Personnes interrogées âgées de 15 à 29 ans. La première signature est celle d’un membre de la Canadian Post-SSRI/SNRI Sexual Dysfunction Society, une association de patients.
  6. Kennedy SH, Dickens SE, Eisfeld BS, Bagby RM. Sexual dysfunction before antidepressant therapy in major depression (en anglais). J Affect Disord 1999;56(2-3):201-8. 134 personnes atteintes de dépression, qui ne prenaient pas encore de médicament ; pas de groupe de comparaison sans dépression.
  7. Lustral (sertraline) 50 mg et 100 mg, notice (en anglais), dernière révision en décembre 2025, rubrique 2 « Sexual problems » et rubrique 4. Electronic Medicines Compendium.
  8. Lustral (sertraline), résumé des caractéristiques du produit (en anglais), rubrique 4.4, texte révisé en décembre 2025. Electronic Medicines Compendium.
  9. Agence européenne des médicaments (EMA), PRAC, new product information wording (en anglais), signaux adoptés lors de la réunion du 13 au 16 mai 2019, EMA/PRAC/265221/2019. Dysfonction sexuelle persistante après l’arrêt d’un ISRS ou d’un IRSN. La formulation vaut pour dix médicaments : citalopram, escitalopram, fluoxétine, fluvoxamine, paroxétine, sertraline, desvenlafaxine, duloxétine, milnacipran et venlafaxine.
  10. Vidéos : BBC News, Antidepressants: should we talk about side-effects? (en anglais), 11 août 2023, tiré de la série Disclosure de BBC Scotland, reportage d’Anton Ferrie ; PSSD Network, BBC Disclosure: Are My Antidepressants Worth It? (en anglais), avec le passage de Connor ; Moral Medicine, Life Altered by Lexapro (en anglais), entretien avec Grant, 24 juin 2024 ; PSSD Canada, Emily’s experience with PSSD (en anglais), 26 février 2022.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

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