‹Tous les articlesSoutien PSSD

Sertraline : des effets sexuels durables ?

Sertraline (Zoloft, Lustral) : effets secondaires sexuels fréquents. Selon la notice britannique, ils ont parfois persisté après l’arrêt. On parle de PSSD.

SIDEfxHUB est une association de patients. Nous ne sommes pas des professionnels de santé, et ces informations ne remplacent pas un avis médical. Ne commencez, n’arrêtez ni ne modifiez aucun médicament à cause de ce que vous lisez ici. Parlez-en d’abord à votre médecin.

Si vous traversez un moment difficile :3114 (gratuit, 24 h/24)09 72 39 40 50 SOS AmitiéTrouver une ligne d’écoute dans votre pays

Par Morten SkovPublié le Mis à jour le
Sertraline : des effets sexuels durables ?

La sertraline (Zoloft, Lustral) provoque souvent des effets secondaires sexuels, comme une baisse du désir, des troubles de l’érection ou des difficultés à éjaculer. La notice britannique prévient que ces troubles ont parfois persisté après l’arrêt du traitement. On parle alors de dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD).

La page que le NHS, le service de santé britannique, consacre à la sertraline ne mentionne pas cette mise en garde. Personne n’a mesuré la fréquence de ces cas : personne ne peut donc vous dire quel est votre propre risque.

L’essentiel en trois points

1. Les troubles sexuels, comme une baisse de la libido, sont un effet secondaire fréquent de la sertraline (NHS, en anglais).

2. La notice britannique prévient qu’ils ont parfois persisté après l’arrêt (notice, en anglais).

3. Personne n’a mesuré leur fréquence. Les personnes touchées parlent de PSSD (revue, en anglais).

Presse : contact@sidefxhub.com

Connor (le prénom a été modifié) a commencé la sertraline dans la trentaine. Sa libido avait disparu moins de 24 heures après le premier comprimé, a-t-il raconté à BBC Scotland (en anglais). Douze mois après l’arrêt, elle n’était pas revenue. « J’ai toujours les parties génitales engourdies », dit-il.

Connor dans un reportage de BBC News (en anglais), août 2023. Son passage commence à 5:40. Ce que le reportage dit du NHS n’est peut-être plus à jour. Avertissement : le reportage parle de dépression et de l’arrêt des antidépresseurs. Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.

Pour lui, la dépression n’y était pour rien. « À l’époque où je me considérais comme quelqu’un de dépressif, j’avais une vie sexuelle très saine. »

Les effets secondaires sexuels de la sertraline sont-ils fréquents ?

Très fréquents. Selon la notice britannique, l’absence d’éjaculation peut toucher plus d’une personne sur 10 sous sertraline. La baisse du désir sexuel et les troubles de l’érection y figurent aussi parmi les effets fréquents.

Un essai clinique (en anglais) posait des questions sur la sexualité à chaque visite : personne n’avait donc à aborder le sujet de soi-même. Les troubles sont apparus chez bien plus de personnes que ne le laisse penser la notice. Hommes et femmes étaient concernés, certains dès la première semaine.

Selon le NHS (en anglais), la plupart des effets secondaires s’atténuent au bout de quelques semaines, mais certains peuvent durer plus longtemps.

Les effets sexuels de la sertraline peuvent-ils persister après l’arrêt ?

Oui, chez certaines personnes. Selon la notice britannique (en anglais), dans certains cas, des symptômes sexuels « ont persisté après l’arrêt du traitement ».

C’est ce qu’on appelle la PSSD. En 2022, des médecins et des équipes de recherche ont rédigé des critères pour la diagnostiquer (en anglais). Au cœur de ces critères, un seul symptôme : une modification durable de la sensibilité génitale, comme un engourdissement, trois mois ou plus après le dernier comprimé. Un émoussement émotionnel peut s’y ajouter.

Ce n’est pas nouveau. En 2006, des médecins canadiens ont décrit le cas d’un homme (en anglais) dont l’engourdissement génital avait commencé sous sertraline. Six ans après l’arrêt, il était toujours là.

Anthony a pris 11 comprimés de 25 mg pour une insomnie légère. Il décrit un émoussement émotionnel en quelques jours et un engourdissement génital qui n’a pas disparu à l’arrêt. Lire le témoignage d’Anthony.

En 2023, une revue des études publiées (en anglais) n’a trouvé aucun chiffre fiable sur la fréquence de ces cas.

Pourquoi ne m’a-t-on rien dit ?

La mise en garde existe, mais elle tient en une phrase, dans la notice glissée dans la boîte. Elle passe facilement inaperçue.

Cette phrase a été ajoutée en 2019, quand l’Agence européenne des médicaments (EMA) (en anglais) a demandé une mise en garde pour tous les ISRS et IRSN. Le Royaume-Uni a suivi. En 2025, un membre du gouvernement britannique chargé de la santé a indiqué au Parlement (en anglais) qu’un groupe d’experts réexaminait les données, en raison d’inquiétudes sur « le manque persistant de connaissance des mises en garde existantes ».

En décembre 2025, un comité d’experts qui conseille l’agence britannique du médicament a recommandé de mettre à jour les notices (en anglais) de certains antidépresseurs. Des patients et des familles avaient dit que ce risque n’était pas clairement expliqué. À ce jour (octobre 2026), nous n’avons pas trouvé le nouveau texte.

Un document de 2026 (en anglais) de l’agence néo-zélandaise du médicament indique que certains professionnels de santé ne sont peut-être pas au courant non plus. La psychiatre Joanna Moncrieff, professeure à l’University College London, fait le point sur ce que l’on sait dans ce court film.

La professeure Joanna Moncrieff pour le PSSD Network (en anglais), juin 2026, 90 secondes. Elle parle de l’engourdissement génital et de l’émoussement émotionnel que certaines personnes décrivent après l’arrêt. Personne ne sait encore à quel point c’est fréquent, dit-elle.

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous de décider, avec le médecin qui vous a prescrit ce médicament. N’arrêtez pas du jour au lendemain : selon la notice, votre médecin diminuera la dose progressivement.

Si vous avez arrêté et que quelque chose n’est pas redevenu comme avant, parlez-en à votre médecin traitant. Beaucoup de personnes racontent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux.

Apportez la phrase de la notice. Notez votre médicament et ce qui a changé : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. Je ne sens presque plus rien au toucher. » Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve nécessaire. Un simple doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction, MedDRA 10086208).

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous explique chaque étape

Questions fréquentes

La sertraline a-t-elle un effet sur la libido des femmes ?

Oui. Dans l’essai qui posait des questions sur la sexualité à chaque visite, environ 4 femmes sur 10 sous sertraline ont eu des troubles sexuels. Il n’y avait pas de groupe placebo pour comparer. La notice britannique cite la dysfonction sexuelle féminine parmi les effets secondaires, et sa mise en garde sur les troubles qui persistent après l’arrêt vaut aussi pour les femmes.

N’est-ce pas simplement la dépression ?

La dépression fait souvent baisser le désir sexuel à elle seule, note le document néo-zélandais. La PSSD, c’est autre chose. Ses critères reposent sur une modification durable de la sensibilité génitale après l’arrêt des comprimés, chez une personne qui n’avait pas ce problème auparavant.

La PSSD est-elle permanente ?

Chez certaines personnes, elle a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si elle s’atténuera. La question de savoir si l’on se rétablit complètement « n’a jamais été correctement étudiée », ont écrit deux spécialistes en 2024 (en anglais).

Un an après son dernier comprimé, Connor avait toujours les parties génitales engourdies. Si vous avez vécu quelque chose de semblable, signalez-le, même des années après l’arrêt.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Sources

  1. Lustral 50 mg et 100 mg comprimés pelliculés, notice destinée aux patients (en anglais), dernière révision en décembre 2025. Rubrique 2, « Sexual problems » ; rubrique 4, effets indésirables et leur fréquence ; rubrique 3, « If you stop taking Lustral ». Electronic Medicines Compendium.
  2. NHS, Sertraline (en anglais), page révisée le 8 septembre 2025.
  3. BBC News, Antidepressants: I wasn’t told about the side effects (en anglais), 9 août 2023. Connor est un prénom d’emprunt.
  4. Segraves RT, Kavoussi R, Hughes AR et al. Evaluation of sexual functioning in depressed outpatients: a double-blind comparison of sustained-release bupropion and sertraline treatment (en anglais). J Clin Psychopharmacol 2000;20(2):122-8. 248 adultes ayant une fonction sexuelle normale au départ, 16 semaines, entretien structuré à chaque visite ; dysfonction sexuelle chez 63 % des hommes et 41 % des femmes sous sertraline. Pas de groupe placebo.
  5. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76.
  6. Bolton JM, Sareen J, Reiss JP. Genital anaesthesia persisting six years after sertraline discontinuation (en anglais). J Sex Marital Ther 2006;32(4):327-30.
  7. Tarchi L, Merola GP, Baccaredda-Boy O et al. Selective serotonin reuptake inhibitors, post-treatment sexual dysfunction and persistent genital arousal disorder: a systematic review (en anglais). Pharmacoepidemiol Drug Saf 2023;32(10):1053-67.
  8. Healy D, Mangin D. Post-SSRI sexual dysfunction: barriers to quantifying incidence and prevalence (en anglais). Epidemiol Psychiatr Sci 2024;33:e40.
  9. Agence européenne des médicaments (EMA), PRAC, recommendations on signals adopted at the 13-16 May 2019 PRAC meeting (en anglais), EMA/PRAC/265212/2019. Dysfonction sexuelle persistante après l’arrêt du médicament, ISRS et IRSN, adoptée le 16 mai 2019.
  10. Parlement britannique, réponse écrite 50758 (en anglais), Karin Smyth MP, Department of Health and Social Care, 13 mai 2025. Contient des informations parlementaires publiées sous l’Open Parliament Licence v3.0.
  11. MHRA, Patient and family experiences inform antidepressant safety information review (en anglais), 1er décembre 2025. Réexamen des notices de 28 antidépresseurs par un groupe d’experts de la Commission on Human Medicines.
  12. Medsafe, Update on sexual dysfunction following discontinuation of serotonin reuptake inhibitors (en anglais), document pour le Medicines Adverse Reactions Committee, 11 juin 2026. Sections 2.2.1 (dysfonction sexuelle dans la dépression) et 3.3.
  13. Vidéos : BBC News, Antidepressants: should we talk about side-effects?, 11 août 2023 ; Moral Medicine, entretien avec Anthony, 20 octobre 2025 ; PSSD Network, Professor Joanna Moncrieff on PSSD, juin 2026 (toutes en anglais).

Ces informations ne remplacent pas un avis médical. Parlez-en à votre médecin avant toute décision concernant votre traitement.

Communauté SIDEfxHUB

590+ personnes ont rejoint la communauté.
Rejoignez-nous, puis signalez vos effets secondaires.

Aucun diagnostic nécessaire. Les équipes de recherche ne voient jamais votre nom.

En direct 590+ personnes comptées à ce jour Chaque point est une personne 62pays 3maladies