Antidépresseurs : les effets à long terme
Les effets des antidépresseurs passent-ils avec le temps ? Ce qu’impliquent des années de prise, et si les troubles sexuels peuvent durer après l’arrêt.

Vous prenez un antidépresseur depuis des années ? Ses effets à long terme peuvent comprendre des troubles sexuels. Le NICE cite les « effets à long terme sur la fonction sexuelle » parmi les risques possibles quand on poursuit le traitement.
Et ces troubles ne s’arrêtent pas forcément avec le dernier comprimé. La notice britannique de la sertraline avertit qu’ils ont parfois persisté après l’arrêt. C’est ce que l’on appelle la dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD).
Le film de Katie vaut trois minutes, parce qu’elle décrit le changement de l’intérieur. Elle vient du Royaume-Uni. Elle avait 21 ans quand on lui a prescrit de la fluoxétine (Prozac), et elle en a pris pendant environ trois ans, avec quelques interruptions.
Au début, son moral s’est amélioré, dit-elle. Mais avec le temps, elle « ne pouvait ressentir ni enthousiasme ni joie, ni vraiment profiter de quoi que ce soit ». Plus tard, elle a remarqué un trouble sexuel qui, selon elle, a commencé pendant qu’elle prenait le médicament. Elle vit avec ce trouble depuis 14 ans : elle se souvient des sensations et des désirs sexuels mais, dit-elle, « en fait, je n’ai plus accès à ces fonctions ».
Le NICE demande aux médecins qui prescrivent un antidépresseur de discuter de ces risques avec les personnes qui le prennent au long cours. Si personne ne vous a parlé de sexualité, vous pouvez aborder le sujet vous-même.
Alors, quels sont les effets à long terme, et peuvent-ils durer après l’arrêt ?
Quels sont les effets à long terme des antidépresseurs ?
Le NICE cite trois risques possibles pour les personnes qui poursuivent le traitement : un risque de saignement plus élevé, des effets à long terme sur la fonction sexuelle et une difficulté à arrêter.
Le NICE rédige les recommandations pour la santé et les soins en Angleterre et au pays de Galles.
Sa recommandation sur la dépression de l’adulte (en anglais) demande aux médecins de discuter des « risques potentiels de la poursuite des antidépresseurs à long terme ». Il s’agit de peser ces risques face au risque que la dépression revienne.
La notice britannique de la sertraline (en anglais) ne dit pas quels effets secondaires accompagnent une prise prolongée. Elle classe la prise de poids parmi les effets fréquents, et note qu’« un risque accru de fractures osseuses a été observé chez les patients prenant ce type de médicaments ».
Les émotions atténuées que décrit Katie ne figurent pas dans la liste du NICE. Notre article sur l’émoussement émotionnel sous antidépresseurs en parle.
Quand les effets secondaires doivent être abordés
Les effets secondaires des antidépresseurs s’estompent-ils avec le temps ?
Beaucoup s’estompent dans les premières semaines, mais certains peuvent durer tant que vous prenez le médicament.
Le Royal College of Psychiatrists (en anglais) est l’organisation professionnelle des psychiatres britanniques. Il indique que les effets secondaires sont légers chez la plupart des personnes et qu’ils « s’estompent en général en deux semaines environ ». Le NICE demande aux médecins d’expliquer « comment certains effets secondaires peuvent persister pendant toute la durée du traitement ». Il ne dit pas lesquels.
Une enquête en ligne menée en Nouvelle-Zélande a recueilli les réponses de 180 personnes (en anglais) qui avaient pris des antidépresseurs pendant trois ans ou plus. Environ 7 sur 10 ont dit avoir des difficultés sexuelles, et la plupart ont dit que le médicament les avait aidées contre la dépression. Ces personnes avaient choisi de participer : ce n’est donc pas une fréquence valable pour tout le monde.
Katie dit qu’elle est retournée plusieurs fois chez son médecin généraliste pendant qu’elle prenait de la fluoxétine, et qu’elle a décrit un trouble sexuel. Personne ne lui a dit que cela pouvait être un effet secondaire, dit-elle.
Katie, elle, en a parlé. Beaucoup de personnes ne le font pas, dit Jordan Rullo, psychologue à la Mayo Clinic. Son court extrait est un contexte général, pas un propos sur la PSSD, et elle demande d’en parler au médecin qui a prescrit le traitement.
Les troubles sexuels peuvent-ils persister après l’arrêt des antidépresseurs ?
Oui, chez certaines personnes. La notice britannique de Lustral (sertraline) (en anglais) indique que les médicaments de ce type, appelés ISRS, peuvent provoquer des troubles sexuels. Elle ajoute : « Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement. »
La PSSD ne se limite pas aux troubles sexuels. Son noyau est un changement durable de la sensibilité génitale, souvent un engourdissement, et les critères de 2022 (en anglais) citent aussi un émoussement émotionnel, des troubles cognitifs et des changements dans d’autres sens comme l’odorat, le goût ou la vision.
En 2019, l’Agence européenne des médicaments a demandé la mise en garde de la notice (en anglais) pour dix antidépresseurs ISRS et IRSN. La suite est racontée dans PSSD : ce que disent la MHRA, l’EMA et la FDA.
Le NICE ne dit pas si ses « effets à long terme sur la fonction sexuelle » peuvent persister après le dernier comprimé. Le Royal College of Psychiatrists nomme la PSSD dans ses informations destinées aux patients. Il indique qu’il faut davantage de recherches pour comprendre « pourquoi cela se produit et quelle en est la fréquence ». Nous passons en revue les pages du NHS, le service de santé britannique, dans ce que dit le NHS sur les antidépresseurs et la sexualité.
Personne n’a mesuré à quelle fréquence cela arrive. Une revue de la recherche parue en 2023 (en anglais) n’a pas pu trouver d’estimation fiable. Joanna Moncrieff, professeure de psychiatrie critique et sociale à l’University College London (UCL), dit que les médecins des personnes touchées pourraient bien ne pas la connaître. Son extrait donne le point de vue d’une psychiatre sur les raisons pour lesquelles elle passe inaperçue.
Chez certaines personnes, cela a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si cela s’atténuera. Le médicament lui-même quitte le sang bien plus tôt, comme l’explique notre article sur le temps que la sertraline reste dans le corps.
Que puis-je faire ?
Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. N’arrêtez pas du jour au lendemain.
Selon le NICE, en Angleterre, les personnes qui continuent à prendre un antidépresseur pour prévenir une rechute devraient voir leur traitement réévalué au moins tous les six mois. Les effets secondaires devraient être examinés à chaque fois. Vous pouvez aborder la sexualité lors d’une réévaluation, même si personne ne vous pose la question. Dites ce qui a changé et quand : « Sertraline 100 mg depuis mars 2021. Orgasme plus faible depuis cet été-là. »
Si un trouble dure depuis l’arrêt, donnez aussi vos dates : « Dernier comprimé le 14 juin 2026. »
Questions à poser lors de votre réévaluation
Vous pouvez commencer ainsi : « Je voudrais parler des effets secondaires, y compris sur la sexualité et sur ce que je ressens. »
- Certains de mes symptômes pourraient-ils être des effets secondaires de ce médicament ?
- Le NICE mentionne des effets à long terme sur la fonction sexuelle. Est-ce que cela me concerne ?
- Si je veux arrêter un jour, comment diminuerions-nous la dose en sécurité ?
- Pouvez-vous noter mes symptômes et leurs dates dans mon dossier ?
Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice britannique. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.
Signalez-le : cela aide tout le monde
Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.
- Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
- Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
- Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).
Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape
Quelles sont les autres questions fréquentes ?
Peut-on prendre des antidépresseurs pendant des années sans danger ? La recommandation du NICE ne répond ni par oui ni par non. Elle demande aux médecins de discuter avec les personnes du fait que la poursuite du traitement « peut réduire leur risque de rechute », et de discuter des risques d’une prise au long cours.
Combien de personnes prennent des antidépresseurs à long terme ? En Angleterre, en mars 2018, environ 930 000 personnes recevaient un antidépresseur sur ordonnance sans interruption depuis au moins trois ans. C’est ce qu’a établi un rapport de Public Health England (en anglais). Ce rapport a compté des prescriptions : il ne peut donc pas dire comment allaient ces personnes.
Les troubles sexuels persistants sont-ils une forme de sevrage ? La notice britannique les traite séparément, sous deux titres : « Withdrawal reactions » (réactions de sevrage) et « Sexual problems » (troubles sexuels). Elle indique que les réactions de sevrage sont fréquentes. Notre article PSSD ou sevrage met les deux côte à côte.
Personne ne l’a dit à Katie. Si votre sexualité a changé depuis que vous prenez un antidépresseur, ou n’est pas revenue depuis l’arrêt, commencez par notre page sur la dysfonction sexuelle post-ISRS.
Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.
Sources
- National Institute for Health and Care Excellence (NICE), Depression in adults: treatment and management (en anglais), recommandation NICE NG222, publiée le 29 juin 2022, dernière révision le 30 janvier 2026. Le NICE décrit ses recommandations comme des « recommandations fondées sur des données probantes pour la santé et les soins en Angleterre et au pays de Galles » (About NICE guidelines, en anglais). La recommandation 1.8.3 commence ainsi : « Discutez avec les personnes des risques potentiels de la poursuite des antidépresseurs à long terme, et de ce qu’ils pèsent face aux risques de rechute dépressive ». Sa liste suit : « Ils comprennent : les effets secondaires possibles, comme un risque accru de saignement ou des effets à long terme sur la fonction sexuelle ; la difficulté à arrêter les antidépresseurs ». La recommandation 1.8.1 indique que la poursuite du traitement « peut réduire leur risque de rechute et peut les aider à rester en bonne santé ». Elle dit aussi : « Parvenez à une décision partagée sur la poursuite ou non d’un traitement de la dépression ». La recommandation 1.8.11 prévoit une réévaluation « au moins tous les 6 mois » pour les personnes qui poursuivent les antidépresseurs afin de prévenir une rechute. Chaque réévaluation doit « passer en revue les effets secondaires éventuels ». La recommandation 1.4.10 porte sur l’échange qui précède le début du traitement. Elle cite les effets secondaires que les personnes « aimeraient particulièrement éviter (par exemple la prise de poids, la sédation, les effets sur la fonction sexuelle) ». La recommandation 1.4.11 prévoit une information sur « comment certains effets secondaires peuvent persister pendant toute la durée du traitement ». La seule autre mention d’effets sexuels concerne les antipsychotiques (1.4.34). Texte original vérifié le 12 octobre 2026.
- Lustral 50 mg et 100 mg, comprimés pelliculés (sertraline), notice (en anglais), Viatris, Electronic Medicines Compendium (emc 2835), dernière révision en décembre 2025. Rubrique 2, « Sexual problems » (troubles sexuels) : « Les médicaments comme Lustral (appelés ISRS) pourraient causer des symptômes de dysfonction sexuelle (voir rubrique 4). Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement ». Rubrique 2, « Withdrawal reactions » (réactions de sevrage) : elles « sont fréquentes, en particulier si le traitement est arrêté brutalement ». Dans la même rubrique : « Le risque de symptômes de sevrage dépend de la durée du traitement, de la posologie et de la vitesse à laquelle la dose est réduite ». Sur le sodium : « Si vous êtes une personne âgée, car votre risque d’avoir un faible taux de sodium dans le sang peut être plus élevé ». La rubrique 4 classe la « prise de poids » parmi les effets secondaires fréquents, qui peuvent toucher jusqu’à 1 personne sur 10. Elle se termine ainsi : « Un risque accru de fractures osseuses a été observé chez les patients prenant ce type de médicaments ». Le résumé des caractéristiques du produit (en anglais) du même médicament (emc 1070, révisé en décembre 2025) précise que cette observation vient d’études « principalement menées chez des patients de 50 ans et plus ».
- Royal College of Psychiatrists, Antidepressants (en anglais), information destinée aux patients, publiée en mars 2025. Les effets secondaires « seront légers chez la plupart des personnes ». Ils « s’estompent aussi, en général, en deux semaines environ, à mesure que votre corps s’habitue au médicament ». Sur la PSSD : « Rarement, des personnes peuvent avoir des effets secondaires sexuels plus persistants après avoir arrêté de prendre des ISRS ». Le texte ajoute que le terme PSSD « a été employé par certaines personnes pour décrire ces symptômes ». Et : « Il faut davantage de recherches pour comprendre pourquoi cela se produit et quelle en est la fréquence ». Le mot « rarement » est celui du Royal College. Aucune étude n’a mesuré cette fréquence.
- Cartwright C, Gibson K, Read J, Cowan O, Dehar T. Long-term antidepressant use: patient perspectives of benefits and adverse effects (en anglais). Patient Prefer Adherence 2016;10:1401-7. Une enquête anonyme en ligne menée en Nouvelle-Zélande, annoncée dans les médias ; 180 adultes qui avaient pris des antidépresseurs pendant 3 à 15 ans. Difficultés sexuelles : 125 des 174 personnes qui ont répondu (71,8 %). Les antidépresseurs ont atténué leur dépression : 160 sur 179 (89,4 %). Des réponses déclaratives, et non un échantillon aléatoire.
- Agence européenne des médicaments (EMA), PRAC, recommendations on signals adopted at the 13-16 May 2019 PRAC meeting (en anglais), EMA/PRAC/265212/2019, rubrique 1.3, « Persistent sexual dysfunction after drug withdrawal », adoptée le 16 mai 2019. Texte de la mise en garde pour six ISRS et quatre IRSN.
- Tarchi L, Merola GP, Baccaredda-Boy O et al. Selective serotonin reuptake inhibitors, post-treatment sexual dysfunction and persistent genital arousal disorder: a systematic review (en anglais). Pharmacoepidemiol Drug Saf 2023;32(10):1053-67. « Il n’a pas été possible d’établir des estimations fiables de la prévalence ». La revue indique aussi qu’un lien de cause à effet n’a pas pu être établi à partir des études retenues.
- Public Health England, Prescribed medicines review: summary (en anglais), mis à jour le 3 décembre 2020. Section 2.4 : 930 000 personnes ont reçu un antidépresseur sur ordonnance sans interruption entre avril 2015 et mars 2018. Le rapport indique aussi que certains patients ont besoin d’antidépresseurs à long terme « pour conserver le bénéfice et prévenir une rechute ».
- Moral Medicine, I Lost My Sexual Identity After Prozac (en anglais), film avec Katie, 26 mai 2026, 10 minutes. Le titre est celui de la chaîne. Prescription à 21 ans et « environ 3 ans, avec quelques interruptions » à 0:40. Son moral qui s’améliore, puis elle « ne pouvait ressentir ni enthousiasme ni joie, ni vraiment profiter de quoi que ce soit », de 2:48 à 3:08. Le trouble sexuel « qui a commencé pendant la prise de fluoxétine » à 3:08. Le retour chez son médecin généraliste « plusieurs fois » à 4:06. « En fait, je n’ai plus accès à ces fonctions » de 6:04 à 6:10. « Depuis 14 ans » à 6:14. Intégré de 0:35 à 3:14. Son témoignage sur notre site : Katie : 14 ans après le Prozac.
- Mayo Clinic, Dr. Jordan Rullo discusses antidepressants and sexual dysfunction (en anglais), 5 octobre 2016. La page d’actualités (en anglais) de la Mayo Clinic, datée du même jour, la présente comme « psychologue à la Mayo Clinic ». Intégré jusqu’à 0:33.
- PSSD Network, Professor Joanna Moncrieff discusses Post-SSRI Sexual Dysfunction (en anglais), 25 juin 2026, 89 secondes. Intégré de 1:04 à la fin. Joanna Moncrieff est professeure de psychiatrie critique et sociale à l’University College London. Les opinions exprimées sont les siennes.
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