Isotrétinoïne et érection : troubles durables ?
L’isotrétinoïne peut causer des troubles de l’érection. Selon les notices britannique et américaines, cela peut durer après l’arrêt. On parle alors de PAS.
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L’isotrétinoïne (Accutane, ou Roaccutane au Royaume-Uni ; en France, Contracné, Curacné ou Procuta) peut provoquer des troubles de l’érection : des difficultés à obtenir une érection ou à la maintenir. La notice britannique et les nouvelles notices américaines indiquent que ce type de troubles sexuels peut persister après l’arrêt. Quand ils durent, ils font partie du syndrome post-Accutane, ou PAS.
Le NHS, le service de santé britannique, cite les troubles de l’érection sur sa page consacrée à l’isotrétinoïne (en anglais), mais ne dit pas qu’ils peuvent persister après l’arrêt. Si les vôtres ont commencé pendant la cure et n’ont pas disparu, la notice britannique dit déjà que cela peut arriver.
L’essentiel en trois points
- La notice britannique (en anglais) cite des « difficultés à obtenir ou à maintenir une érection ». Elle mentionne aussi des signalements de troubles sexuels qui ont persisté après l’arrêt.
- En juin 2026, l’agence américaine du médicament (en anglais) a demandé aux fabricants d’isotrétinoïne de citer la dysfonction érectile parmi les troubles sexuels qui « peuvent persister » après l’arrêt.
- Dans les signalements britanniques qui précisaient ce qui s’était passé après la cure, les troubles de l’érection ont continué chez la moitié des hommes (réévaluation britannique, en anglais). Les personnes touchées parlent de PAS.
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Stefan avait 15 ans quand il a pris de l’Accutane pendant une courte période. La chaîne YouTube Moral Medicine a filmé son histoire. Au moment du tournage, précise-t-elle, il vivait avec le syndrome post-Accutane depuis près de 19 ans.
Dans l’entretien, il raconte ce que le syndrome post-Accutane a fait de sa vie, et les nombreux symptômes avec lesquels il doit composer chaque jour.
L’isotrétinoïne peut-elle provoquer des troubles de l’érection ?
Oui, c’est un effet secondaire répertorié. La notice britannique (en anglais) cite des « difficultés à obtenir ou à maintenir une érection ». Leur fréquence, précise-t-elle, « ne peut être estimée sur la base des données disponibles ». Notre article sur les effets secondaires sexuels de l’isotrétinoïne présente les autres, comme la baisse du désir sexuel et l’engourdissement.
C’est aussi le plus signalé. En 2023, des experts britanniques ont passé en revue les signalements d’effets secondaires sexuels envoyés à l’agence britannique du médicament (MHRA) : les troubles de l’érection arrivaient en tête. La plupart des hommes semblent les avoir remarqués dans le mois qui a suivi le début du traitement.
« Cela ne m’était jamais arrivé avant de commencer mon traitement », a indiqué un homme aux experts.
Tout le monde n’est pas convaincu que le médicament soit en cause. Une étude de 2024 portant sur des dossiers médicaux américains (en anglais) a comparé des hommes sous isotrétinoïne à des hommes sous antibiotiques contre l’acné. Dans l’année qui a suivi, les premiers ne semblaient pas recevoir plus souvent un diagnostic de troubles de l’érection. Ses auteurs notent que tous les hommes ne consultent pas pour ce problème.
Les troubles de l’érection dus à l’isotrétinoïne sont-ils permanents ?
Chez certains hommes, ils ont duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si cela finira par s’atténuer.
La notice britannique mentionne des signalements de « troubles sexuels durables, dont les symptômes ont persisté malgré l’arrêt du traitement ». Dans la réévaluation britannique (en anglais), la moitié des hommes dont le signalement couvrait la période après l’arrêt ont dit que leurs troubles de l’érection avaient continué. Chez deux d’entre eux, ils duraient depuis plus de 20 ans au moment du signalement.
En juin 2026, l’agence américaine du médicament (FDA) a demandé aux fabricants d’isotrétinoïne (en anglais) d’ajouter à leurs notices la mention « dysfonction sexuelle qui peut persister après l’arrêt du traitement ». La dysfonction érectile est le premier exemple qu’elle donne.
La FDA n’a pas trouvé d’« éléments raisonnables » montrant que le médicament provoque ces troubles. Elle a toutefois relevé des signalements faisant état de « répercussions notables » sur les patients. Personne n’a mesuré à quelle fréquence cela arrive.
Est-ce seulement dans ma tête ?
Pas forcément, même si le psychisme peut jouer un rôle. Une acné grave rend la dépression et l’anxiété plus probables, note la FDA, et toutes deux peuvent avoir un effet sur la sexualité.
La FDA a aussi relevé de qui venaient ces signalements. La plupart de ceux qu’elle a lus provenaient d’hommes et de femmes jeunes et en bonne santé, qui ne mentionnaient rien d’autre pouvant expliquer le problème.
Deux spécialistes italiens de la santé sexuelle masculine (en anglais) ont averti en 2017 : chez les hommes jeunes, les troubles de l’érection sont « susceptibles d’être négligés et écartés » sans même un examen de base. On suppose qu’ils passeront tout seuls, écrivaient-ils. La réévaluation britannique cite leur mise en garde.
Les médecins qui ont établi en 2022 des critères (en anglais) pour les troubles sexuels persistants après l’isotrétinoïne précisent qu’un diagnostic de trouble psychique ne les exclut pas.
Le Dr Kenneth Peters, chef du service d’urologie d’un hôpital du Michigan, a organisé le premier congrès consacré au syndrome post-Accutane et à deux maladies voisines. « Cela me met en colère d’entendre le discours qui rejette la faute sur les patients », nous a-t-il dit sur place.
Que puis-je faire ?
Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. La notice britannique vous demande de parler à votre médecin de tout trouble sexuel pendant le traitement.
Si vos érections ne sont pas revenues depuis la cure, consultez votre médecin traitant. Des troubles de l’érection qui se répètent peuvent être le signe d’un problème de santé qui se soigne, indique le NHS (en anglais). Cela vaut donc la peine de faire un bilan.
« Isotrétinoïne 20 mg à partir de mars 2024, dernière capsule en septembre 2024. »
« Mes érections ne tiennent pas », « plus d’érections matinales », « moins de sensations dans le pénis ».
Avant la cure, pendant le traitement ou après l’arrêt.
« Aucun problème avant 2024. »
Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice britannique. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.
Signalez-le : cela aide tout le monde
Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.
- Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
- Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
- Employez les bons mots. Le syndrome post-Accutane n’a pas encore de terme officiel à lui : nommez donc le symptôme, par exemple la dysfonction érectile, et précisez qu’il a persisté après l’arrêt de l’isotrétinoïne.
Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape
Quelles sont les autres questions fréquentes ?
Est-ce que cela s’améliore ? Certains hommes vont mieux, d’autres non. Combien se rétablissent complètement ? Cela « n’a jamais été correctement étudié », écrivent les médecins à l’origine des critères de 2022. Les troubles qui persistent après l’arrêt font partie du syndrome post-Accutane, expliqué sur notre page consacrée à cette maladie.
La dose joue-t-elle un rôle ? Personne ne le sait encore. Beaucoup de signalements britanniques n’indiquaient pas la dose : la réévaluation n’a donc pas pu dire quel effet elle a sur les troubles de l’érection. Elle a jugé un lien avec la dose « plausible et logique », tout en précisant qu’il n’avait pas été formellement établi.
L’isotrétinoïne fait-elle baisser la testostérone ? C’est possible, pendant la cure. La réévaluation britannique a cité des études dans lesquelles la testostérone et d’autres hormones avaient baissé après trois mois de traitement. Elle y a vu une cause possible des troubles de l’érection. Les critères de 2022 ajoutent que, dans les cas persistants, des taux d’hormones à la limite de la normale peuvent être une conséquence de la maladie plutôt que sa cause.
Si vos érections ne sont toujours pas ce qu’elles étaient avant la cure, signalez-le. La MHRA accepte les signalements à tout moment, même des années plus tard.
Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.
Sources
- Roaccutane 10 mg et 20 mg, capsules molles, notice (en anglais), Electronic Medicines Compendium (EMC 100633), révisée en avril 2026. La rubrique 2 cite, parmi les troubles sexuels, des « difficultés à obtenir ou à maintenir une érection ». Elle ajoute : « Des troubles sexuels durables, dont les symptômes ont persisté malgré l’arrêt du traitement par isotrétinoïne, ont été signalés ». Elle dit aussi : « Parlez à votre médecin si vous avez des troubles sexuels pendant le traitement ». En rubrique 4, ils sont classés en « fréquence indéterminée ».
- NHS, Isotretinoin (Roaccutane) (en anglais), dernière révision le 26 juin 2026. Cite des « problèmes sexuels, comme la dysfonction érectile (impuissance) et une baisse de la libido » ; ne dit pas qu’ils peuvent persister après l’arrêt.
- NHS, Erectile dysfunction (impotence) (en anglais), dernière révision le 28 juillet 2023. « Consultez un médecin généraliste ou rendez-vous dans un centre de santé sexuelle si les troubles de l’érection se répètent. Cela peut être le signe d’un problème de santé qui se soigne ». Lors de la consultation, des questions peuvent porter sur le mode de vie et la vie affective. Des examens simples sont aussi possibles, comme une prise de tension.
- Commission on Human Medicines, Report of the Isotretinoin Expert Working Group (en anglais), 26 avril 2023. Section 5.3.4.1 : 93 signalements Yellow Card de dysfonction érectile, soit la moitié des 184 signalements d’effets secondaires sexuels au 20 mai 2021. La baisse de la libido, avec 74 signalements, était « le deuxième type le plus fréquent » (section 5.3.4.2). « La majorité des hommes ayant signalé une dysfonction érectile semblent l’avoir constatée au cours du premier mois de traitement par isotrétinoïne ». « Quand l’information était donnée, la moitié des hommes ont indiqué que leur dysfonction érectile n’avait pas cessé à l’arrêt de l’isotrétinoïne ». Le tableau 4 donne la durée pour 27 hommes, dont deux à 21 et 24 ans. Le nombre réel « est probablement plus élevé », en raison de la sous-déclaration. La citation de patient est un commentaire reçu dans le cadre de l’appel à contributions, dans la même section. Section 5.4.1.8 : « Des données indiquent que l’isotrétinoïne réduit le taux de testostérone », un « mécanisme possible de la dysfonction érectile et de la baisse de la libido ». Il s’agit d’études de Karadag et de ses collègues, publiées de 2010 à 2015, qui ont mesuré les hormones après trois mois. Section 5.4.2 : la dysfonction érectile chez les hommes jeunes est « susceptible d’être négligée et écartée sans qu’aucun examen soit réalisé », avec un renvoi à Rastrelli et Maggi (source 5). Sur la dose, sections 5.3.4.1 et 5.4.3 : elle manque souvent dans les signalements. Un lien avec la dose « n’a pas été formellement établi », mais il est « plausible et logique ». Il s’agit de signalements volontaires, souvent sans dates ni doses. La réévaluation n’a pas pu affirmer que l’isotrétinoïne avait provoqué ces effets de façon certaine.
- Rastrelli G, Maggi M. Erectile dysfunction in fit and healthy young men: psychological or pathological? (en anglais). Transl Androl Urol 2017;6(1):79-90. Sexual Medicine and Andrology Unit, université de Florence. Dans le résumé : la dysfonction érectile chez les hommes jeunes est « susceptible d’être négligée et écartée sans qu’aucun examen médical soit réalisé, pas même le plus élémentaire », en raison de « l’idée répandue » qu’il s’agit d’« un trouble qui disparaît de lui-même ».
- Agence américaine du médicament (FDA), réponse à la pétition citoyenne FDA-2018-P-4088 (en anglais), lettre à David Healy, 16 juin 2026. Acceptée en partie et rejetée en partie. La FDA n’a pas trouvé d’« éléments raisonnables en faveur d’une association causale » : il n’y a donc pas de mention dans la rubrique Warnings and Precautions. La formulation exigée pour la rubrique Adverse Reactions : « Troubles des règles, dysfonction sexuelle qui peut persister après l’arrêt du traitement (dont dysfonction érectile, baisse de la libido, diminution de la lubrification vaginale et sécheresse vaginale) ». La plupart des signalements FAERS pertinents concernaient « des hommes et des femmes jeunes, globalement en bonne santé, sans autre facteur de risque de dysfonction sexuelle expressément mentionné ». Les troubles persistants auraient eu, selon les signalements, « des répercussions notables sur les patients, d’autant plus que cette population est jeune ». Une acné grave s’accompagne d’un risque plus élevé de dysfonction sexuelle, de dépression et d’anxiété. Les données FAERS « ne peuvent pas servir à calculer l’incidence ».
- Thang CJ, Garate D, Golovko G, Barbieri JS. Isotretinoin exposure does not appear to be associated with risk of adverse male sexual health outcomes in acne patients (en anglais). Int J Dermatol 2024;63(2):e54-7. Dossiers médicaux américains (TriNetX), hommes atteints d’acné âgés de 14 à 40 ans : 13 600 sous isotrétinoïne appariés à 13 600 sous antibiotiques de la famille des tétracyclines ; dysfonction érectile diagnostiquée dans l’année suivant la première prescription, risque relatif ajusté de 1,0 (IC à 95 % de 0,55 à 1,8). Parmi les limites citées par les auteurs : un « biais de détection, car tous les patients ne consultent pas pour une dysfonction sexuelle », et des estimations imprécises. La FDA (source 6) a jugé l’étude trop imprécise pour éclairer la question de la causalité.
- Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Section 6, dysfonction sexuelle post-rétinoïdes (post-retinoid sexual dysfunction, PRSD), dont une « dysfonction érectile persistante (hommes) » pendant trois mois ou plus après l’arrêt. « Le nombre de patients qui retrouvent 100 % de leur fonction sexuelle d’origine … n’a jamais été correctement étudié ». « Un diagnostic actuel de trouble psychique n’empêche pas de poser le diagnostic de ces maladies persistantes ». Des taux de testostérone ou d’autres hormones à la limite de la normale « peuvent être une conséquence de ces maladies plutôt qu’une cause ». Un consensus d’experts fondé sur des signalements à RxISK.org, un site lié à trois des auteurs.
- Newcastle Hospitals, Newcastle dermatology - Isotretinoin (en anglais), 29 novembre 2024. Dysfonction sexuelle « pendant et après le traitement » à 5:13 ; le suicide est évoqué vers 4:29.
- SIDEfxHUB, Interview with Dr. Kenneth Peters, PFS / PAS / PSSD Summit 2026 (en anglais), avril 2026. Le Dr Peters est chef du service d’urologie du Corewell Health William Beaumont University Hospital, dans le Michigan. Deux patients après l’Accutane vers 3:45 ; « cela me met en colère d’entendre le discours qui rejette la faute sur les patients » vers 14:11 ; le suicide est évoqué vers 7:40. Notre compte rendu : Dr Kenneth Peters et le premier congrès PFS/PSSD/PAS.
- Moral Medicine, entretien avec Stefan, 11 décembre 2024. La description de la vidéo indique qu’il vit avec le syndrome post-Accutane depuis près de 19 ans, après avoir pris de l’Accutane pendant une courte période à 15 ans. Nous ne donnons pas le lien vers la vidéo et ne l’intégrons pas ici, car son début décrit un suicide. Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. Notre page : Stefan : de l’Accutane à 15 ans.
- MHRA, Drug Safety Update du 31 octobre 2023 (en anglais). Les signalements Yellow Card « peuvent porter sur des réactions suspectées survenues à n’importe quel moment, y compris sur des effets indésirables anciens », « en particulier si un effet indésirable a persisté ou a commencé après l’arrêt du traitement ».
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