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PSSD : les mises en garde dans le monde

Royaume-Uni, UE, Nouvelle-Zélande, Canada, Australie, Malaisie : les effets sexuels des ISRS peuvent durer après l’arrêt (PSSD). USA : un seul médicament.

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Par Morten SkovPublié le
PSSD : les mises en garde dans le monde

Le Royaume-Uni, l’UE, la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Australie et la Malaisie préviennent que les effets secondaires sexuels des antidépresseurs ISRS et IRSN peuvent persister après l’arrêt du traitement. C’est ce qu’on appelle la dysfonction sexuelle post-ISRS, ou PSSD. Aux États-Unis, la notice d’un seul médicament le dit : celle de la fluoxétine (Prozac).

Un même médicament, l’escitalopram, est vendu avec cette mise en garde au Royaume-Uni, sous le nom de Cipralex. Aux États-Unis, où il s’appelle Lexapro, il est vendu sans elle. Ce que l’on vous dit dépend du pays où vous vivez.

L’essentiel en trois points

  1. En 2019, l’Agence européenne des médicaments (EMA) (en anglais) a demandé une mise en garde pour chaque ISRS et IRSN : dans certains cas, les troubles sexuels « se sont prolongés après l’arrêt du traitement ».
  2. Le Canada, l’Australie et la Malaisie ont suivi depuis (agence malaisienne du médicament, en anglais).
  3. Aux États-Unis, seules les notices de la fluoxétine comportent une phrase de ce type, depuis 2011 (notice américaine du Prozac, en anglais).

Presse : contact@sidefxhub.com

Un matin de mars 2019, Emily s’est réveillée : toute sensation sexuelle avait disparu. Environ trois semaines plus tôt, elle avait arrêté rapidement un ISRS, sur les instructions de son médecin.

Emily, dans un film diffusé par l’association de patients PSSD Canada, février 2022 (4 minutes, en anglais). À partir de 1:03, elle raconte ce qu’on lui avait dit avant qu’elle commence le traitement.

« On ne m’a pas dit que cela pouvait m’enlever ma sexualité », dit-elle. Son engourdissement a commencé deux mois avant la mise en garde européenne.

Quels pays mettent en garde contre la PSSD ?

L’UE et le Royaume-Uni depuis 2019, puis la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Australie et la Malaisie. Ce sont ceux que nous avons pu confirmer dans les documents de chaque agence du médicament.

Tout est parti d’une phrase. En mai 2019, l’EMA a demandé (en anglais) à chaque laboratoire qui vend un ISRS ou un IRSN de l’ajouter à la notice. La voici : « Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement. » Le Royaume-Uni, encore membre de l’UE à l’époque, a fait de même (en anglais).

Le comité néo-zélandais de sécurité des médicaments a recommandé une mise en garde (en anglais) plus tard la même année. Santé Canada (en anglais) et l’agence australienne du médicament (en anglais) ont suivi.

La Malaisie est la dernière en date. En 2025, sa directive adressée aux laboratoires (en malais et en anglais) a fait entrer la phrase européenne, mot pour mot, dans les notices malaisiennes.

Où les notices des ISRS préviennent que les troubles peuvent persister

2011
États-UnisUn seul médicament : la fluoxétine (Prozac).
2019
UE, Royaume-Uni et Nouvelle-ZélandeUne mise en garde dans les notices des ISRS et des IRSN.
2021
CanadaTous les ISRS et IRSN.
2024
AustralieTous les ISRS et IRSN.
2025
MalaisieTous les ISRS et IRSN.
L’année où chaque agence a ajouté la mise en garde ou l’a demandée. Sources : FDA ; Agence européenne des médicaments (EMA) ; Medsafe ; Santé Canada ; TGA ; NPRA.

Les États-Unis mettent-ils en garde contre la PSSD ?

Pour un seul médicament. Depuis 2011, la notice américaine du Prozac (en anglais) indique que les symptômes sexuels « persistent parfois après l’arrêt du traitement ». Le fabricant du Prozac avait demandé à ajouter cette phrase, et l’agence américaine du médicament (FDA) l’a approuvée (en anglais).

C’était huit ans avant la mise en garde européenne, mais la phrase est restée limitée à la fluoxétine. Nous avons cherché dans la base de données des notices de la FDA (en anglais). Nous n’avons rien trouvé de semblable pour les autres ISRS et IRSN que nous avons vérifiés, dont la sertraline et la venlafaxine. L’agence néo-zélandaise du médicament a vérifié trois de ces notices américaines et n’y a pas trouvé la phrase non plus.

En 2018, des médecins et des chercheurs ont demandé à la FDA, par une pétition (en anglais), une mise en garde pour tous ces médicaments. Le document de la FDA le plus récent que nous ayons pu trouver en octobre 2026 est un compte rendu daté de mars 2026 (en anglais). La pétition y figure parmi celles qui sont en attente. Notre article sur ce que disent la MHRA, l’EMA et la FDA à propos de la PSSD raconte cette histoire.

Josef Witt-Doerring, psychiatre américain, parle de la mise en garde canadienne de 2021 et de la prescription aux États-Unis. Publié en janvier 2026, moins d’une minute (en anglais). Les opinions exprimées dans le film sont les siennes.

Les mises en garde emploient-elles le nom PSSD ?

Le plus souvent, non. La phrase européenne, reprise par la plupart de ces pays, décrit le problème sans le nommer.

En juin 2026, la Nouvelle-Zélande a examiné la possibilité d’ajouter ce nom. Ses notices destinées aux patients (en anglais) contiennent déjà la phrase européenne.

Le comité qui conseille Medsafe, l’agence du médicament du pays, n’était « pour le moment » pas favorable à l’ajout du nom PSSD (en anglais). Selon lui, le terme recouvre de nombreux symptômes et n’a pas de définition qui fasse consensus. Il a demandé un examen des symptômes précis lors d’une réunion ultérieure.

L’agence malaisienne du médicament, elle, emploie ce nom, mais pas dans la notice. Son alerte de sécurité de 2025 (en anglais), destinée aux professionnels de santé, appelle cette maladie dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD). Elle leur demande d’en parler aux patients.

PSSD Hilfe Deutschland, une association allemande de patients, explique ce que recouvre le nom PSSD et comment le diagnostic est posé. Juillet 2023, 12 minutes (en anglais). La mise en garde européenne de 2019 est évoquée à 1:47.

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. N’arrêtez pas du jour au lendemain.

Si votre vie sexuelle n’est plus la même depuis l’arrêt du traitement, parlez-en à votre médecin traitant et donnez vos dates : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. »

Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

Le Royaume-Uni met-il en garde contre la PSSD ? Oui. Depuis 2019, les notices britanniques, comme celle du Cipralex (en anglais), une marque d’escitalopram, contiennent la phrase européenne. En décembre 2025, l’agence britannique du médicament (MHRA) a indiqué que ses experts (en anglais) avaient recommandé de modifier certaines notices pour mieux refléter ce que les patients ont décrit. Lors de notre vérification, en octobre 2026, nous n’avons pas trouvé la nouvelle formulation.

La PSSD est-elle réelle ? Des agences du médicament mettent en garde contre ce risque. Santé Canada a demandé une mise en garde pour chaque ISRS et IRSN après un examen qui a considéré 43 des 58 cas déclarés comme possiblement liés. Cet examen n’a pas permis de prouver que les médicaments en sont la cause, ni de l’exclure. Notre article La PSSD est-elle réelle ? examine ce que disent les notices.

La PSSD peut-elle être permanente ? Selon l’agence australienne du médicament, les effets « peuvent persister de quelques semaines à plusieurs années ». Chez certaines personnes, elle a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si cela finira par s’atténuer. Notre page sur la PSSD en dit plus.

Emily disait espérer que cela se sache, pour que d’autres n’aient pas à souffrir comme elle. Si vos symptômes ont persisté après votre dernier comprimé, c’est par un signalement qu’une agence du médicament l’apprend.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Sources

  1. Agence européenne des médicaments (EMA), PRAC. New product information wording: extracts from PRAC recommendations on signals (en anglais), adopté lors de la réunion du 13 au 16 mai 2019, EMA/PRAC/265221/2019, 11 juin 2019. Point 3, EPITT 19277. Résumé des caractéristiques du produit (RCP), rubrique 4.4 : « Des cas de dysfonction sexuelle dont les symptômes se sont prolongés malgré l’arrêt du traitement par des ISRS/IRSN ont été rapportés. » Notice, rubrique 2 : « Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement. » Les deux phrases sont citées dans la version française officielle de l’EMA (EMA/PRAC/286519/2019). ISRS : citalopram, escitalopram, fluoxétine, fluvoxamine, paroxétine, sertraline. IRSN : desvenlafaxine, duloxétine, milnacipran, venlafaxine.
  2. Cipralex (escitalopram), notice (en anglais), Royaume-Uni, Electronic Medicines Compendium, dernière révision en mai 2025, rubrique 2. Les notices britanniques des IRSN contiennent la même phrase : Venlafaxine Dexcel XL (en anglais), dernière révision en novembre 2025, et Duloxetine Zentiva (en anglais), dernière révision en août 2024.
  3. Parlement britannique, question écrite 50758 (en anglais), réponse du 13 mai 2025 : la MHRA a mis à jour les informations sur le produit de tous les ISRS en 2019. MHRA, Patient and family experiences inform antidepressant safety information review (en anglais), 1er décembre 2025 : des modifications sont recommandées pour les notices de certains antidépresseurs. Le 10 octobre 2026, nous n’avons trouvé sur GOV.UK aucune annonce plus récente de la MHRA sur la nouvelle formulation.
  4. Medsafe, compte rendu de la 179e réunion du Medicines Adverse Reactions Committee (en anglais), 12 septembre 2019, point 3.2.2, recommandation 5 : Medsafe doit demander aux laboratoires (sponsors) de mettre à jour les RCP néo-zélandais (data sheets).
  5. Medsafe, Update on sexual dysfunction (post SSRI sexual dysfunction, PSSD) following discontinuation of serotonin reuptake inhibitors (en anglais), document préparé pour le comité, 11 juin 2026. Sections 2.3.1 (tous les RCP des ISRS et de la venlafaxine, sauf celui de la fluoxétine, comportent la mise en garde à la rubrique 4.4, à la suite de l’avis de 2019 ; celui de la fluoxétine mentionne la persistance à la rubrique 4.8) et 2.3.2 (la notice américaine du Prozac ; pas de phrase semblable dans les notices américaines du citalopram, de la sertraline ou de la venlafaxine).
  6. Medsafe, compte rendu de la 206e réunion (en anglais), 11 juin 2026, point 3.2.3 : « pas favorable, pour le moment, à l’inclusion du terme PSSD dans les RCP » ; recommandation 3, un examen des symptômes précis lors d’une réunion ultérieure. Exemples de formulation actuelle : Celapram (citalopram), RCP (en anglais), rubrique 4.4, révisé le 26 novembre 2025, et notice destinée aux patients (en anglais). Les notices que nous avons vérifiées le 10 octobre 2026 pour le citalopram, l’escitalopram, la fluoxétine, la paroxétine, la sertraline et la venlafaxine contiennent toutes la phrase européenne dans sa version anglaise : « In some cases, these symptoms have continued after stopping treatment. »
  7. Santé Canada, Summary Safety Review: SSRIs and SNRIs, assessing the potential risk of sexual dysfunction despite treatment discontinuation (en anglais), publié le 6 janvier 2021. L’examen « n’a pas permis de confirmer ni d’exclure un lien de causalité » ; 43 des 58 cas déclarés (16 au Canada, 27 à l’étranger) considérés comme possiblement liés ; « possiblement pendant des semaines ou des années ». Santé Canada, Health Product InfoWatch, December 2021 (en anglais) : la section Mises en garde et précautions des monographies de produit des ISRS et des IRSN « a été ou sera mise à jour » avec des renseignements sur les « déclarations de dysfonction sexuelle à long terme où les symptômes ont persisté malgré l’arrêt du traitement ». Le terme PSSD n’y est pas employé. Les citations de Santé Canada reprennent sa propre version française de ces deux documents.
  8. Therapeutic Goods Administration (TGA), Australie, Updated warnings about persistent sexual dysfunction for antidepressants (en anglais), Medicines Safety Update, 23 mai 2024. Les informations sur le produit de tous les ISRS et IRSN ont été harmonisées ; la desvenlafaxine, la sertraline et la venlafaxine comportaient déjà la mise en garde, six autres médicaments ont reçu la formulation de l’UE ; « peuvent persister de quelques semaines à plusieurs années ».
  9. National Pharmaceutical Regulatory Agency (NPRA), Malaisie, SSRIs and SNRIs: risk of persistent sexual dysfunction (en anglais), alerte de sécurité, 14 novembre 2025 : nomme la PSSD ; a appris l’existence du risque par la TGA ; 22 signalements locaux de dysfonction sexuelle, dont aucun ne décrit une persistance. Directive n° 23 de 2025 (en malais et en anglais), NPRA.600-1/9/13(70) Jld.1, émise le 7 octobre 2025 : la formulation de l’UE pour le RCP (package insert) et pour la notice destinée aux patients (RiMUP).
  10. Prozac (fluoxétine), notice de la FDA (en anglais), DailyMed, section 6.1 : « Les symptômes de dysfonction sexuelle persistent parfois après l’arrêt du traitement par la fluoxétine. » Agence américaine du médicament (FDA), lettre d’approbation du supplément, NDA 18-936/S-096 (en anglais), 15 juin 2011 ; la demande d’Eli Lilly était datée du 8 avril 2011.
  11. Notre recherche dans les notices américaines : openFDA drug label database (en anglais), 10 octobre 2026. La phrase sur la persistance ne figure que dans les notices de la fluoxétine (Prozac, ses génériques et Symbyax). Aucune phrase de ce type n’a été trouvée dans les notices vérifiées pour la sertraline, la paroxétine, l’escitalopram, le citalopram, la fluvoxamine, la venlafaxine, la duloxétine, la desvenlafaxine, la vortioxétine, la vilazodone ou le lévomilnacipran. Exemple : la notice du Lexapro (escitalopram) (en anglais), DailyMed, version d’octobre 2023, met en garde à la section 5.11 contre une dysfonction sexuelle pendant le traitement et ne contient aucune phrase sur des symptômes après l’arrêt.
  12. Healy D et 21 cosignataires. Citizen petition: sexual side effects of SSRIs and SNRIs (en anglais), 2018, dossier de la FDA FDA-2018-P-1846. Agence américaine du médicament (FDA), compte rendu de l’audition des auteurs de la pétition sur les ISRS et IRSN (en anglais), 23 mars 2026 : l’une de « quatre pétitions citoyennes en attente ». C’est le document de la FDA le plus récent sur cette pétition que nous ayons pu trouver le 10 octobre 2026.
  13. Vidéos : PSSD Canada, Emily’s experience with PSSD (en anglais), 26 février 2022 (la description fait remonter ses symptômes à mars 2019 ; sa citation à 1:08) ; Dr. Josef, SSRIs & SNRIs: Persistent Sexual Dysfunction Risk! (en anglais), 7 janvier 2026 ; PSSD Hilfe Deutschland, We explain post-SSRI sexual dysfunction (en anglais), 24 juillet 2023.

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