‹Tous les articlesSoutien PSSD

Un antidépresseur peut-il anesthésier l’amour ?

Les ISRS émoussent-ils l’amour ? Les études se contredisent, et certaines personnes disent que leurs sentiments ne sont pas revenus après l’arrêt (PSSD).

SIDEfxHUB est une association de patients. Nous ne sommes pas des professionnels de santé, et ces informations ne remplacent pas un avis médical. Ne commencez, n’arrêtez ni ne modifiez aucun médicament à cause de ce que vous lisez ici. Parlez-en d’abord à votre médecin.

Si vous traversez un moment difficile :3114 (gratuit, 24 h/24)09 72 39 40 50 SOS AmitiéTrouver une ligne d’écoute dans votre pays

Par Morten SkovPublié le
Un antidépresseur peut-il anesthésier l’amour ?

Depuis une vingtaine d’années, des chercheurs se demandent si les antidépresseurs ISRS peuvent émousser le sentiment amoureux, et les rares études ne concordent pas. Certaines personnes disent que leurs sentiments pour leur partenaire, ou leur capacité à tomber amoureuses, sont restés éteints après l’arrêt, avec d’autres symptômes de la dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD).

Quand on ne ressent plus rien pour la personne qu’on aime, il est facile d’en accuser la relation. Si le médicament y est pour quelque chose, mieux vaut le savoir avant d’y mettre fin.

L’essentiel en trois points

  1. En 2007, deux chercheurs américains ont avancé une hypothèse : les antidépresseurs qui augmentent la sérotonine pourraient affaiblir le sentiment amoureux (chapitre, en anglais).
  2. Deux études ont suivi et se contredisent, et la plus grande n’a interrogé que des personnes amoureuses (enquête de 2025, en anglais).
  3. Les critères de 2022 pour la PSSD rangent l’anesthésie émotionnelle parmi les symptômes qui peuvent persister après l’arrêt. Nous n’avons trouvé aucune étude sur la fréquence à laquelle elle touche les sentiments amoureux (recherche PubMed, octobre 2026 ; critères, en anglais).

Presse : contact@sidefxhub.com

Katie, en entretien avec Moral Medicine (en anglais), mai 2026, 10 minutes.

Avant le Prozac, raconte Katie, elle « vivait facilement l’amour et les autres émotions ». Elle l’a pris pendant environ trois ans, à partir de 21 ans.

Ensuite, elle a remarqué qu’elle ne tombait plus sous le charme de personne. « J’ai essayé plusieurs fois d’avoir une relation à l’âge adulte, dit-elle, mais ça ne marche pas, à cause de la PSSD. » Elle vit avec depuis environ 14 ans.

Un antidépresseur peut-il empêcher d’être amoureux ?

La question n’est pas tranchée. Au départ, il y a une hypothèse. Dans un chapitre de livre publié en 2007, l’anthropologue Helen Fisher et le psychiatre J. Anderson Thomson avançaient que les personnes qui prennent ces médicaments « pourraient compromettre non seulement leur désir sexuel », mais aussi le sentiment amoureux et l’attachement à leur partenaire. Ils avaient présenté l’idée pour la première fois lors d’un congrès de psychiatrie, en 2004.

Leur raisonnement venait de la recherche sur le cerveau. Être amoureux est lié à la dopamine, la molécule de la récompense dans le cerveau, écrivaient-ils. Or augmenter la sérotonine, ce que font les ISRS, peut freiner la dopamine. Un médicament qui fait baisser la libido pourrait donc aussi mettre l’amour en sourdine, selon eux.

Ils donnaient des exemples. Une étudiante sous ISRS disait : « Je ne suis plus aussi amoureuse de mon copain. » On venait d’augmenter sa dose. Un homme écrivait à un journal que ses sentiments amoureux pour sa femme avaient fortement baissé sous traitement.

Dans les cas où le médicament a été arrêté ou changé, les sentiments sont revenus. Le chapitre ne mentionne personne dont les sentiments seraient restés éteints après l’arrêt.

Quelqu’un a-t-il vérifié si les ISRS émoussent l’amour ?

Deux études se sont penchées sur la question, et elles vont dans des sens opposés. Une étude menée à Pise en 2014 (en anglais) a interrogé sur la sexualité, l’attachement et l’amour 192 personnes qui prenaient depuis au moins six mois un ISRS ou un antidépresseur tricyclique. Selon les auteurs, les ISRS avaient un effet sur les sentiments d’amour et d’attachement envers le partenaire, surtout chez les hommes.

Une enquête de 2025 (en anglais) menée auprès de jeunes adultes n’a trouvé aucun lien. Les personnes sous ISRS décrivaient un amour à peu près aussi intense que les autres.

Cette enquête a une limite. Comme l’indique le titre de l’article, tous les participants étaient amoureux au moment de l’enquête. Les personnes qui avaient perdu ce sentiment ne faisaient pas partie de l’échantillon.

ISRS et sentiment amoureux : où en est la recherche

2007
Une hypothèseFisher et Thomson avancent que les ISRS pourraient affaiblir l’amour et l’attachement.
2014
Une étude à PiseSentiments d’amour et d’attachement modifiés sous ISRS, surtout chez les hommes.
2022
Les critères de la PSSDL’anesthésie émotionnelle figure parmi les symptômes qui peuvent durer après l’arrêt.
2025
Une enquête auprès de jeunes adultes amoureuxAucun lien trouvé, mais seules des personnes encore amoureuses y ont participé.
Sources : Fisher et Thomson, 2007 ; Marazziti et collègues, 2014 ; Healy et collègues, 2022 ; Bode et collègues, 2025.

La perte des sentiments amoureux peut-elle durer après l’arrêt ?

Dans les exemples de Fisher et Thomson, les personnes qui ont arrêté ou changé de médicament ont retrouvé leurs sentiments. Chez certaines personnes atteintes de PSSD, comme Katie, la perte dure depuis des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui cela touchera, ni si cela s’atténuera.

La notice britannique de la sertraline (en anglais) indique que, dans certains cas, des troubles sexuels « ont persisté après l’arrêt du traitement ». Les critères de 2022 pour la PSSD (en anglais) ajoutent l’anesthésie émotionnelle aux symptômes qui peuvent l’accompagner. Selon eux, anesthésie émotionnelle et anesthésie génitale vont souvent de pair.

Nick décrit son émoussement émotionnel après des ISRS, et le soutien de sa compagne. Entretien avec Moral Medicine (en anglais), mai 2023, 30 minutes. Le film évoque une fois le suicide. Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.

Nick, dont la compagne est restée à ses côtés, dit qu’il peut encore montrer des émotions sur son visage. « Mais je ne le ressens pas », dit-il. Victoria, qui a pris du Lexapro environ deux semaines, puis de la trazodone, cite « aucun sentiment amoureux, aucune attirance » parmi ses symptômes actuels.

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. N’arrêtez pas du jour au lendemain.

Si vos sentiments pour votre partenaire se sont estompés depuis que vous avez commencé un médicament, ou ne sont pas revenus depuis l’arrêt, dites-le à votre prochain rendez-vous. Employez vos propres mots, par exemple : « Je l’aime, mais je ne le ressens pas. » Donnez vos dates : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. »

Si vous êtes en couple, dire à votre partenaire ce qui a changé peut éviter que ce soit vécu comme un jugement porté sur sa personne.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card (en anglais) ; aux États-Unis, MedWatch (en anglais).
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous explique chaque étape

Quelles autres questions se pose-t-on ?

Les ISRS ont-ils toujours un effet sur l’amour ? Non. Dans l’enquête de 2025, les jeunes adultes amoureux qui prenaient un ISRS décrivaient un amour à peu près aussi intense que les autres. Fisher et Thomson écrivaient aussi que ces médicaments peuvent aider à surmonter des troubles qui pèsent sur le couple.

Est-ce que ça pourrait être la dépression ? C’est possible. La dépression peut vider une relation de sa chaleur, et le sentiment d’être éteint sous traitement, appelé émoussement émotionnel, est un effet secondaire connu. Le moment où cela a commencé est un indice : Katie raconte que même au plus bas, avant le Prozac, elle « avait encore des sentiments ». Voir PSSD ou dépression ?

Est-ce seulement une baisse de la libido ? Pas toujours. Le désir sexuel, le fait de tomber amoureux et l’attachement à un partenaire de longue date sont des choses différentes, même si elles se recoupent. Katie décrit en avoir perdu plusieurs à la fois. Notre article sur la perte de libido après l’arrêt des antidépresseurs traite du versant sexuel.

Katie dit qu’elle se souvient de ce que c’est d’avoir des sentiments sexuels, mais qu’elle n’y a plus accès. Lisez son histoire, et ce que l’on sait de la PSSD.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Sources

  1. Fisher HE, Thomson JA Jr. Lust, romance, attachment: do the side effects of serotonin-enhancing antidepressants jeopardize romantic love, marriage, and fertility? (en anglais). Chapitre 10 dans : Platek SM, Keenan JP, Shackelford TK (dir.). Evolutionary Cognitive Neuroscience. Cambridge, MA : MIT Press, 2007 : 245-283. Les auteurs ont présenté l’idée pour la première fois au congrès annuel de l’American Psychiatric Association, en mai 2004. Les cas rapportés (p. 257, 258, 267-268) comprennent une lettre au New York Times (Frankel, 2004). Le chapitre note aussi que, dans certaines circonstances, ces médicaments pourraient renforcer l’attachement (p. 262).
  2. Marazziti D, Akiskal HS, Udo M, et al. Dimorphic changes of some features of loving relationships during long-term use of antidepressants in depressed outpatients (en anglais). Journal of Affective Disorders, 2014 ; 166 : 151-155. 192 patients suivis en ambulatoire pour une dépression légère ou modérée, sous un seul antidépresseur (un ISRS ou un tricyclique) depuis au moins six mois et en couple ; questionnaire « Sex, Attachment, Love ».
  3. Bode A, Kowal M, Cannas Aghedu F, Kavanagh PS. SSRI use is not associated with the intensity of romantic love, obsessive thinking about a loved one, commitment, or sexual frequency in a sample of young adults experiencing romantic love (en anglais). Journal of Affective Disorders, 2025 ; 375 : 472-477. 810 jeunes adultes issus du Romantic Love Survey 2022, tous amoureux au moment de l’enquête. Présentée ici d’après son titre et son résumé seulement ; nous n’avons pas pu ouvrir le texte intégral.
  4. Healy D, Bahrick A, Bak M, et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). International Journal of Risk & Safety in Medicine, 2022 ; 33(1) : 65-76. L’anesthésie émotionnelle y figure parmi les symptômes non sexuels associés.
  5. Lustral (sertraline), notice (en anglais), Electronic Medicines Compendium, dernière révision en décembre 2025. Rubrique 2, « Sexual problems ».
  6. Terme MedDRA Post-SSRI sexual dysfunction (en français : Dysfonction sexuelle après ISRS), code 10086208.
  7. Entretiens de Moral Medicine sur YouTube : Katie (en anglais, mai 2026) et Nick (en anglais, 30 mai 2023). Les mots de Victoria viennent de son entretien avec Moral Medicine, repris sur sa page de témoignage.

Ces informations ne remplacent pas un avis médical. Parlez-en à votre médecin avant toute décision concernant votre traitement.

Registre SIDEfxHUB

620+ personnes se sont inscrites au registre.
Rejoignez-les, puis signalez vos effets secondaires.

Gratuit. L’inscription prend 2 minutes.

En direct 620+ personnes comptées à ce jour Chaque point est une personne 62pays 3maladies