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PSSD et dépression : tenir au quotidien

Un moral bas peut accompagner la PSSD, qui peut durer après l’arrêt d’un ISRS. Médecin, psychothérapie, autres personnes touchées : ce qui peut aider.

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Par Morten SkovPublié le
PSSD et dépression : tenir au quotidien

Un moral en baisse peut accompagner la dysfonction sexuelle post-ISRS (PSSD), des troubles sexuels et émotionnels qui peuvent durer après l’arrêt d’un antidépresseur ISRS comme la sertraline. Vous pouvez recevoir de l’aide pour votre moral même si la PSSD persiste : d’un médecin qui la connaît, d’une psychothérapie, d’autres personnes qui la vivent.

La PSSD ne se résume pas au sexe. Des médecins et des chercheurs ont proposé une liste de critères en 2022 (en anglais) pour la reconnaître. Son signe principal est un changement durable de la sensibilité génitale, souvent un engourdissement. La liste cite aussi l’émoussement émotionnel (des émotions comme éteintes) et des troubles de la concentration et de la mémoire. Les ISRS sont prescrits contre la dépression et l’anxiété : un moral bas après coup est donc facilement mis sur le compte de l’ancienne maladie seule.

Si votre moral bas vous amène à penser à mettre fin à vos jours, appelez le 3114, gratuit, jour et nuit : c’est le numéro national de prévention du suicide. Notre page sur les idées suicidaires avec la PSSD indique d’autres numéros à appeler.

L’essentiel en trois points

  1. La notice britannique de la sertraline (en anglais) prévient que, dans certains cas, des troubles sexuels « se sont prolongés après l’arrêt du traitement ». En octobre 2026, l’agence britannique du médicament a annoncé que la PSSD serait citée dans les notices de certains antidépresseurs (MHRA, en anglais).
  2. Dans une étude britannique de 2026 (en anglais), des personnes atteintes de PSSD ont raconté qu’on les avait balayées d’un revers de main. Elles ont parlé aussi de leurs émotions éteintes et de ce qu’il leur fallait accepter d’avoir perdu.
  3. Dans une enquête menée dans un groupe de soutien (en anglais), environ 8 personnes sur 10 ont jugé l’effet de la PSSD sur leur vie très ou extrêmement négatif.

Presse : contact@sidefxhub.com

Katie avait 21 ans et traversait une période difficile quand on lui a prescrit de la fluoxétine (Prozac). Elle raconte ici ce que les médecins lui ont répondu quand ses symptômes ont continué après l’arrêt.

Un extrait (de 4:40 à 5:46) de l’entretien de Katie avec Moral Medicine, mai 2026 (en anglais). Les opinions exprimées sont les siennes. Son histoire sur notre site : L’histoire de Katie.

Ses médecins ont attribué ses troubles sexuels à une faible estime de soi, à un traumatisme et à une dépression. « Même quand j’étais au plus bas sur le plan émotionnel, avant les ISRS », dit-elle, « j’avais encore des émotions, une libido, et mon fonctionnement sexuel était normal. »

La dépression fait-elle partie de la PSSD ?

Pas officiellement. La liste de critères de 2022 parle plutôt d’émoussement émotionnel. Mais un moral bas peut s’y ajouter, et il peut y avoir plusieurs raisons à la fois :

  • La raison pour laquelle vous avez pris le médicament. La dépression ou l’anxiété peuvent revenir.
  • Vivre avec. Des symptômes durables sont lourds à porter, tout comme le fait qu’on balaie vos plaintes d’un revers de main. Selon les chercheurs à l’origine de l’étude britannique, les deux causent de la détresse.
  • L’émoussement émotionnel. Des émotions éteintes peuvent ressembler à une dépression, même vues de l’intérieur.

Cela peut ressembler à un deuil autant qu’à de la tristesse. « C’est ce que [la PSSD] m’a enlevé, et c’est aussi ce qu’elle m’a forcée à devenir », a dit une femme appelée Jo dans l’étude britannique.

Rosie, présidente du PSSD Network, a demandé de l’aide pour la première fois à cause d’une dépression pendant les confinements liés au Covid. Avant cela, dit-elle, la vie était « si pleine de couleurs et si vibrante ». Aujourd’hui, « tout est juste très éteint et comme très gris ». Ici, elle parle des deux.

Un extrait (de 1:30 à 2:13) de l’entretien de Rosie avec Moral Medicine, juillet 2024 (en anglais). Rosie est présidente du PSSD Network ; les opinions exprimées sont les siennes. L’entretien complet.

Aucun chiffre fiable n’existe sur la fréquence à laquelle un moral bas accompagne la PSSD. Les enquêtes menées jusqu’ici ont interrogé des personnes de forums et de groupes de soutien, qui sont peut-être les plus touchées. Notre page PSSD ou dépression explique comment distinguer les deux, mais vous n’avez pas besoin de trancher avant de demander de l’aide.

Que dire à mon médecin quand mon moral est bas ?

Parlez d’abord de la PSSD, pour qu’elle compte dans toute décision sur votre moral. Les ISRS sont en général le premier antidépresseur que proposent les médecins, selon le NHS, le service de santé britannique (en anglais) : votre historique de traitements pèse donc dans ce choix.

Quand des médecins en Angleterre proposent un médicament contre la dépression, leurs recommandations (en anglais) précisent qu’ils doivent passer en revue vos traitements passés. Ils doivent aussi aborder les effets secondaires que vous voulez éviter, comme ceux sur la sexualité. Le NHS conseille de consulter un médecin généraliste si le moral est bas depuis plus de deux semaines.

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. N’arrêtez pas du jour au lendemain.

Trois questions à poser à votre médecin

  1. Pouvez-vous noter la PSSD dans mon dossier ?
  2. Quelle aide existe pour mon moral, y compris une psychothérapie ?
  3. Si vous me proposez un médicament, pouvons-nous d’abord parler de ses effets sur la sexualité ?

Vous pouvez commencer ainsi : « Depuis que j’ai arrêté la sertraline, je ressens un engourdissement, sexuel et émotionnel. Maintenant, mon moral est bas aussi. J’aimerais de l’aide, en tenant compte de la PSSD. »

Apportez vos dates (« Sertraline 50 mg à partir de janvier 2023, dernier comprimé en mars 2024 ») et l’avertissement de votre notice. Beaucoup de personnes disent avoir mis du temps à être prises au sérieux. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère les tendances.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch. Notre guide Comment signaler une PSSD au Yellow Card montre chaque étape.
  • Employez les bons mots. Si les symptômes ont persisté après l’arrêt, écrivez Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction).

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape

Une psychothérapie peut-elle aider en cas de PSSD ?

Elle peut aider pour le moral et pour vivre avec la PSSD, mais elle ne traite pas la PSSD. En Angleterre, vous pouvez vous adresser directement, sans passer par un médecin, à NHS Talking Therapies (en anglais), le service de psychothérapie du NHS. Le NHS indique qu’il couvre le moral bas et la façon de vivre avec une maladie de longue durée.

Les expériences varient. Dans l’étude britannique, Lucas a trouvé utiles six séances d’accompagnement psychologique. Stacey avait le sentiment de passer ses séances à expliquer la PSSD à ses thérapeutes. « Ne pas nier ce que l’on a vécu est vraiment important », a-t-elle dit.

Commencez donc la première séance par les faits : l’avertissement de la notice, vos dates, ce qui a changé. Le reste du temps sera pour vous.

Yassie Pirani, souriante, à côté de son nom et du logo de Moral Medicine
Yassie Pirani. Image : Moral Medicine, juillet 2025.

Yassie Pirani, thérapeute qui travaille avec des personnes atteintes de PSSD, a conclu un entretien avec Moral Medicine en leur disant que leur souffrance est réelle. Ce n’est pas de leur faute, a-t-elle dit, et ce n’est pas un signe de faiblesse.

Qu’est-ce qui aide les jours difficiles ?

De petites habitudes régulières, et des personnes qui comprennent. Le NHS suggère de parler à quelqu’un en qui vous avez confiance, de faire régulièrement de l’exercice et de chercher du soutien auprès de personnes qui sont passées par là.

Pendant sa première année avec la PSSD, Stacey « n’arrivait tout simplement pas à sortir du lit », a-t-elle raconté aux chercheurs. Aujourd’hui, elle s’impose une routine et fait de l’exercice pour se changer les idées. « C’est mieux que de rester au lit toute la journée », a-t-elle dit.

Tony, qui vit avec la PSSD depuis de nombreuses années, a trouvé au PSSD Network des personnes comme lui. « Ce sont les seules qui […] peuvent vraiment me comprendre », a-t-il dit.

  • Groupes WhatsApp : nos groupes WhatsApp d’entraide, où un administrateur valide chaque inscription.
  • Un rendez-vous hebdomadaire en visio : le PSSD Network (en anglais) organise un groupe Zoom, animé par des personnes atteintes de PSSD.

Nos pages sur le soutien face à la PSSD et sur l’isolement social donnent d’autres idées.

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

La dépression liée à la PSSD finit-elle par passer ? Chez certaines personnes, la PSSD a duré des années après l’arrêt. On ne sait pas encore qui sera touché, ni si cela s’atténuera. Vous n’avez pas à attendre cette réponse pour obtenir de l’aide pour votre moral. Tony dit qu’après une longue période avec la PSSD, il la gère « beaucoup mieux maintenant ».

L’anxiété fait-elle aussi partie de la PSSD ? La liste de critères de 2022 ne la mentionne pas. Mais des symptômes durables peuvent faire peur, et l’anxiété que vous aviez avant peut revenir. NHS Talking Therapies prend en charge l’anxiété et les crises de panique, en plus du moral bas.

Puis-je signaler un moral bas ? Oui. Un signalement Yellow Card peut inclure tout ce que vous pensez être dû au médicament. L’agence britannique demande la date d’apparition des troubles et les dates de votre traitement.

Personne n’a dit à Katie que cela pouvait venir du médicament, alors elle a cru qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas chez elle. Si votre moral est bas avec la PSSD, parlez-en à une personne cette semaine : votre médecin, un proche ou quelqu’un d’un groupe d’entraide.

Sources

  1. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Critères proposés, élaborés par accord d’experts. Section 3 : un changement durable de la sensibilité génitale après la fin du traitement ; les symptômes non sexuels associés « peuvent inclure : émoussement émotionnel, dépersonnalisation, autres troubles sensoriels touchant la peau, l’odorat, le goût ou la vue, altération cognitive ». La dépression n’est pas citée pour la PSSD. « L’émoussement émotionnel ou la dépersonnalisation peut être le principal motif de consultation d’une personne en soins primaires. »
  2. Lustral (sertraline) 50 mg and 100 mg film-coated tablets, notice (en anglais), Electronic Medicines Compendium (EMC 2835), dernière révision en décembre 2025. Section 2, « Sexual problems » : « Dans certains cas, ces symptômes se sont prolongés après l’arrêt du traitement. »
  3. MHRA, Antidepressants: new safety measures for all patients to improve communication of the risk of suicidal thoughts and behaviours and persistent sexual dysfunction (en anglais), Drug Safety Update, 15 octobre 2026. Le terme « Post SSRI Sexual Dysfunction » (« PSSD ») « sera ajouté aux notices des antidépresseurs associés à un risque de dysfonction sexuelle pouvant se prolonger après l’arrêt du médicament ». Conseil pour le signalement : « veuillez fournir autant d’informations que possible, notamment sur les antécédents médicaux, les autres médicaments pris, le moment d’apparition et les dates du traitement ». Royaume-Uni.
  4. Brugi S, Budd B, Mackie C, Fish S. “It’s taken away the most fundamental things about being human”: the lived experience and impact of post-SSRI sexual dysfunction (en anglais). Int J Qual Stud Health Well-being 2026;21(1):2717470, publié en ligne le 13 août 2026. University of East Anglia ; entretiens avec dix personnes au Royaume-Uni, recrutées par la UK PSSD Association ; les prénoms sont des pseudonymes. Thèmes : « méfiant envers les professionnels », « un moi transformé » et « vivre avec les conséquences ». Texte intégral aussi sur PubMed Central (PMC13474523). Citations de Jo, Lucas, Stacey et Tony telles que publiées. Les auteurs notent que la détresse vient « à la fois des effets secondaires persistants et de tout rejet automatique de ces effets secondaires ».
  5. Studt A, Gannon M, Orzel J, Vaughan A, Pearlman AM. Characterizing post-SSRI sexual dysfunction and its impact on quality of life through an international online survey (en anglais). Int J Risk Saf Med 2021;32(4):321-329. Résumé : 239 réponses issues d’un groupe de soutien en ligne sur la PSSD ; effet sur la qualité de vie « extrêmement négatif (59 %) ou très négatif (23 %) ». Échantillon de personnes qui ont choisi de répondre.
  6. Ben-Sheetrit J, Aizenberg D, Csoka AB et al. Post-SSRI sexual dysfunction: clinical characterization and preliminary assessment of contributory factors and dose-response relationship (en anglais). J Clin Psychopharmacol 2015;35(3):273-8. Enquête en ligne auprès de 532 personnes issues d’un forum sur la PSSD, avec des scores de dépression et d’anxiété ; les auteurs écrivent que les biais de sélection et de signalement « ne permettent ni généralisation ni estimation de l’incidence ».
  7. NHS, Antidepressants: overview (en anglais), page révisée pour la dernière fois le 12 juin 2025 : « Les ISRS sont généralement le premier type prescrit. »
  8. NICE, Depression in adults: treatment and management (NG222) (en anglais), 2022. Recommandation 1.4.1 : pour envisager les traitements, « tenir compte des antécédents de traitement ». Recommandation 1.4.10 : « Lorsqu’un médicament est proposé pour traiter la dépression », discuter des risques, « y compris les effets secondaires que la personne souhaite particulièrement éviter (par exemple prise de poids, sédation, effets sur la fonction sexuelle) ». Recommandations pour l’Angleterre.
  9. NHS, Low mood, sadness and depression (en anglais), page révisée pour la dernière fois le 29 juillet 2026 : consulter un médecin généraliste si « votre moral est bas depuis plus de 2 semaines » ; parmi les pistes : parler à quelqu’un, « le soutien entre pairs, où des personnes utilisent leur expérience pour s’entraider », et faire régulièrement de l’exercice.
  10. NHS, NHS Talking Therapies (en anglais), page révisée pour la dernière fois le 5 novembre 2025 : « vous pouvez vous adresser vous-même à NHS Talking Therapies sans parler à un médecin » ; il faut être inscrit chez un médecin généraliste et avoir au moins 18 ans (16 ans dans certaines régions). Aide en cas de moral bas, de dépression, d’anxiété et de panique, et pour « vivre avec une maladie de longue durée ». NHS Talking Therapies est un service pour l’Angleterre.
  11. Service national de prévention du suicide, 3114.fr, consulté le 28 octobre 2026 : accessible 24 h/24 et 7 j/7, gratuitement, en France entière.
  12. PSSD Network, Join our community (en anglais), consulté le 28 octobre 2026 : un groupe Zoom « tenu chaque semaine par d’autres personnes touchées ».
  13. Moral Medicine, I Lost My Sexual Identity After Prozac (en anglais), entretien avec Katie, 26 mai 2026. Extrait de 4:40 à 5:46 ; prescription à 21 ans pour des « événements de vie difficiles et temporaires » (1:50) ; citation à 5:36.
  14. Moral Medicine, Interview with PSSD Network President Rosie (en anglais), 9 juillet 2024. Extrait de 1:30 à 2:13.
  15. Moral Medicine, entretien avec Yassie Pirani sur YouTube (en anglais), 28 juillet 2025. Paraphrasé d’après les dernières minutes (50:20 à 52:12). Notre page : Yassie Pirani : le poids psychique de la PSSD.

Sources consultées le 28 octobre 2026. Rédaction et relecture assistées par IA, sans relecture clinique. Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

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