IRSN : les effets sexuels peuvent-ils durer ?
La venlafaxine et la duloxétine freinent souvent désir et orgasme. Selon les notices britanniques, cela a parfois persisté après l’arrêt. On parle de PSSD.
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La venlafaxine (Effexor) et la duloxétine (Cymbalta) font souvent baisser le désir sexuel et retardent ou empêchent l’orgasme. Leurs notices britanniques préviennent que ces troubles ont parfois persisté après l’arrêt : on parle alors de dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD).
Ces deux médicaments sont des IRSN, alors que le nom PSSD parle d’ISRS. On peut donc facilement croire que la mise en garde ne vous concerne pas. Les pages du NHS, le service de santé britannique, sur la venlafaxine (en anglais) et la duloxétine (en anglais) citent bien les troubles sexuels, mais sans dire qu’ils peuvent persister.
L’essentiel en trois lignes
- La venlafaxine et la duloxétine font souvent baisser le désir sexuel, retardent l’orgasme et provoquent des troubles de l’érection (notice d’Efexor XL, en anglais).
- Leurs notices britanniques préviennent que ces troubles ont parfois persisté après l’arrêt (notice de la duloxétine, en anglais).
- Personne n’a mesuré la fréquence de ces cas. Les personnes touchées parlent de PSSD, un nom qui couvre aussi les IRSN (critères diagnostiques, en anglais).
Presse : contact@sidefxhub.com
On a prescrit du Cymbalta à Riikka pour des douleurs de la vessie, pas pour une dépression, et elle l’a pris pendant sept semaines. Après l’arrêt, ses organes génitaux se sont engourdis, puis sont devenus douloureux, puis se sont de nouveau engourdis. Son désir sexuel a disparu et, plus d’un an après, rien n’était revenu.
« Le médecin ne m’a pas prévenue », dit-elle. La duloxétine est prescrite contre la dépression, l’anxiété et les douleurs neuropathiques et, sous un autre nom de marque, Yentreve, contre les fuites urinaires chez la femme. Quelle que soit la raison de la prescription, la notice porte la même mise en garde.
Quels sont les effets secondaires sexuels de la venlafaxine et de la duloxétine ?
Les deux notices citent les mêmes troubles comme fréquents : baisse du désir sexuel, orgasme difficile ou absent, troubles de l’érection et modifications de l’éjaculation. Certaines personnes s’en aperçoivent tout de suite. Benjamin a pris du Cymbalta pendant un mois en 2011. Après la première gélule, raconte-t-il, « c’était comme si mes organes génitaux avaient disparu ».
Quand une étude (en anglais) a posé la question directement aux patients, environ 2 personnes sur 3 sous venlafaxine ont vu apparaître un trouble sexuel qu’elles n’avaient pas avant. L’étude ne comportait pas de groupe placebo pour faire la comparaison. Ces troubles sont sous-estimés, écrivait l’équipe de recherche, et pour les repérer il faut un questionnaire spécifique.
Les effets secondaires sexuels de la venlafaxine et de la duloxétine peuvent-ils persister après l’arrêt ?
Oui, dans certains cas. Les deux notices le disent dans les mêmes termes. En 2019, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a demandé cette mise en garde (en anglais) pour tous les ISRS et IRSN, dont la venlafaxine et la duloxétine.
Notice d’Efexor XL : « Troubles sexuels »
« Les médicaments comme Efexor XL (appelés IRSN) peuvent provoquer des symptômes de dysfonction sexuelle (voir rubrique 4). Dans certains cas, ces symptômes ont persisté après l’arrêt du traitement. »
Personne n’a mesuré la fréquence de ces cas. Une revue (en anglais) des recherches sur les ISRS n’a trouvé aucune estimation fiable. La question de savoir combien de personnes retrouvent pleinement leurs sensations génitales « n’a jamais été correctement étudiée » (en anglais), ont écrit David Healy et Dee Mangin, qui mènent des recherches sur la PSSD.
Chez certaines personnes, cela a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore chez qui cela se produira, ni si cela s’atténuera.
Benjamin et son frère jumeau ont commencé le Cymbalta en même temps et l’ont arrêté ensemble. Les symptômes de son frère se sont dissipés. Treize ans plus tard, dans l’entretien ci-dessous, Benjamin vivait toujours avec une PSSD.
Pourquoi dit-on « post-ISRS » si la venlafaxine est un IRSN ?
Le nom parle d’ISRS, mais la maladie concerne aussi les IRSN. Les critères diagnostiques de 2022 (en anglais) ont été rédigés par un groupe international de médecins et de chercheurs. Ils exigent un traitement antérieur par un « inhibiteur de la recapture de la sérotonine » et rangent les IRSN parmi eux. L’EMA elle-même, dans une analyse des signalements d’effets secondaires (en anglais), a qualifié le nom PSSD d’« appellation impropre » : une étiquette qui ne convient pas.
Un ISRS agit sur la sérotonine, l’un des messagers chimiques du cerveau, et un IRSN sur la sérotonine et la noradrénaline. Mais selon une étude (en anglais), à 75 mg par jour, la dose de départ habituelle, la venlafaxine n’agissait que sur la sérotonine, comme un ISRS. Ce n’est qu’à des doses plus élevées qu’elle bloquait aussi la noradrénaline.
Que puis-je faire ?
Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est une décision à prendre entre vous et le médecin qui vous a prescrit ce traitement. N’arrêtez pas du jour au lendemain : selon la notice d’Efexor XL (en anglais), l’arrêt peut prendre plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Signalez-le : cela aide tout le monde
Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.
- Aucune preuve nécessaire. Un simple doute suffit, même des années après l’arrêt.
- Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
- Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction, MedDRA 10086208). Ce terme vaut aussi pour un IRSN.
Notre guide pour signaler des effets secondaires vous explique chaque étape
Questions fréquentes
La duloxétine (Cymbalta) peut-elle provoquer des troubles de l’érection ?
Oui, c’est possible. La notice de la duloxétine (en anglais) range les difficultés d’érection et les modifications de l’éjaculation parmi les effets secondaires fréquents. La notice d’Efexor XL aussi. Si le trouble a commencé pendant le traitement et n’a pas disparu depuis l’arrêt, c’est ce que décrit la mise en garde de la notice. Parlez-en à votre médecin traitant et signalez-le.
Des troubles sexuels peuvent-ils apparaître après l’arrêt de la venlafaxine ou de la duloxétine ?
Oui. Selon les critères diagnostiques de 2022, le trouble « peut n’apparaître qu’à l’arrêt du médicament », ou s’aggraver après l’arrêt. L’engourdissement de Riikka a commencé après sa dernière dose. Si cela vous arrive, notez les dates, par exemple : « Duloxétine 60 mg à partir de janvier 2023, dernière gélule en mars 2024. »
La venlafaxine ou la duloxétine peuvent-elles émousser les émotions ?
La notice d’Efexor XL cite « l’absence de sensations ou d’émotions » parmi les effets secondaires peu fréquents. Dans la PSSD, l’émoussement émotionnel et l’engourdissement génital « vont souvent de pair », notent les critères de 2022. Riikka raconte que la joie est partie en même temps que le désir. Chez Benjamin, l’émoussement émotionnel a mis cinq ou six ans à s’atténuer.
Sept semaines de Cymbalta pour des douleurs de la vessie et, plus d’un an après, Riikka ressentait toujours cet engourdissement. Si vous avez vécu quelque chose de semblable, signalez-le : c’est ainsi que l’on peut compter les cas comme le sien.
Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.
Sources
- Efexor XL 75 mg, 150 mg et 225 mg gélules à libération prolongée, notice destinée aux patients (en anglais), dernière révision en octobre 2025. Electronic Medicines Compendium. Rubrique 2, « Sexual problems » ; rubrique 4, effets secondaires fréquents et peu fréquents ; rubrique 3, « If you stop taking Efexor XL » ; dose de départ habituelle 75 mg par jour.
- Duloxétine 30 mg et 60 mg gélules gastro-résistantes, notice destinée aux patients (en anglais), dernière révision en août 2024. Electronic Medicines Compendium. La rubrique 2 contient la même phrase sur les symptômes qui persistent après l’arrêt ; la rubrique 4 classe les effets secondaires sexuels parmi les effets fréquents.
- Cymbalta, information produit de l’EPAR (en anglais), qui comprend le résumé des caractéristiques du produit et la notice. Agence européenne des médicaments. La rubrique 2 de la notice contient la même phrase.
- Yentreve 20 mg et 40 mg gélules gastro-résistantes, notice destinée aux patients (en anglais), dernière révision en septembre 2024. Duloxétine contre l’incontinence urinaire d’effort chez la femme ; la rubrique 2 contient la même phrase.
- NHS, Venlafaxine (en anglais), dernière révision le 6 juillet 2026, et Duloxetine (en anglais), dernière révision le 18 juin 2026. Les deux pages citent les troubles sexuels, comme une baisse de la libido, parmi les effets secondaires fréquents ; aucune ne mentionne des troubles qui persistent après l’arrêt.
- Agence européenne des médicaments (EMA), PRAC, recommendations on signals adopted at the 13-16 May 2019 meeting (en anglais), EMA/PRAC/265212/2019, section 1.3 : la mise en garde pour tous les ISRS et pour les IRSN duloxétine, venlafaxine, desvenlafaxine et milnacipran.
- Agence européenne des médicaments, Serotonin and norepinephrine reuptake inhibitors, selective serotonin reuptake inhibitors and other antidepressants and persistent sexual dysfunction: EudraVigilance analysis (en anglais), EMA/132684/2019, 20 février 2019, section 4.3.1.2.
- Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76.
- Montejo AL, Llorca G, Izquierdo JA, Rico-Villademoros F. Incidence of sexual dysfunction associated with antidepressant agents: a prospective multicenter study of 1022 outpatients (en anglais). J Clin Psychiatry 2001;62 Suppl 3:10-21. Étude ouverte, sans groupe placebo ; toutes les personnes incluses avaient une fonction sexuelle normale avant le traitement et ont été interrogées à l’aide d’un questionnaire. Venlafaxine : 37 personnes sur 55 (67,3 %).
- Debonnel G, Saint-André E, Hébert C et al. Differential physiological effects of a low dose and high doses of venlafaxine in major depression (en anglais). Int J Neuropsychopharmacol 2007;10(1):51-61. Étude en double aveugle chez 44 personnes atteintes de dépression ; 75 mg comparés à des doses allant jusqu’à 375 mg par jour.
- Tarchi L, Merola GP, Baccaredda-Boy O et al. Selective serotonin reuptake inhibitors, post-treatment sexual dysfunction and persistent genital arousal disorder: a systematic review (en anglais). Pharmacoepidemiol Drug Saf 2023;32(10):1053-67.
- Healy D, Mangin D. Post-SSRI sexual dysfunction: barriers to quantifying incidence and prevalence (en anglais). Epidemiol Psychiatr Sci 2024;33:e40.
- Vidéos : PSSD Network, Riikka’s story (en anglais), 29 juin 2023 ; Moral Medicine, entretien avec Benjamin (en anglais), 16 juillet 2024, également sur notre site : le témoignage de Benjamin ; Dr Sanil Rege, The difference between venlafaxine and desvenlafaxine (en anglais), 13 mars 2022.
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