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Dapoxétine : des effets secondaires durables ?

La dapoxétine (Priligy) est un ISRS pris contre l’éjaculation précoce. Quand les effets sexuels d’un ISRS durent après l’arrêt, on parle de PSSD.

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Par Morten SkovPublié le
Dapoxétine : des effets secondaires durables ?

La dapoxétine (Priligy), prise contre l’éjaculation précoce, est un ISRS, de la même famille de médicaments que la sertraline. Sa notice cite la baisse de la libido et les troubles de l’érection parmi les effets secondaires fréquents. Quand les effets sexuels d’un ISRS durent après l’arrêt, on parle de dysfonction sexuelle post-ISRS, ou PSSD.

Ses documents officiels ne contiennent aucun avertissement indiquant que ces troubles peuvent continuer après l’arrêt, et nous n’avons trouvé aucun cas publié où cela s’est produit. Elle se prend pour la vie sexuelle et non pour l’humeur : le lien avec les antidépresseurs passe donc facilement inaperçu.

L’essentiel en trois points

  1. La notice de Priligy (en anglais) indique que la dapoxétine appartient aux ISRS, et cite la baisse de la libido parmi les effets secondaires fréquents.
  2. En 2019, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a demandé d’ajouter un avertissement à dix antidépresseurs : les troubles « peuvent continuer après l’arrêt » (sa recommandation, en anglais). La dapoxétine n’en faisait pas partie.
  3. Nous n’avons trouvé aucun cas publié de troubles durables après la dapoxétine. Personne n’a mesuré à quelle fréquence cela arrive après la dapoxétine.

Presse : contact@sidefxhub.com

Joanna Moncrieff est professeure de psychiatrie à l’University College London (UCL). Elle étudie la façon dont les médicaments psychiatriques agissent sur les personnes qui les prennent.

La professeure Joanna Moncrieff sur la dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD). Publié par le PSSD Network (en anglais), juin 2026, 90 secondes. Elle parle des antidépresseurs en général, pas de la dapoxétine.

Elle explique qu’on sait bien que ces médicaments ont un effet sur la sexualité pendant qu’on les prend, parce qu’ils modifient le système de la sérotonine. Chez certaines personnes, ajoute-t-elle, les troubles continuent après l’arrêt, parfois pendant des années, et leurs médecins ne le savent pas forcément.

La dapoxétine est-elle un ISRS ?

Oui. Sa notice emploie le nom complet : « inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine ». C’est le seul ISRS autorisé contre l’éjaculation précoce, comme le note une revue de 2025 (en anglais). Elle agit en retardant l’éjaculation, un effet secondaire que connaissent bien les personnes sous antidépresseurs.

Les médecins qui ont rédigé les critères de la PSSD de 2022 (en anglais) vont plus loin. Selon eux, presque toutes les personnes qui prennent un ISRS ressentent un changement de sensibilité génitale dans l’heure qui suit le début du traitement. Chez un homme qui souffre d’éjaculation précoce, ajoutent-ils, ce changement peut passer pour une amélioration.

La dapoxétine ne se prend que lorsqu’un rapport sexuel est prévu, jamais plus d’une fois par 24 h, et l’essentiel quitte le sang en une journée. Les antidépresseurs se prennent en général tous les jours pendant des mois. Personne n’a étudié si prendre un ISRS de temps en temps change le risque de troubles durables.

Quels sont les effets secondaires de la dapoxétine ?

Les plus fréquents ne sont pas sexuels. Sa notice cite d’abord les étourdissements, les maux de tête et les nausées, et prévient qu’elle peut provoquer un évanouissement.

Les effets sexuels figurent aussi dans la liste. Parmi les effets secondaires fréquents, qui touchent jusqu’à 1 homme sur 10, la notice cite les suivants.

  • « Baisse de la libido ».
  • « Difficulté à obtenir ou à maintenir une érection ».
  • « Se sentir engourdi ou avoir des picotements ».

Moins souvent, elle cite « Perte de libido, difficultés à atteindre l’orgasme ». La version destinée aux médecins ajoute des fourmillements ou un engourdissement du pénis, appelés en anglais « paraesthesia of genital male ».

Ce sont les effets secondaires ressentis pendant la prise. La notice indique aussi qu’après l’arrêt, vous pouvez mal dormir et avoir des étourdissements, même si vous ne l’avez pas prise tous les jours.

Les effets secondaires de la dapoxétine peuvent-ils durer après l’arrêt ?

Personne ne peut encore le dire. Les informations officielles sur Priligy ne disent pas que des troubles sexuels ont continué après l’arrêt. Nous avons lu la version de 2021 destinée aux médecins, publiée en anglais par l’agence suédoise du médicament, faute de version britannique en ligne. Les notices des antidépresseurs ISRS, elles, contiennent cette phrase.

Elle vient d’un examen européen de 2019 (en anglais), qui citait six ISRS et quatre IRSN. La dapoxétine n’en faisait pas partie, et le document ne dit pas pourquoi. Notre page sur les antidépresseurs liés à la PSSD donne la liste des dix.

En octobre 2026, nous avons cherché dans la littérature médicale un cas de troubles sexuels durables après la dapoxétine, et nous n’en avons trouvé aucun. Ne trouver aucun signalement ne veut pas dire que cela n’arrive jamais, et il n’existe aucun chiffre fiable sur la fréquence de la PSSD après un ISRS, quel qu’il soit. Des cas de PSSD ont été signalés après quelques jours d’antidépresseur.

Le Dr Josef Witt-Doerring, psychiatre et ancien médecin évaluateur à l’agence américaine du médicament (FDA), explique ce qu’est la PSSD.

Le Dr Josef Witt-Doerring, janvier 2023, 3 minutes (en anglais). Il décrit les symptômes de la PSSD après des antidépresseurs, dont l’engourdissement génital. Il ne parle pas de la dapoxétine. Les opinions exprimées sont les siennes.

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider.

Si votre sexualité n’est plus la même depuis votre dernier comprimé, parlez-en à votre médecin traitant. Donnez vos dates : « Dapoxétine 30 mg environ deux fois par mois à partir de mai 2025, dernier comprimé en août 2025. »

Dites avec vos propres mots ce qui a changé : « je sens à peine le toucher », « orgasme sans plaisir ». Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère les signaux.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont continué après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

L’engourdissement sous dapoxétine est-il normal ? La notice cite le fait de se sentir engourdi ou d’avoir des picotements parmi les effets secondaires fréquents pendant la prise, et la version destinée aux médecins cite l’engourdissement du pénis parmi les effets peu fréquents. S’il n’a pas disparu plusieurs semaines après votre dernier comprimé, parlez-en à votre médecin traitant. Notre page sur l’engourdissement génital après un ISRS explique ce que savent les chercheurs.

La sertraline prise contre l’éjaculation précoce porte-t-elle cet avertissement ? Oui. Les médecins la prescrivent parfois dans ce but, hors autorisation de mise sur le marché, et la notice britannique de la sertraline (en anglais) indique que, dans certains cas, les troubles sexuels « ont continué après l’arrêt du traitement ». Dans un essai de 2006 (en anglais) sur la sertraline contre l’éjaculation précoce, le trouble était revenu dans les six mois suivant l’arrêt chez environ 2 hommes suivis sur 3. Chez le tiers restant, l’éjaculation était toujours retardée. Pour en savoir plus : effets secondaires sexuels de la sertraline.

La dapoxétine est-elle un antidépresseur ? Elle n’est pas autorisée contre la dépression. C’est pourtant un ISRS, et sa notice dit d’arrêter le traitement et de consulter immédiatement un médecin si votre humeur change ou si vous avez des pensées d’automutilation. Si vous traversez un moment difficile : en France, appelez le 3114, gratuit, 24 h/24 et 7 j/7.

Ce que dit la professeure Moncrieff vaut pour tous les ISRS : votre médecin ne sait pas forcément que des changements sexuels peuvent durer plus longtemps que le traitement. Si c’est votre cas, un signalement enrichit ce que l’on sait de la PSSD, même des années plus tard.

Sauf les extraits de la notice de Priligy, cités dans sa version française officielle, toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Sources

  1. Priligy 30 mg and 60 mg film-coated tablets, Summary of Product Characteristics (en anglais), A. Menarini, publié en anglais par l’agence suédoise du médicament (Läkemedelsverket), date de révision : 28 juin 2021. Rubrique 4.1 : éjaculation précoce, hommes de 18 à 64 ans. Rubrique 4.2 : prise à la demande uniquement, pas plus d’une fois toutes les 24 heures. Rubrique 4.4 : autres dysfonctions sexuelles, risque suicidaire, effets à l’arrêt du traitement. Rubrique 4.8, tableau 1 : fréquents, baisse de la libido, dysfonction érectile, paresthésie. Peu fréquents : perte de libido, anorgasmie, absence d’éjaculation, trouble de l’orgasme chez l’homme, paresthésie génitale masculine. Rubrique 5.1 : la dapoxétine est un ISRS puissant. Rubrique 5.2 : taux plasmatiques inférieurs à 5 % du pic au bout de 24 heures ; demi-vie terminale d’environ 19 heures. Aucune mention d’une dysfonction sexuelle qui aurait persisté après l’arrêt. Nous n’avons trouvé aucune version britannique : l’Electronic Medicines Compendium n’a donné aucun résultat pour Priligy ni pour la dapoxétine le 21 octobre 2026.
  2. Agence européenne des médicaments, Priligy, Article 29(4) referral, Annex III: summary of product characteristics, labelling and package leaflet (en anglais), version en vigueur à la décision de la Commission du 20 janvier 2012 ; les extraits de la notice sont cités dans la version française de cette annexe. Notice, rubriques 1 (ISRS), 3 (« If you stop taking Priligy », si vous arrêtez de prendre Priligy) et 4 (effets indésirables éventuels ; arrêter et consulter un médecin en cas de changement d’humeur ou de pensées d’automutilation).
  3. Agence européenne des médicaments, comité de sécurité de l’EMA (PRAC), Recommendations on signals adopted at the 13-16 May 2019 PRAC meeting (en anglais). Dysfonction sexuelle persistante après l’arrêt : citalopram, escitalopram, fluoxétine, fluvoxamine, paroxétine, sertraline, desvenlafaxine, duloxétine, milnacipran et venlafaxine. La dapoxétine n’est pas mentionnée.
  4. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Changement de la sensibilité génitale dans l’heure qui suit le début du traitement, qui « peut être perceptible ou masqué par un bénéfice apparent, comme l’amélioration de l’éjaculation précoce chez l’homme ».
  5. Chang J, Zhao W, Ma L et al. Management of male premature ejaculation: from past to future (en anglais). Front Endocrinol 2025. La dapoxétine, « seul médicament autorisé pour le traitement de l’éjaculation précoce » ; les autres ISRS sont utilisés hors autorisation, « en tirant parti de leurs effets secondaires ».
  6. Sertraline (Lustral), notice britannique (en anglais), Electronic Medicines Compendium (EMC 2835).
  7. Arafa M, Shamloul R. Efficacy of sertraline hydrochloride in treatment of premature ejaculation: a placebo-controlled study using a validated questionnaire (en anglais). Int J Impot Res 2006;18(6):534-8. 147 hommes, quatre semaines de sertraline et quatre de placebo (essai croisé en simple aveugle) ; chez 66 des 100 hommes suivis, le trouble est revenu dans les 6 mois suivant l’arrêt de la sertraline ; le suivi ne comportait pas de comparaison avec un placebo.
  8. Healy D, Mangin D. Post-SSRI sexual dysfunction: barriers to quantifying incidence and prevalence (en anglais). Epidemiol Psychiatr Sci, 18 septembre 2024. Cite l’essai sur la sertraline : l’effet retardant persistait chez 34 % des participants six mois après l’arrêt.
  9. Notre recherche de cas publiés, 21 octobre 2026 : PubMed, PubMed Central et Europe PMC, dapoxétine associée à persistent, post-SSRI sexual dysfunction, PSSD, « after discontinuation », case report et genital anaesthesia. Aucun cas clinique de troubles sexuels durables après la dapoxétine n’a été trouvé. Nous avons aussi lu ces travaux à la recherche de la dapoxétine : Healy D et al., Citizen petition: sexual side effects of SSRIs and SNRIs (en anglais), Int J Risk Saf Med 2018 ; Chinchilla Alfaro K et al., Persistent sexual dysfunction after SSRI withdrawal: a scoping review and presentation of 86 cases from the Netherlands (en anglais), Expert Opin Drug Saf 2022.
  10. PSSD Network, Professor Joanna Moncrieff discusses Post-SSRI Sexual Dysfunction (en anglais), juin 2026.
  11. Dr Josef Witt-Doerring, What is PSSD and Why is No One Talking About it? (en anglais), 9 janvier 2023.

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