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Isotrétinoïne et dépression après l’arrêt

L’isotrétinoïne peut provoquer une dépression, dit sa notice britannique, et l’arrêt peut ne pas suffire. Un moral qui reste bas : un symptôme du PAS.

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Par Morten SkovPublié le
Isotrétinoïne et dépression après l’arrêt

L’isotrétinoïne (Accutane, ou Roaccutane au Royaume-Uni ; en France, Contracné, Curacné ou Procuta) peut provoquer une dépression et d’autres changements d’humeur, selon sa notice britannique. Celle-ci prévient que l’arrêt du traitement « peut ne pas suffire à faire cesser les effets ». Une baisse de moral qui dure fait partie des symptômes du syndrome post-Accutane, ou PAS.

Sur sa page consacrée à l’isotrétinoïne (en anglais), le NHS, le service de santé britannique, cite les troubles psychiques parmi les effets secondaires graves. Il ne dit pas qu’ils peuvent persister après l’arrêt. Si votre moral a chuté pendant ou après votre cure et n’est pas remonté, c’est bon à savoir, et cela vaut la peine de le signaler.

L’essentiel en trois points

  1. La notice britannique (en anglais) cite la dépression et les changements d’humeur parmi les effets secondaires possibles de l’isotrétinoïne.
  2. Si votre médecin arrête le traitement, prévient la notice, « cela peut ne pas suffire à faire cesser les effets ». Selon la notice de la FDA (en anglais), l’arrêt « peut être insuffisant ».
  3. Personne n’a mesuré à quelle fréquence la baisse de moral persiste. Un rapport d’experts britanniques de 2023 (en anglais) fait état d’effets secondaires psychiques « de longue durée ». Les personnes touchées parlent de PAS.

Presse : contact@sidefxhub.com

Joseph avait 13 ans quand il a pris de l’isotrétinoïne contre l’acné. Pendant la cure, dit-il, mentalement tout allait bien. Puis, des mois après la fin du traitement, une anxiété intense et des crises de panique ont commencé.

Joseph, interviewé en français par Moral Medicine, novembre 2025. Les opinions exprimées dans le film sont les siennes. Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.

Il raconte avoir perdu la joie et son équilibre émotionnel. Pendant des années, des médecins lui ont répété que le médicament ne pouvait pas être en cause. « Il y a des jours où, je sais pas, je me lève et tout est noir », dit-il. Depuis, avec le temps et du soutien, les choses vont mieux, même si, dit-il, ce n’est pas encore parfait, loin de là.

L’isotrétinoïne peut-elle provoquer une dépression ?

C’est possible, d’après ses notices. La notice britannique range l’« humeur triste ou altérée » et l’anxiété parmi les signes d’une dépression ou de troubles apparentés. La notice de la FDA (en anglais) indique que l’isotrétinoïne « peut provoquer une dépression ».

Les grandes études ne tranchent pas. Une revue de 2024 (en anglais) a rassemblé des travaux portant sur plus d’un million et demi de personnes. En moyenne, celles qui avaient pris de l’isotrétinoïne ne présentaient pas plus souvent de trouble psychique.

Mais une moyenne peut masquer ce que vivent certaines personnes. Des experts qui ont examiné l’isotrétinoïne en 2023 pour l’agence britannique du médicament (MHRA) ont avancé une explication. Quand la peau s’améliore, le moral de certaines personnes remonte, et sur le papier cela peut compenser le tort subi par d’autres.

La dépression peut-elle durer après l’arrêt de l’isotrétinoïne ?

Chez certaines personnes, il semble que oui. Après avoir prévenu que l’arrêt peut ne pas suffire, la notice britannique poursuit : « vous pourriez avoir besoin d’une aide supplémentaire, que votre médecin peut organiser ».

Les experts britanniques ont averti que cette phrase pouvait paraître rassurante, comme si une aide supplémentaire réglait toujours le problème. Ce « n’est peut-être pas le cas pour tous les patients », ont-ils écrit.

Ils ont aussi écouté des patients et des familles, et ont décrit « l’impact dévastateur » d’effets secondaires psychiatriques graves, « dont certains étaient de longue durée ». Une personne leur a confié que « seule la dépression est restée ».

Certains signalements adressés au dispositif Yellow Card de la MHRA décrivent des troubles psychiques qui ont duré des mois ou des années après l’arrêt. Personne n’a mesuré à quelle fréquence cela arrive. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si cela finira par s’atténuer.

Combien de temps surveiller son humeur après l’isotrétinoïne ?

Des chercheurs suédois (en anglais) ont conseillé une surveillance étroite jusqu’à un an après la dernière capsule. Ils avaient étudié les dossiers hospitaliers de milliers de personnes ayant pris de l’isotrétinoïne en Suède.

Les hospitalisations pour tentative de suicide ont été plus nombreuses que prévu pendant le traitement et durant les six mois suivants. Le risque augmentait déjà avant le début du traitement : les chercheurs n’ont donc pas pu dire s’il venait du médicament ou de l’acné.

Si vous avez des pensées suicidaires : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.

Le médicament, lui, quitte le corps bien plus vite. Selon le RCP britannique (en anglais), le document destiné aux médecins, il est « complètement éliminé » dans le mois qui suit la dernière prise. Si l’on s’en tient à cela, une baisse de moral des mois ou des années plus tard ne vient pas d’un reste de médicament. L’anxiété de Joseph n’a commencé que des mois après sa cure.

L’isotrétinoïne et le moral après la dernière capsule

Dernière capsule
Le médicament commence à s’éliminerSelon la notice, les effets secondaires s’atténuent généralement, mais certains peuvent persister.
Un mois
Complètement éliminéC’est ce qu’indique le RCP britannique.
Un an
Continuez à surveiller votre moralDes chercheurs suédois ont conseillé une surveillance étroite jusque-là.
Des années plus tard
Le médicament a disparu depuis longtempsCertaines personnes disent que leur moral est resté bas.
Sources : notice et RCP britanniques du Roaccutane ; Sundström et al., 2010 ; rapport d’experts britanniques, 2023.

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. Pendant le traitement, la notice britannique vous demande de contacter immédiatement votre médecin si vous remarquez des signes de troubles psychiques.

Elle vous demande aussi de dire à vos proches que vous prenez ce médicament. Ils peuvent remarquer des changements d’humeur que vous ne voyez pas.

Si votre moral n’est pas remonté depuis la fin de votre cure, parlez-en à votre médecin traitant. Donnez vos dates : « Isotrétinoïne 40 mg par jour à partir de mars 2024, dernière capsule en août 2024. Baisse de moral depuis juin 2024, toujours présente. »

Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Miriam, qui dirige en Espagne une association pour les personnes touchées par ce médicament, parle de cette incrédulité.

Apportez la phrase de la notice britannique. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Il n’existe pas encore de terme médical pour le syndrome post-Accutane. Citez chaque symptôme, par exemple une baisse de moral ou de l’anxiété, et précisez qu’il a persisté après l’arrêt. La MHRA demande des précisions (en anglais), « en particulier si un effet indésirable a persisté ou a commencé après l’arrêt du traitement ».

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

Est-ce le syndrome post-Accutane si je n’ai aucun trouble sexuel ? C’est possible. En 2022, des chercheurs ont rédigé des critères (en anglais) pour les troubles sexuels persistants après l’isotrétinoïne. Selon eux, le nom PAS est souvent employé pour des effets psychiques et cognitifs « sans difficultés sexuelles ». La dépression figure sur leur liste des effets qui peuvent survenir sans ces difficultés. Notre page sur le syndrome post-Accutane fait le point sur ce que l’on sait.

Est-ce que cela peut venir de mon acné, ou d’autre chose ? Peut-être. Une acné grave peut à elle seule faire baisser le moral. Les experts britanniques ont indiqué que des lacunes dans les données les avaient empêchés d’établir ce que l’isotrétinoïne avait causé. Un médecin vous demandera comment vous alliez avant de commencer. Notez donc à quel moment votre humeur a changé : avant, pendant ou après la cure.

Est-ce que cela s’améliore ? Pour certaines personnes, oui. La notice de la FDA indique que, chez certains patients, la dépression s’est atténuée à l’arrêt et est revenue à la reprise du traitement. Joseph dit que ses symptômes se sont atténués avec le temps. Pour d’autres, cela dure depuis des années. Personne ne peut encore dire qui ira mieux.

Pendant des années, on a dit à Joseph que le médicament ne pouvait pas être en cause. Si votre moral a chuté sous isotrétinoïne et n’est pas remonté, un signalement consigne vos dates auprès de ceux qui surveillent la sécurité de ce médicament.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais, sauf les mots de Joseph, qui s’exprime en français.

Sources

  1. Roaccutane 10 mg, capsules molles, notice (en anglais), Electronic Medicines Compendium (EMC 100633), révisée en avril 2026. Rubrique 2, troubles psychiques : prévenir ses proches, car on peut ne pas remarquer soi-même ses changements d’humeur. Rubrique 4 : effets secondaires « généralement réversibles » après un changement de dose ou l’arrêt du traitement, mais « certains peuvent persister après l’arrêt du traitement ». Rubrique 4, troubles psychiques, fréquence indéterminée : dépression ou troubles apparentés, avec pour signes une « humeur triste ou altérée, anxiété » ; « cela peut ne pas suffire à faire cesser les effets ».
  2. Roaccutane 10 mg, capsules molles, résumé des caractéristiques du produit (en anglais), EMC 100633, révisé le 27 avril 2026. Rubrique 4.4, troubles psychiatriques : « L’arrêt de l’isotrétinoïne peut être insuffisant pour atténuer les symptômes ; une évaluation psychiatrique ou psychologique complémentaire peut donc être nécessaire ». Rubrique 4.4, grossesse : le médicament est « complètement éliminé » dans le mois qui suit la fin du traitement.
  3. Absorica et Absorica LD (isotrétinoïne), notice de la FDA et guide du médicament pour les patients (en anglais), révisés en août 2026. DailyMed, National Library of Medicine des États-Unis. Rubrique 5.4 : « peut provoquer une dépression » ; « L’arrêt d’ABSORICA/ABSORICA LD peut être insuffisant ; une évaluation complémentaire peut être nécessaire ». Rubrique 6, d’après les essais cliniques et les signalements après la mise sur le marché : certains patients ont indiqué que la dépression « s’était atténuée à l’arrêt du traitement et était réapparue à sa reprise ».
  4. NHS, Isotretinoin (Roaccutane) (en anglais), dernière révision le 26 juin 2026. Les effets secondaires graves incluent des « troubles psychiques ».
  5. Commission on Human Medicines, Report of the Isotretinoin Expert Working Group (en anglais), 26 avril 2023, publié par la MHRA. Synthèse : les limites des données ont « empêché d’établir des liens de causalité », et le rapport entre bénéfices et risques « reste favorable ». Section 4.3.1 : l’acné elle-même peut être associée à l’anxiété et à la dépression. Section 4.2.5.1 : la dépression est l’effet secondaire psychiatrique le plus souvent signalé (516 signalements Yellow Card britanniques dans le groupe dépression au 20 mai 2021), et le commentaire « seule la dépression est restée ». Section 4.2.5.3 (la partie du rapport consacrée à la psychose, qui commente la phrase de la notice valable pour tous les troubles psychiques) : cette phrase « pourrait être perçue par certains comme rassurante … ce qui n’est peut-être pas le cas pour tous les patients ». Section 4.2.5.4.1 : certains signalements de comportements suicidaires ayant persisté « des mois et des années après l’arrêt ». Section 4.6 : des effets secondaires psychiatriques « dont certains étaient de longue durée », et pourquoi les études de population peuvent ne pas montrer de risque accru.
  6. MHRA, Drug Safety Update: isotretinoin, introduction of new safety measures (en anglais), 31 octobre 2023. Conseils pour le signalement, y compris pour des effets anciens.
  7. Tan NKW, Tang A, MacAlevey NCYL et al. Risk of suicide and psychiatric disorders among isotretinoin users: a meta-analysis (en anglais). JAMA Dermatol 2024;160(1):54-62. 25 études, 1 625 891 participants. Pas de risque accru de troubles psychiatriques dans l’ensemble, et un risque plus faible de tentative de suicide 2 à 4 ans après le traitement, « à l’échelle de la population ».
  8. Sundström A, Alfredsson L, Sjölin-Forsberg G et al. Association of suicide attempts with acne and treatment with isotretinoin: retrospective Swedish cohort study (en anglais). BMJ 2010;341:c5812. 5 756 personnes. Risque accru pendant le traitement et jusqu’à six mois après ; le risque augmentait déjà avant le traitement, si bien qu’un risque supplémentaire lié au médicament « ne peut pas être établi ». Conseille une surveillance étroite « jusqu’à un an après la fin du traitement ».
  9. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. La dépression et la suicidalité figurent parmi les effets de l’isotrétinoïne qui peuvent survenir sans difficultés sexuelles ; le nom PAS « semble tout aussi souvent inclure la suicidalité et d’autres effets cognitifs sans difficultés sexuelles ».
  10. Moral Medicine, French Patient Shares His Long-Term Struggle After Accutane (isotretinoin), entretien avec Joseph, en français, 17 novembre 2025. La citation reprend ses propres mots (vers 8:13). Son témoignage sur notre site : Joseph : de l’isotrétinoïne à 13 ans.
  11. Le témoignage de Miriam sur notre site : Miriam : 2 cures d’isotrétinoïne, tiré de son entretien avec Moral Medicine.

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