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Un médicament en est-il la cause ? 3 repères

Les médecins pèsent le moment, les autres causes et ce qui suit l’arrêt. Nul besoin de certitude pour le signaler, même pour un PAS, un PFS ou une PSSD.

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Par Morten SkovPublié le Mis à jour le
Un médicament en est-il la cause ? 3 repères

Pour juger si un médicament comme un antidépresseur a causé un effet secondaire, les médecins se demandent quand il est apparu, ce qui pourrait l’expliquer d’autre et ce qui s’est passé à l’arrêt. Vous pouvez le signaler sans certitude, et des troubles qui persistent après l’arrêt, comme dans la dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD), le syndrome post-finastéride (PFS) et le syndrome post-Accutane (PAS), n’écartent pas le médicament.

Ces maladies ne se résument pas à des troubles sexuels. Les critères de 2022 (en anglais) décrivent aussi un émoussement émotionnel et des troubles de la concentration et de la mémoire, et pour le PFS une dépression, parfois sans aucun changement sexuel. Le doute peut empêcher d’en parler, alors savoir comment ce jugement se forme aide.

L’essentiel en trois points

  1. Peu d’effets secondaires suspectés sont un jour jugés « certains ». La plupart se situent entre les deux, « possibles » ou « probables », selon le guide de l’OMS sur l’évaluation de la causalité (en anglais).
  2. Les critères de 2022 (en anglais) pour ces maladies indiquent qu’arrêter puis reprendre un médicament pour voir ce qui se passe « ne convient pas » pour des effets qui durent.
  3. L’agence britannique du médicament, la MHRA (en anglais), a déclaré en novembre 2023 que vous n’avez pas à le prouver : « un simple soupçon suffit ».

Presse : contact@sidefxhub.com

Katie a pris de la fluoxétine (Prozac) pendant environ trois ans. Sa sexualité et ses émotions ont changé, et elle est retournée plusieurs fois voir son médecin généraliste. Personne ne lui a dit que cela pouvait être un effet secondaire, raconte-t-elle. Dans cet entretien, elle explique combien de temps il lui a fallu pour faire le lien : c’est justement le problème de chronologie dont parle cet article.

Katie, interviewée par Moral Medicine, mai 2026 (en anglais). Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.

Après l’arrêt, des médecins ont attribué ses troubles à une faible estime de soi, à un traumatisme et à la dépression. Elle avait connu les trois avant le médicament. « Je n’avais aucun problème de sexualité, d’attirance ou de lien affectif avant le médicament », dit-elle. Ce n’est que des années plus tard qu’elle a fait le lien elle-même.

Comment les médecins décident-ils qu’un médicament a causé un effet secondaire ?

Ils s’appuient sur quelques questions, toujours les mêmes, le plus souvent sans examen qui tranche. Le guide d’évaluation de la causalité de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’intéresse au moment d’apparition, aux autres causes et à ce qui s’est passé à l’arrêt. Il classe chaque cas de « certain » à « improbable ».

Il reconnaît aussi franchement ses limites. La méthode ne peut pas « transformer l’incertitude en certitude », écrit-il.

1
Le moment d’apparition

Est-ce apparu après le médicament, à un moment cohérent ?

2
Les autres causes

Une maladie ou un autre médicament pourrait-il l’expliquer aussi bien ?

3
Après l’arrêt

Que s’est-il passé quand le médicament a été arrêté ?

Les trois questions derrière la plupart des jugements de causalité. Source : système d’évaluation de la causalité OMS-UMC.

Le moment d’apparition vient en premier. Un trouble apparu après la première dose oriente dans un sens. Un trouble déjà présent des années avant oriente dans l’autre.

Chez Sumair, le lien dans le temps sautait aux yeux. Il a utilisé du finastéride topique quatre fois. Presque aussitôt, raconte-t-il, il a ressenti des brûlures aux organes génitaux. Elles se sont atténuées après l’arrêt, mais de nouveaux troubles sexuels ont suivi.

Un extrait de l’entretien de Sumair avec Moral Medicine, avril 2023 (en anglais). Il va de 3:33 à 5:22, environ 2 minutes, et couvre les premiers jours après le début du traitement et ce qui s’est passé à l’arrêt. Les opinions exprimées sont les siennes. Son témoignage sur notre site : le témoignage de Sumair.

La chronologie est souvent moins nette. Katie n’a remarqué les changements sexuels qu’avec le temps, parce qu’elle était célibataire quand elle a commencé. Notez vos dates aussi précisément que possible. L’année et le mois suffisent.

Et si c’était autre chose ?

Parfois, et un bon médecin vous posera la question. La dépression, d’autres maladies et d’autres médicaments peuvent tous agir sur la sexualité, l’humeur et l’énergie. Si l’un d’eux l’explique tout aussi bien, le guide de l’OMS qualifie le lien de « possible » plutôt que de « probable ».

Tout dépend de ce qu’il en était avant. Les critères de 2022 (en anglais) pour la PSSD demandent qu’aucun signe du même trouble sexuel n’ait existé avant le médicament. Ils précisent aussi qu’un diagnostic de santé mentale n’exclut pas la PSSD.

C’est tout l’enjeu dans le cas de Katie. Notre article PSSD ou dépression : comment les distinguer ? passe en revue les différences.

Et si cela n’a pas disparu à l’arrêt ?

Alors la grille habituelle s’applique mal à votre cas. Certains médecins utilisent un score à points publié par Naranjo et ses collègues en 1981. Il donne un point si le trouble s’est amélioré à l’arrêt du médicament. Sinon, cette question ne rapporte aucun point.

Les critères de 2022 abordent ce point directement. Leurs auteurs écrivent qu’arrêter puis reprendre le médicament pour voir ce qui se passe « ne convient pas » pour des effets secondaires qui persistent ou s’aggravent après l’arrêt.

Au Royaume-Uni, les notices des ISRS, du finastéride et de l’isotrétinoïne préviennent désormais que certains troubles sexuels ont persisté après l’arrêt. Un trouble qui est resté n’écarte donc pas le médicament. Pour ces maladies, c’est précisément ce que décrivent les notices.

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, la décision vous revient, avec le médecin qui vous a prescrit le traitement. N’arrêtez pas un antidépresseur du jour au lendemain.

Quand vous voyez votre médecin traitant, apportez ces quatre éléments :

  1. Votre médicament et vos dates : « Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024. »
  2. Quand cela a commencé : avant, pendant le traitement ou après l’arrêt.
  3. Comment c’était avant, et tout ce que vous preniez d’autre : « Aucun problème avant 2023. Aucun autre médicament. »
  4. Ce qui s’est passé après l’arrêt, avec vos mots et vos dates.

Trois questions à poser à votre médecin

  1. Ce médicament peut-il expliquer ce que j’ai remarqué ?
  2. Que faudrait-il écarter d’autre selon vous ?
  3. Peut-on l’inscrire comme effet secondaire suspecté ?

Vous pouvez commencer par : « Cela a commencé après le début d’un médicament. Pouvons-nous revoir ensemble la chronologie ? »

Beaucoup de personnes racontent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Une note de votre médecin vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère les signaux.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction) pour un ISRS ou un IRSN, ou Syndrome des inhibiteurs de la 5-alpha-reductase (MedDRA 10082430 ; en anglais : Post 5-alpha-reductase inhibitor syndrome) pour le finastéride. Pour l’isotrétinoïne, il n’existe pas encore de terme : précisez que les symptômes ont persisté après l’arrêt.

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

Faut-il une certitude avant de le signaler ? Non. L’agence britannique du médicament, la MHRA, a déclaré en novembre 2023 : « Vous n’avez pas à prouver que le produit de santé a causé l’effet indésirable. » Le formulaire de signalement américain demande de signaler même quand on n’est « pas certain ». Vous pouvez aussi signaler un effet secondaire des années après.

Un examen peut-il montrer si le médicament est en cause ? En général, non. Selon le guide de l’OMS, de tels examens font le plus souvent défaut, et reprendre le médicament pour voir ce qui se passe est rarement éthique. Pour la PSSD, notre page sur les analyses de sang explique ce que les examens peuvent écarter.

Et si j’ai pris plusieurs médicaments ? Il est alors plus difficile d’en désigner un seul, et votre médecin vous interrogera sur chacun. Signalez-le quand même. Indiquez chaque médicament pris, avec sa dose et ses dates, pour que l’agence puisse rapprocher votre signalement d’autres signalements.

Katie n’a fait le lien que des années plus tard. Si vous avez remarqué un changement depuis un médicament, signalez-le : un simple soupçon suffit.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Sources

  1. Organisation mondiale de la santé et Uppsala Monitoring Centre, The use of the WHO-UMC system for standardised case causality assessment (en anglais), publié le 5 juin 2013. La plupart des cas signalés portent sur des réactions suspectées ; les réactions sont « rarement spécifiques du médicament, les examens diagnostiques font généralement défaut et une réadministration est rarement justifiée sur le plan éthique » ; « En pratique, peu d’effets indésirables sont “certains” ou “improbables” ». Tableau 1 : l’évaluation de la causalité ne peut pas « prouver le lien entre le médicament et l’événement » ni « transformer l’incertitude en certitude ». Tableau 2 : « probable » exige une relation temporelle raisonnable et une réponse à l’arrêt « cliniquement raisonnable ». L’effet doit être « peu susceptible d’être attribué à une maladie ou à d’autres médicaments ». « Possible » s’applique quand l’événement « pourrait aussi s’expliquer par une maladie ou d’autres médicaments » et que les informations sur l’arrêt « peuvent manquer ou être floues ».
  2. Naranjo CA, Busto U, Sellers EM et al. A method for estimating the probability of adverse drug reactions. Clin Pharmacol Ther 1981;30(2):239-45. Dix questions ; la question 3, « La réaction indésirable s’est-elle améliorée à l’arrêt du médicament ou après l’administration d’un antagoniste spécifique ? », vaut +1 pour oui et 0 pour non ou ne sait pas. Totaux : 9 ou plus, certaine ; 5 à 8, probable ; 1 à 4, possible ; 0 ou moins, douteuse. Formulation et scores des questions tels que reproduits par Ghosh S, Bhuyan D, Clin Psychopharmacol Neurosci 2017;15(2):187 (en anglais), tableau 1.
  3. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Critères proposés, élaborés par consensus d’experts. Section 3 : le cœur de la PSSD est une modification durable de la sensibilité génitale ; les symptômes associés comprennent l’émoussement émotionnel et des troubles cognitifs. Section 5 : pour le finastéride, des troubles cognitifs, une dépression et des idées suicidaires peuvent survenir avec ou sans difficultés sexuelles. Critères 7 à 9 de la PSSD : aucun signe d’une dysfonction sexuelle antérieure au médicament correspondant au tableau actuel, et aucune maladie, aucun médicament ni usage abusif de substances en cours qui puisse expliquer les symptômes. Un diagnostic de santé mentale « n’empêche pas de diagnostiquer ces affections durables ». Sur la causalité : « La stratégie d’administration, d’arrêt et de réadministration, parfois utilisée pour évaluer si un effet est lié à un médicament, ne convient pas pour étudier des effets indésirables qui persistent ou s’aggravent après l’arrêt d’un médicament. »
  4. MHRA, Suspect you have experienced a side effect or incident from a healthcare product? Submit a Yellow Card report to improve safety for everyone (en anglais), communiqué de presse, 6 novembre 2023 : « Vous n’avez pas à prouver que le produit de santé a causé l’effet indésirable ou l’incident - un simple soupçon suffit pour faire un signalement. »
  5. Agence américaine du médicament (FDA), Form FDA 3500 (en anglais), formulaire MedWatch de signalement volontaire destiné aux professionnels de santé, version 09/2025 : « Signalez même si : vous n’êtes pas certain que le produit a causé l’événement ; vous n’avez pas tous les détails ».
  6. Moral Medicine, I Lost My Sexual Identity After Prozac (en anglais), entretien avec Katie, 26 mai 2026 (le titre est celui de la chaîne). Citations tirées des sous-titres YouTube : consultations chez le médecin généraliste pendant la prise de fluoxétine (4:04) ; des médecins attribuant ses troubles à une faible estime de soi, à un traumatisme et à la dépression après l’arrêt (4:50) ; « Je n’avais aucun problème de sexualité, d’attirance ou de lien affectif avant le médicament » (5:04). Les changements sexuels ne se voyaient pas au début, car elle était célibataire (2:37 à 2:44) ; elle s’en est rendu compte avec le temps (3:06). Son témoignage sur notre site : Katie : 14 ans après le Prozac.
  7. Moral Medicine, Just 4 Doses of Topical Finasteride Changed His Life (en anglais), entretien avec Sumair, 6 avril 2023 (le titre est celui de la chaîne). Notre page diffuse un extrait, de 3:33 à 5:22 ; les opinions exprimées sont les siennes. Quatre applications de finastéride topique (3:41) ; des brûlures aux organes génitaux « presque immédiatement » (3:43) ; les brûlures ont disparu après l’arrêt (4:30) ; une nouvelle dysfonction sexuelle a été le premier nouveau symptôme au moment de l’arrêt (5:06 à 5:12). Citations tirées des sous-titres YouTube.
  8. Termes MedDRA tels qu’ils figurent dans nos données de signalement : Post-SSRI sexual dysfunction (10086208) et Post 5-alpha-reductase inhibitor syndrome (10082430). Il n’existe pas encore de terme pour les effets durables après l’isotrétinoïne.

Ces informations ne remplacent pas un avis médical. Parlez-en à votre médecin avant toute décision concernant votre traitement.

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