Antidépresseurs : que ressent-on avec la PSSD ?
La dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD) vue par les patients : engourdissement génital, orgasme sans plaisir, émotions émoussées, même après l’arrêt.
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Les personnes atteintes de dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD) décrivent un engourdissement génital, un orgasme avec peu ou pas de plaisir et des émotions atténuées. Elles disent que cela a commencé sous un antidépresseur ISRS ou IRSN et que cela a continué après l’arrêt.
Sur sa page consacrée aux antidépresseurs (en anglais), le NHS, le service de santé britannique, cite une baisse de la libido et une difficulté à atteindre l’orgasme. Cette page indique que, chez certaines personnes, ces troubles peuvent persister après l’arrêt. Elle ne parle pas d’engourdissement génital, et une liste ne peut pas vous dire ce que l’on ressent.
L’essentiel en trois points
- La notice britannique du Cipralex (escitalopram) indique que les ISRS et les IRSN peuvent provoquer des troubles sexuels qui, dans certains cas, ont persisté après l’arrêt (notice, en anglais).
- Les critères diagnostiques de la PSSD (en anglais), publiés en 2022, exigent un changement durable des sensations génitales et indiquent qu’un émoussement émotionnel peut s’y associer.
- Personne n’a mesuré à quelle fréquence la PSSD survient (en anglais). Ce que l’on ressent, on le sait par les personnes qui en sont atteintes.
Presse : contact@sidefxhub.com
Benjamin sentait qu’il manquait quelque chose dans sa vie, et pensait que c’était une dépression. Il a essayé la duloxétine (Cymbalta), un antidépresseur IRSN. Une demi-heure après la première dose, dit-il, une « lourde couverture grise » s’est abattue sur tout ce qu’il aimait.
« C’était comme si mes organes génitaux avaient disparu », dit-il, et cela lui a fait peur. Il a pris le médicament pendant un mois, puis il a arrêté. L’entretien a eu lieu presque 14 ans plus tard.
Que ressent-on sur le plan sexuel avec une PSSD ?
Un engourdissement d’abord, dit Benjamin, pendant environ trois ans. Il s’est estompé, mais la sensation sexuelle n’est pas revenue : « Ce n’est plus engourdi, mais c’est juste comme si c’était un doigt. »
Les chercheurs qui ont rédigé en 2022 les critères de diagnostic de la PSSD décrivent les deux. Chez certaines personnes, les organes génitaux sont comme anesthésiés. Chez d’autres, un contact à cet endroit fait le même effet qu’un contact sur n’importe quelle autre partie du corps.
Ce qui a changé, tel que Benjamin le raconte
Il n’a jamais eu de troubles de l’érection, et il peut atteindre l’orgasme. « Je ne ressens rien quand ça arrive », dit-il. C’est si atténué qu’il doit baisser les yeux pour vérifier.
Son désir sexuel a disparu, lui aussi. Avant, les jours difficiles, il savait que le sexe lui remonterait le moral. Cette « part de la sexualité qui reste en arrière-plan », dit-il, est ce qui lui manque le plus.
Rosie a pris de l’escitalopram (Lexapro, vendu en France sous le nom de Seroplex) pendant quatre mois et demi. Plus de trois ans après son dernier comprimé, elle décrit un orgasme presque sans plaisir : « peut-être genre 1 % » de ce qu’elle ressentirait normalement.
L’attirance n’a pas disparu, dit-elle, mais la sensation, si : c’est comme « se réveiller complètement daltonienne ».
Les notices britanniques de l’escitalopram et de la duloxétine citent toutes deux une baisse de la libido et une difficulté à atteindre l’orgasme. Aucune des deux ne parle d’engourdissement génital.
Que ressent-on sur le plan émotionnel avec une PSSD ?
Du gris, pour reprendre les mots de Rosie. Avant, sa vie était « tellement en couleurs », dit-elle, et maintenant tout est « très engourdi ». « La vie ne ressemble plus à la vie. »
Katie avait 21 ans quand on lui a prescrit de la fluoxétine (Prozac). Au début, son moral s’est amélioré. Puis elle s’est aperçue qu’elle « ne pouvait ressentir ni enthousiasme ni joie, ni vraiment profiter de quoi que ce soit ».
Le NHS cite, parmi les effets secondaires fréquents des antidépresseurs, le fait de se sentir « émotionnellement engourdi ». Selon les critères de 2022, cela peut accompagner la PSSD après l’arrêt.
Les personnes touchées disent que ce n’est pas la même chose qu’une dépression. Même au plus bas, avant le médicament, Katie « avait encore des émotions ».
Des chercheurs de l’université d’East Anglia ont interrogé 10 personnes (en anglais) qui vivent avec une PSSD au Royaume-Uni. Beaucoup ont longuement parlé d’émoussement émotionnel. L’un d’eux a dit qu’il « marchait comme une statue ».
Comment vit-on avec une PSSD ?
Difficile à expliquer, disent les personnes touchées. Benjamin peut avoir des rapports sexuels. Le plus difficile, dit-il, c’est de dire à la personne avec qui il est qu’il lui est à peu près égal d’en avoir ou non.
Katie a remarqué qu’elle « ne craquait pour personne ». Personne ne lui avait dit que cela pouvait être un effet secondaire. Pendant des années, elle a donc cru qu’il y avait « quelque chose qui n’allait pas chez moi, personnellement ».
Un professionnel de santé a suggéré qu’elle était peut-être asexuelle. Ce n’est pas ainsi qu’elle le voit. « Je me souviens de ce que c’est, d’avoir des sensations et des désirs sexuels », dit-elle, « mais en fait, je n’ai plus accès à ces fonctions. »
Toutes les personnes interrogées dans l’étude d’East Anglia ont décrit des répercussions sur leurs relations. Elles avaient souvent le sentiment de ne pas avoir été écoutées lors de leurs rendez-vous médicaux. Notre article La PSSD est-elle réelle ? explique comment les médecins et les agences du médicament considèrent aujourd’hui la maladie.
Benjamin a trouvé de l’aide auprès d’autres personnes qui vivent la même chose. Leur parler, dit-il, a été « plus thérapeutique » que toutes les thérapies qu’il avait essayées.
Que puis-je faire ?
Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. N’arrêtez pas du jour au lendemain.
Des symptômes comme ceux-là sont difficiles à mettre en mots pendant une consultation courte. Notez-les d’abord par écrit, avec des mots simples : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. Au toucher, c’est engourdi. J’ai des orgasmes, mais je ne ressens presque rien. Aucun problème avant 2023. »
Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice sur les troubles sexuels qui ont persisté après l’arrêt. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.
Signalez-le : cela aide tout le monde
Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.
- Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
- Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
- Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).
Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape
Quelles sont les autres questions fréquentes ?
La PSSD est-elle seulement sexuelle ? Pas chez tout le monde. Benjamin décrit un brouillard mental et dit qu’il assimile lentement les informations nouvelles. Rosie a des acouphènes et n’arrive plus à apprécier la musique. Parmi les symptômes qui peuvent l’accompagner, les critères de 2022 citent des troubles cognitifs, ainsi que des troubles sensoriels touchant la peau, l’odorat, le goût ou la vue.
Est-ce comme le PFS ? Les descriptions se recoupent. Les hommes atteints du syndrome post-finastéride (PFS), des symptômes persistants après le finastéride, parlent eux aussi d’engourdissement génital et d’émotions émoussées. Les critères de 2022 couvrent les deux maladies et indiquent que chacune s’accompagne fréquemment d’une diminution des sensations génitales et du désir. Les mots de ces hommes sont dans Finastéride : que ressent-on avec un PFS ?
La PSSD finit-elle par disparaître ? Chez certaines personnes, cela a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si cela finira par s’atténuer. Certains symptômes de Benjamin se sont estompés au fil des années, alors que la sensation sexuelle n’est pas revenue. Rosie a dit qu’elle ne s’était pas du tout remise. Notre page sur la PSSD présente ce que l’on sait.
Pendant 10 ans, Benjamin a eu peur d’en parler et a essayé d’oublier. Cela ne l’a mené nulle part, dit-il. Si, vous aussi, vous avez gardé cela pour vous, un signalement est un endroit où vous pouvez le dire.
Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.
Sources
- Cipralex 5 mg, 10 mg et 20 mg, comprimés pelliculés (escitalopram), notice (en anglais), Electronic Medicines Compendium (EMC 7718), dernière révision en mai 2025. Rubrique 2 : « Medicines like Cipralex (so called SSRIs/SNRIs) may cause symptoms of sexual dysfunction (see section 4). In some cases, these symptoms have continued after stopping treatment. » La rubrique 4 cite une éjaculation retardée, des troubles de l’érection, une baisse du désir sexuel et, chez les femmes, des difficultés à atteindre l’orgasme.
- Également consultées : Duloxétine 30 mg et 60 mg, gélules gastro-résistantes, notice (en anglais), EMC 13593, dernière révision en août 2024, et Fluoxétine 20 mg, gélules, notice (en anglais), EMC 15755, dernière révision en septembre 2022. La notice de la duloxétine contient la même phrase à la rubrique 2 (« so called SSRIs/SNRIs ») ; dans celle de la fluoxétine, elle se lit « Medicines like Fluoxetine (so called SSRIs) ». La notice de la duloxétine cite « less sex drive » et « difficulty or failure to experience orgasm » ; celle de la fluoxétine cite « decreased sex drive or sexual problems » et « sexual problems, including orgasm problems, occasionally persisting after treatment discontinuation ». Aucune des trois ne mentionne un engourdissement des organes génitaux. La notice de la duloxétine cite « numbness, including numbness, pricking or tingling of the skin » parmi les effets secondaires généraux.
- NHS, Antidepressants (en anglais), page révisée pour la dernière fois le 12 juin 2025. Les effets secondaires fréquents comprennent « mood changes - like feeling more angry or emotionally numb ». Ils comprennent aussi « problems with sex, such as low sex drive, finding it difficult to orgasm, vaginal dryness or finding it difficult to get or keep an erection - for some people, these problems may carry on after stopping antidepressants ». La page ne mentionne pas l’engourdissement génital.
- Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). International Journal of Risk & Safety in Medicine, 2022;33(1):65-76. PSSD, critères nécessaires : un traitement antérieur par un inhibiteur de la recapture de la sérotonine (l’article y range les ISRS et les IRSN) et « an enduring change in somatic (tactile) or erogenous (sexual) genital sensation after treatment stops ». « Some describe reduced somatic (tactile) sensation - genitals feel like they were exposed to an anesthetic. Others describe reduced erogenous (sexual) sensation - genital touch feels like being touched on any other body part. » Les symptômes non sexuels associés « may include » un émoussement émotionnel, une dépersonnalisation, « other sensory problems involving skin, smell, taste or vision » et des troubles cognitifs. « Features of PSSD, PFS and PRSD commonly include decreased genital and orgasmic sensation, decreased sexual desire and erectile dysfunction. » « The incidence of these conditions is unknown. »
- Brugi S, Budd B, Mackie C, Fish S. “It’s taken away the most fundamental things about being human”: the lived experience and impact of post-SSRI sexual dysfunction (en anglais). International Journal of Qualitative Studies on Health and Well-being, 2026;21(1):2717470. University of East Anglia. Entretiens avec 10 personnes au Royaume-Uni, recrutées par l’intermédiaire de la UK PSSD Association, avec leur consentement écrit ; les prénoms sont des pseudonymes. « Many participants spoke at length regarding their experiences of emotional numbness » ; « I’m walking around like a statue » (Frank). « All participants described an impact on relationships with others. » « Participants frequently described feeling like they had not been heard, particularly in the context of healthcare appointments. » Une petite étude par entretiens : elle montre ce que les personnes décrivent, pas à quelle fréquence cela arrive.
- Moral Medicine sur YouTube. Benjamin (en anglais), 16 juillet 2024, intégré ici sous forme d’extrait de 3:27 à 7:51 : « almost 14 years » à 1:46. « Something was missing and I thought it was depression » à 3:34, et un mois sous ce médicament à 3:55. « 30 minutes after the first pill » à 4:14, la « heavy gray blanket » à 4:26 et « it felt like my genitals were missing » à 4:52. « It never went away » à 5:27. Émoussement émotionnel « nearly gone now », après « about five or six years », à 6:00. Aucun trouble de l’érection à 6:36. « I don’t really care if we do or not » à 7:12. « I don’t feel anything when it happens » à 7:19, l’engourdissement disparu « after about 3 years » à 7:35 et « it just feels like a finger » à 7:39. « The sexuality hasn’t returned at all » à 7:45. En dehors de l’extrait : « I’m having a hard time in life but I know what’ll… pick me up » à 9:49 et « the back burner part of sexuality is what I miss the most » à 10:05. « Muted orgasms » à 24:33, et l’assimilation lente des informations nouvelles à partir de 24:46. Les autres personnes atteintes, « more therapeutic and more cathartic than any therapy », à 28:49. « I was afraid to talk about it, I would push it aside and try to forget about it for, you know, 10 years » à partir de 29:05. Le nom du médicament n’est pas clair dans les sous-titres automatiques à 3:55 ; la description de la chaîne et son témoignage sur notre site indiquent Cymbalta. Rosie (en anglais), 9 juillet 2024, intégré ici sous forme d’extrait de 25:48 à 29:12 : quatre mois et demi sous Lexapro, diminution progressive de la dose comprise, à 6:03. Dernier comprimé le 7 décembre 2020 à 11:18, et aucun rétablissement depuis à 15:24. Orgasme « maybe like 1% » à 26:30. « It’s not that I don’t have attraction… I can’t feel anything, same as like waking up completely colorblind, like I can still see but I can’t see color » à partir de 26:58, et « life doesn’t feel like life anymore » à 27:46. Sa vie d’avant, « so in color », et maintenant « very numb and very kind of gray », à partir de 1:57. Acouphènes et « I can’t enjoy music » à partir de 28:47. Katie (en anglais), 26 mai 2026, intégré ici sous forme d’extrait de 0:35 à 3:13 : fluoxétine prescrite à 21 ans à 0:45. « Couldn’t feel excited or happy or enjoy anything properly » à 3:01. En dehors de l’extrait : « something wrong with me personally » à 5:22, « still had feelings » à 5:41, la suggestion d’asexualité à 5:52, « I remember what it’s like » à 6:04 et « wasn’t developing any crushes » à 6:46.
- Leurs témoignages sur notre site : Benjamin, Rosie et Katie.
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