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À partir de quand parle-t-on de PSSD ?

Vous avez arrêté un ISRS et la sexualité n’est plus la même ? Ce que disent les critères de 2022 sur la durée, et ce que vous pouvez faire dès maintenant.

À partir de quand parle-t-on de PSSD ?

Vous vous demandez combien de temps il faut attendre pour parler de PSSD ? Il n’existe pas de jour précis à partir duquel les effets secondaires d’un ISRS deviennent une dysfonction sexuelle post-ISRS, ou PSSD, un trouble qui peut durer après le dernier comprimé.

Selon les critères diagnostiques de 2022, quand les troubles durent depuis trois mois après l’arrêt, il s’agit « plus probablement d’une PSSD ». Vous n’avez pas à attendre aussi longtemps pour consulter votre médecin traitant ou faire un signalement.

Daryl a arrêté ses antidépresseurs, dit-il, parce que ses érections ne fonctionnaient plus. Ensuite, il n’a cessé de poser la même question à ses médecins : « Quand est-ce que ça va passer ? » L’extrait ci-dessous montre comment les réponses ont changé.

Un extrait de l’entretien de Daryl avec Moral Medicine, octobre 2024 (en anglais). Il va de 8:56 à 9:26. Daryl y décrit les réponses qu’il dit avoir reçues. Les opinions exprimées sont les siennes. Ailleurs dans la vidéo, il évoque des idées suicidaires. Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.

On lui a d’abord dit quelques semaines, raconte-t-il, et que cela reviendrait à coup sûr. Puis on lui a parlé de quelques mois, et enfin d’un délai qui pouvait atteindre un an ou plus pour certaines personnes. Au moment de l’entretien, cela faisait 13 ans.

Alors, que disent réellement les critères sur la durée, et que pouvez-vous faire avant la fin des trois mois ?

Combien de temps après l’arrêt d’un ISRS parle-t-on de PSSD ?

Les critères ne citent qu’une seule durée : trois mois. La ligne dit : « Le problème est présent pendant ≥ 3 mois après l’arrêt du traitement. » Elle figure sous l’intitulé « Supplémentaires », à côté de la perte du désir et des troubles de l’érection.

Un groupe international de médecins et de chercheurs a établi ces critères (en anglais) par consensus, avec David Healy comme premier auteur. Ce sont des critères proposés, construits à partir de témoignages de patients et non testés sur des patients. « Le consensus actuel est que, dès lors que la dysfonction dure trois mois, il s’agit plus probablement d’une PSSD », écrivent-ils.

Les trois mois ne font pas partie des deux points « Nécessaires ». Le premier : vous avez pris un ISRS, un IRSN ou un autre médicament qui bloque la recapture de la sérotonine. Le second : la sensibilité de vos organes génitaux a changé, et ce changement a persisté après l’arrêt. Notre article sur le diagnostic de la PSSD passe en revue toute la liste.

Après le dernier comprimé : ce que disent les critères de 2022

Quelques jours ou semaines
Les effets secondaires ordinaires « peuvent se prolonger »Après la prise normale d’un antidépresseur, écrivent les auteurs.
Premières semaines
Un trouble peut n’apparaître qu’après l’arrêtParfois après un délai, en général jusqu’à deux semaines environ.
Trois mois
« Plus probablement une PSSD »Si les troubles sont toujours là.
Ensuite
Pas de limite supérieureLes critères n’en fixent aucune.
Source : Healy et ses collègues, 2022. Les critères sont un outil pour les médecins et les chercheurs. Seul un médecin peut évaluer votre situation.

La PSSD ne se limite pas aux troubles sexuels. Son noyau est un changement durable de la sensibilité des organes génitaux, souvent un engourdissement, et les critères décrivent aussi un émoussement émotionnel, des troubles cognitifs et des changements dans d’autres sens.

Et si cela ne fait que quelques semaines ?

Il est alors peut-être trop tôt pour dire s’il s’agit d’une PSSD, mais vous pouvez tout de même en parler dès maintenant à votre médecin traitant. Les auteurs des critères écrivent que les effets secondaires sexuels ordinaires « peuvent se prolonger quelques jours ou quelques semaines » après l’arrêt d’un antidépresseur.

Le Dr Josef Witt-Doerring est un psychiatre qui a travaillé à l’agence américaine du médicament (FDA). Son court extrait ci-dessous s’adresse à des médecins : il montre donc ce qu’on leur enseigne en général. Selon lui, ils s’attendent en principe à voir ces effets secondaires disparaître dans les deux semaines environ qui suivent l’arrêt. Dans la PSSD, dit-il, ils sont encore là des mois ou des années plus tard.

Un extrait d’une vidéo du Dr Josef Witt-Doerring, mai 2024 (en anglais). Il va de 0:41 à 1:25 : ce qu’est la PSSD et combien de temps elle dure. Il dirige Taper Clinic, un service indépendant d’aide à la diminution progressive des médicaments, sans lien avec nous. Les opinions exprimées sont les siennes. La vidéo est en anglais ; l’essentiel est résumé dans le texte ci-dessus.

Les premières semaines peuvent aussi être celles du syndrome de sevrage, c’est-à-dire des symptômes liés à l’arrêt du traitement, avec ses propres signes et son propre calendrier. Nous comparons les deux dans PSSD ou sevrage : quelle différence ? Ce que l’on sait de l’amélioration des troubles est dans Les effets sexuels des ISRS disparaissent-ils ?

Dois-je attendre trois mois avant de consulter un médecin ?

Non. Rien, dans les critères, ne demande d’attendre, et votre médecin traitant peut commencer dès maintenant, en notant vos dates et en recherchant d’autres causes. Les critères demandent de toute façon cette vérification : pas de trouble semblable avant le médicament, et pas d’autre maladie, d’autre médicament ou de substance qui l’explique.

Trois questions à poser à votre médecin traitant

Vous pouvez commencer ainsi : « Depuis que j’ai arrêté mon antidépresseur, mes sensations ont changé, et j’aimerais que ce soit noté dans mon dossier. »

  • Autre chose pourrait-il expliquer ces changements, et comment le vérifier ?
  • Pouvez-vous noter les dates de mon traitement et le début de chaque changement ?
  • Pouvez-vous le signaler au centre régional de pharmacovigilance, ou dois-je le faire moi-même ?

Rien ne vous demande non plus d’attendre pour faire un signalement. En 2023, l’agence britannique du médicament (MHRA) a déclaré que chacun devrait signaler « dès qu’il soupçonne un effet secondaire » au dispositif Yellow Card, qu’elle gère. Ses pages Yellow Card, consultées en octobre 2026, ne fixent ni durée minimale ni date limite. Notre guide pour signaler une PSSD au Yellow Card montre le formulaire britannique ; en France, c’est l’ANSM, voir plus bas.

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. N’arrêtez pas du jour au lendemain.

Notez vos dates tant que vous vous en souvenez, car les trois mois se comptent à partir du dernier comprimé : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. Engourdissement au toucher depuis avril 2024. » Ajoutez les changements qui ne touchent pas à la sexualité, comme le sentiment d’être émotionnellement à plat.

Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice. Dans la notice britannique de la sertraline, elle se lit ainsi : « Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement. » Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr, qui transmet au centre régional de pharmacovigilance (CRPV) ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

Est-ce que cela compte si les choses se sont en partie améliorées ? C’est possible. Les auteurs écrivent que les effets secondaires peuvent parfois « s’améliorer nettement » après l’arrêt, mais « laisser tout de même des symptômes résiduels ». Ils classent les effets durables comme une PSSD, légers ou graves, s’il n’y a pas eu de « retour complet au niveau de référence d’avant le médicament », c’est-à-dire à ce qui existait avant le traitement.

La PSSD peut-elle commencer après le dernier comprimé ? Oui. Les auteurs écrivent qu’un trouble durable « peut n’apparaître qu’à l’arrêt du médicament », ou qu’un trouble léger peut s’aggraver. Quand il y a d’abord un délai, il va en général, selon eux, jusqu’à deux semaines environ, et ils précisent que les données sont limitées. Pour les troubles apparus pendant le traitement, voir quand commencent les effets secondaires sexuels des ISRS ?

Y a-t-il un moment où il est trop tard pour que cela compte ? Non. Les critères « ne fixent aucune limite supérieure » de durée. Chez certaines personnes, la PSSD a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si elle finira par s’atténuer. Le nombre de personnes qui retrouvent toute leur fonction sexuelle « n’a jamais été correctement étudié », écrivent les auteurs. Un traitement court n’exclut pas non plus la PSSD : voir Une PSSD après quelques comprimés ?

Daryl demandait quand cela passerait, et chaque réponse, dit-il, annonçait une attente plus longue. Si, depuis votre dernier comprimé, vos sensations ne sont toujours pas les mêmes, vous n’avez pas à compter d’abord jusqu’à trois mois : parlez-en à votre médecin traitant, et signalez-le.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Sources

  1. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Lu en entier le 12 octobre 2026 ; la page PMC n’a pas pu être rouverte le 22 octobre 2026 (vérification dans le navigateur). Critères proposés par accord d’experts, non testés sur des patients. La section 3 énumère aussi des symptômes accessoires non sexuels qui « peuvent inclure » un « émoussement émotionnel », d’« autres troubles sensoriels » et une « altération cognitive ». Un consensus d’experts réunissant 37 auteurs ; David Healy est le premier auteur et l’auteur correspondant. La première version s’appuyait sur deux séries de cas publiées (Hogan et ses collègues, 2014 ; Healy et ses collègues, 2018), fondées sur des signalements que des personnes avaient choisi d’envoyer à RxISK.org, et le groupe l’a révisée « jusqu’à parvenir à un accord ». L’article ne fait état d’aucun test des critères sur des patients. Nécessaires pour la PSSD : « (1) Un traitement antérieur par un inhibiteur de la recapture de la sérotonine » et « (2) Un changement durable de la sensibilité génitale somatique (tactile) ou érogène (sexuelle) après l’arrêt du traitement ». Supplémentaires : perte durable du désir (3), dysfonction érectile (4), incapacité à avoir un orgasme ou moindre plaisir pendant l’orgasme (5), et « (6) Le problème est présent pendant ≥ 3 mois après l’arrêt du traitement ». Sous l’intitulé « Il doit y avoir », les critères 7 à 9 excluent un trouble semblable avant le médicament, ainsi qu’une maladie, un médicament ou un mésusage de substances actuels qui pourraient expliquer les symptômes. Sur le calendrier : les effets secondaires sexuels ordinaires « peuvent se prolonger quelques jours ou quelques semaines après l’arrêt du traitement ». « Le consensus actuel est que, dès lors que la dysfonction dure trois mois, il s’agit plus probablement d’une PSSD ». Les effets persistants, graves ou légers, « devraient être classés comme une PSSD s’il n’y a pas eu de retour complet au niveau de référence d’avant le médicament ». Les critères « ne fixent aucune limite supérieure » de durée. Sur l’apparition : le délai entre la dernière prise et les premiers symptômes va « en général jusqu’à deux semaines environ », et « il n’est pas possible de fixer une limite de temps au-delà de laquelle un trouble durable ne peut plus être diagnostiqué ». Le nombre de personnes qui retrouvent toute leur fonction sexuelle après l’arrêt « n’a jamais été correctement étudié ».
  2. Lustral (sertraline) 50 mg et 100 mg, comprimés pelliculés, notice (en anglais), Viatris, Electronic Medicines Compendium (EMC 2835), dernière révision en décembre 2025. Rubrique 2, « Sexual problems » : « Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement ». Rubrique 4, « Reporting of side effects » : « Si vous ressentez un quelconque effet indésirable, parlez-en à votre médecin ou votre pharmacien ». Les effets secondaires peuvent aussi être signalés directement via le dispositif Yellow Card.
  3. MHRA, Suspect you have experienced a side effect or incident from a healthcare product? Submit a Yellow Card report to improve safety for everyone (en anglais), communiqué de presse pour la #MedSafetyWeek, 6 novembre 2023. « Il est important que chacun fasse un signalement au dispositif Yellow Card dès qu’il soupçonne un effet secondaire d’un médicament ». Et aussi : « un simple doute suffit pour faire un signalement ».
  4. MHRA, Yellow Card scheme (en anglais) : « Tout le monde peut signaler un problème lié à un médicament ». Sa page How to report (en anglais) : « Vous pouvez signaler pour vous-même ou pour quelqu’un d’autre, avec son accord ». Elle indique aussi : « Nous ne pouvons pas donner d’avis médical ». Aucune des deux pages ne mentionne de durée minimale ni de date limite. Consulté le 12 octobre 2026.
  5. Tarchi L, Merola GP, Baccaredda-Boy O et al. Selective serotonin reuptake inhibitors, post-treatment sexual dysfunction and persistent genital arousal disorder: a systematic review (en anglais). Pharmacoepidemiol Drug Saf 2023;32(10):1053-67. « Il n’a pas été possible d’établir des estimations fiables de la prévalence. » Une étude sur dossiers médicaux donne une estimation pour les hommes qui avaient pris ces antidépresseurs, comptés à partir des prescriptions de médicaments de l’érection : Ben-Sheetrit J et ses collègues, Ann Gen Psychiatry 2023;22(1):15 (en anglais).
  6. Moral Medicine, 13 Years of Post SSRI Sexual Dysfunction (PSSD) (en anglais), entretien avec Daryl, 17 octobre 2024, intégré ici sous forme d’extrait, de 8:56 à 9:26. D’après les sous-titres automatiques de YouTube : pourquoi il a arrêté (4:56 à 5:15), « ça n’est pas parti, et ça n’est pas parti en 13 ans » (6:39 à 6:47), les réponses qu’il dit avoir reçues (8:56 à 9:26). Son histoire sur notre site : Daryl : 13 ans, et peu de soutien.
  7. Dr Josef Witt-Doerring, PSSD (An Explanation For Doctors) (en anglais), 27 mai 2024, intégré ici sous forme d’extrait, de 0:41 à 1:25. Dans la vidéo, il se présente comme psychiatre et ancien médecin évaluateur de la FDA. Propos reformulés à partir des sous-titres automatiques.
  8. Terme MedDRA de plus bas niveau (lowest level term) Post-SSRI sexual dysfunction, code 10086208.
Par Morten SkovPublié le Mis à jour le

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