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Isotrétinoïne : effets sexuels chez la femme

L’isotrétinoïne peut causer sécheresse vaginale, baisse du désir et de la sensibilité. Notices UK et US : cela peut durer après l’arrêt (le PAS).

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Par Morten SkovPublié le Mis à jour le
Isotrétinoïne : effets sexuels chez la femme

Chez la femme, l’isotrétinoïne (Accutane ; en France, Contracné, Curacné ou Procuta) peut provoquer une sécheresse vaginale, une baisse du désir, des difficultés à atteindre l’orgasme et une moindre sensibilité des organes génitaux. Les notices britannique et américaine indiquent désormais que ces troubles peuvent persister après l’arrêt. Cela fait partie du syndrome post-Accutane (PAS).

Le syndrome post-Accutane ne se résume pas à la sexualité. Les critères de 2022 rangent parmi les effets de l’isotrétinoïne des troubles de la pensée, une dépression et des idées suicidaires, qui peuvent accompagner les troubles sexuels ou survenir seuls.

Ce qu’on lit sur l’isotrétinoïne et la sexualité parle surtout d’érection. Une réévaluation menée par des experts pour l’agence britannique du médicament a noté que, chez les femmes, les symptômes peuvent être moins évidents et remarqués plus tard. Elle ajoutait que la pilule contraceptive peut brouiller les pistes.

L’essentiel en trois points

  1. La notice britannique (en anglais) cite la sécheresse vaginale, une baisse de la libido, des difficultés à atteindre l’orgasme et une moindre sensibilité des organes génitaux. Elle indique que des troubles sexuels ont parfois persisté après l’arrêt.
  2. Une notice américaine d’isotrétinoïne, celle d’Absorica, mentionne désormais des troubles sexuels « qui peuvent persister après l’arrêt du traitement », dont « une diminution de la lubrification vaginale et une sécheresse vaginale » (notice américaine, en anglais).
  3. Sur 10 signalements britanniques de sécheresse vaginale, 4 n’avaient pas disparu après l’arrêt (réévaluation britannique, en anglais). Les patients appellent cela le syndrome post-Accutane.

Presse : contact@sidefxhub.com

Miriam a suivi en Espagne deux cures d’isotrétinoïne à faible dose, pour ce qu’elle appelle une acné légère. Elle dirige aujourd’hui là-bas une association pour les personnes touchées par ce médicament.

Un extrait de l’entretien de Miriam avec Moral Medicine, octobre 2025 (en anglais). Il va de 35:11 à 37:11, soit 2 minutes. Elle y parle de sa famille, de ses genoux, de ses os, de ses règles et de sécheresse vaginale. Les opinions exprimées sont les siennes. Ailleurs dans le film, elle parle d’idées suicidaires. Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.

Regardez comment elle énumère, l’un après l’autre, les changements de son corps : la sexualité n’en est qu’une partie. À la fin de l’extrait, elle en vient à la sécheresse vaginale, dont elle souffrait pendant le traitement. « Quand j’ai arrêté l’isotrétinoïne, ça ne s’est pas amélioré », dit-elle. La vidéo est en anglais.

Quels sont les effets secondaires sexuels de l’isotrétinoïne chez la femme ?

La notice britannique en cite quatre qui peuvent toucher les femmes : une baisse de la libido, une sécheresse vaginale, des difficultés à atteindre l’orgasme et une moindre sensibilité des organes génitaux. Elle précise que leur fréquence « ne peut être estimée sur la base des données disponibles ».

Concrètement, cela peut vouloir dire avoir moins envie de faire l’amour, avoir besoin d’un lubrifiant dont vous ne vous serviez pas avant, ou percevoir le toucher de façon atténuée. Certaines femmes ont mal pendant les rapports. Une femme a raconté aux experts britanniques que la sécheresse l’avait obligée à utiliser un lubrifiant pendant les rapports, puis tous les jours, « parce que la sécheresse commençait à provoquer des douleurs ». Souvent, elle n’arrivait pas à jouir, a-t-elle dit, « ce qui n’avait jamais été un problème avant ».

L’isotrétinoïne assèche la peau, les lèvres et les yeux. Elle peut aussi assécher la vulve et le vagin, et la réévaluation britannique a noté que les changements de la peau génitale ne sont pas forcément signalés aux patients.

La sécheresse vaginale due à l’isotrétinoïne peut-elle être permanente ?

Chez certaines femmes, elle a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera concerné, ni si cela s’atténuera.

La notice britannique fait état de « problèmes sexuels de longue durée, dont les symptômes ont persisté malgré l’arrêt du traitement ». En juin 2026, l’agence américaine du médicament, la FDA, a demandé aux fabricants d’ajouter que les troubles sexuels peuvent persister après l’arrêt. La notice d’Absorica que nous avons lue, publiée en août, contient cette phrase, et sa liste citait déjà la sécheresse vaginale. Comment la notice américaine a changé raconte cette histoire.

La réévaluation britannique (en anglais) a lu les signalements que des personnes avaient envoyés à l’agence. Dans 4 signalements de sécheresse vaginale sur 10, elle n’avait pas disparu après l’arrêt. Une femme en souffrait encore six ans et demi plus tard. Chez une autre, les difficultés à atteindre l’orgasme ne s’étaient pas atténuées 19 ans après sa cure.

Or le médicament est éliminé bien avant : selon des documents britanniques, il quitte l’organisme en un mois.

Pourquoi passe-t-on à côté chez les femmes ?

La réévaluation britannique a constaté que les femmes qui signalaient des effets secondaires sexuels étaient plus âgées que les hommes, et a avancé deux explications. Les femmes en âge d’avoir des enfants doivent utiliser une contraception sous isotrétinoïne, et selon la réévaluation, cela peut jouer sur la libido. Et certains changements chez les femmes seraient « moins immédiatement évidents et peut-être plus subjectifs », si bien que des jeunes filles et des femmes pourraient ne s’en rendre compte qu’une fois plus âgées.

Dans un hôpital de Dublin, des médecins du service de dermatologie ont interrogé 50 femmes sous isotrétinoïne sur la peau de leurs organes génitaux.

Environ 1 sur 3 avait une sécheresse vulvaire. Certaines avaient davantage besoin de lubrifiant, ou pour la première fois, et certaines avaient mal pendant les rapports. La réévaluation britannique en a conclu que les patients ne parlent pas de ces symptômes si on ne leur pose pas la question.

Ce qu’ont répondu 50 femmes sous isotrétinoïne quand on leur a posé la question

Sécheresse vulvaire 16 sur 5016
Besoin de lubrifiant, nouveau ou accru 12 sur 5012
Douleur pendant les rapports 10 sur 5010
Des femmes suivies dans une consultation de dermatologie de Dublin, après au moins trois mois de traitement. Une petite enquête sans groupe de comparaison ; le résumé que nous avons lu ne dit pas ce qui s’est passé après la cure. Cunningham et collègues, 2020.

On retrouve le même schéma avec les antidépresseurs. La PSSD chez la femme en parle.

Ce court extrait vaut 30 secondes : c’est une équipe hospitalière du NHS, le système de santé public britannique, qui dit à ses patients que des troubles sexuels peuvent suivre le traitement. La vidéo est en anglais.

Un court extrait, de 5:13 à 5:43, d’un film destiné aux patients, réalisé par Newcastle Hospitals, un groupe hospitalier du NHS, novembre 2024 (en anglais). Jackie, qui exerce en pratique avancée en dermatologie, explique que des troubles sexuels ont été signalés « pendant et après le traitement ».

Que puis-je faire ?

L’isotrétinoïne aide beaucoup de personnes qui ont une acné grave. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous l’a prescrite de décider. La notice britannique demande de parler à votre médecin de tout trouble sexuel pendant le traitement.

Au Royaume-Uni, les médecins doivent désormais poser la question des troubles sexuels avant le début du traitement, ce qui vous donne un « avant » auquel comparer.

Si quelque chose ne s’est pas dissipé depuis votre dernière capsule, parlez-en à votre médecin traitant en donnant vos dates : « Isotrétinoïne 20 mg à partir de mars 2024, dernière capsule en septembre 2024. Sécheresse vaginale et moindre sensibilité depuis. » Dites quelle contraception vous utilisiez, et à quel moment.

Trois questions à poser à votre médecin

  1. L’isotrétinoïne peut-elle expliquer cela, vu la phrase de la notice ?
  2. Que faut-il écarter d’autre, par exemple ma contraception ou une infection ?
  3. Cela peut-il figurer dans mon dossier comme effet indésirable suspecté ?

Vous pouvez commencer ainsi : « Depuis ma cure d’isotrétinoïne, les rapports ne sont plus les mêmes. Pouvons-nous en parler ? »

Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Le syndrome post-Accutane n’a pas encore de terme à lui dans le dictionnaire des agences du médicament : précisez donc que les symptômes ont persisté après l’arrêt.

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

L’isotrétinoïne peut-elle rendre les rapports douloureux ? C’est possible. Une femme a dit aux experts britanniques que des rapports douloureux l’avaient affectée plus longtemps que l’acné ne l’aurait fait. La réévaluation indique que les changements de la peau génitale peuvent rendre les rapports inconfortables ou douloureux. Parlez-en à votre médecin, car d’autres causes doivent aussi être recherchées.

L’isotrétinoïne agit-elle différemment chez les hommes ? La plupart des signalements britanniques concernaient des hommes, et les troubles de l’érection étaient la plainte la plus fréquente. Isotrétinoïne : effets sexuels durables ? traite des deux sexes, y compris de ce que dit la notice et du moment où elle a changé.

Le syndrome post-Accutane est-il réel si mes analyses sont normales ? Les critères établis en 2022 par un groupe international de médecins et de chercheurs ne reposent sur aucune prise de sang. Chez la femme, ils citent la perte de lubrification vaginale comme l’un des signes, et ils demandent comment était la sexualité avant l’isotrétinoïne. Le syndrome post-Accutane est-il réel ? présente les données dans un sens comme dans l’autre.

La sécheresse vaginale de Miriam est apparue pendant le traitement et, dit-elle, ne s’est pas améliorée quand elle a arrêté. Si vous vous reconnaissez, lisez notre page sur le syndrome post-Accutane et signalez-le.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Sources

  1. Roaccutane 10 mg and 20 mg soft capsules, notice britannique (en anglais), Electronic Medicines Compendium (EMC 100633), révisée en avril 2026, lue le 21 octobre 2026. La rubrique 2 cite « des difficultés à obtenir ou maintenir une érection, une baisse de la libido, une sécheresse vaginale, des difficultés à atteindre l’orgasme et une moindre sensibilité des organes génitaux ». Elle ajoute « des problèmes sexuels de longue durée, dont les symptômes ont persisté malgré l’arrêt du traitement par isotrétinoïne » et « Parlez à votre médecin si vous avez des problèmes sexuels pendant le traitement ». Rubrique 4 : ces effets figurent parmi ceux de fréquence indéterminée. La rubrique 2 fixe aussi les règles de prévention de la grossesse, dont la contraception.
  2. Roaccutane 10 mg soft capsules, résumé des caractéristiques du produit (en anglais), EMC 100633, révisé le 27 avril 2026. Rubrique 4.4, troubles sexuels : les patients sont interrogés sur d’éventuels troubles sexuels avant le début et suivis pendant le traitement. La rubrique 4.8 cite « sécheresse vulvo-vaginale », « orgasme anormal » et « hypoesthésie génitale », fréquence indéterminée.
  3. Absorica et Absorica LD (isotrétinoïne), notice américaine (en anglais), DailyMed, National Library of Medicine des États-Unis, révisée en août 2026, lue le 21 octobre 2026. Rubrique 6, appareil reproducteur (Reproductive System). La phrase est la suivante : « Règles anormales et dysfonction sexuelle qui peuvent persister après l’arrêt du traitement (dont troubles de l’érection, baisse de la libido, diminution de la lubrification vaginale et sécheresse vaginale) ». Les mots « qui peuvent persister après l’arrêt du traitement » sont nouveaux dans cette version (publiée sur DailyMed le 21 août 2026). Ils font suite à la demande adressée par la FDA aux fabricants le 16 juin 2026 (bulletin FDA Small Business and Industry Assistance, FDA Requests Labeling Updates for Generic Isotretinoin Products (en anglais), 17 juin 2026, lu le 21 octobre 2026). Les versions révisées en juin 2023 et en juin 2026 citent les mêmes troubles sans ces mots : « Règles anormales, dysfonction sexuelle, dont troubles de l’érection, baisse de la libido, diminution de la lubrification vaginale et sécheresse vaginale » (archives des notices sur DailyMed, lues le 21 octobre 2026). Notre article sur le changement de la notice raconte cette histoire.
  4. Commission on Human Medicines, Report of the Isotretinoin Expert Working Group (en anglais), 26 avril 2023, publié par la MHRA. Section 5.2 : l’appel à informations, dont le témoignage sur la dyspareunie (douleur pendant les rapports). Section 5.3.1 : sur 184 signalements Yellow Card de dysfonction sexuelle, 19 % concernaient une patiente. Âge médian de 26 ans chez les femmes et de 21 ans chez les hommes. L’effet possible de la pilule sur la libido, et une dysfonction sexuelle féminine qui « peut être moins immédiatement évidente ». Section 5.3.4.3.1 : 10 signalements de sécheresse vulvo-vaginale, dont 4 non résolus à l’arrêt, une femme en souffrant encore 6,5 ans plus tard ; la citation sur le lubrifiant et la douleur. Section 5.3.4.3.3 : chez une femme, des troubles de l’orgasme non résolus 19 ans après l’arrêt. Des signalements volontaires, souvent incomplets ; ils ne peuvent pas montrer à quelle fréquence cela arrive.
  5. Cunningham L, Menzies S, Moore E et al. Mucocutaneous adverse effects of the genital and perianal skin from isotretinoin therapy (en anglais). J Am Acad Dermatol 2020;83(4):1174-5. Questionnaire rempli par 80 patients de plus de 16 ans, traités depuis au moins trois mois, au Mater Misericordiae University Hospital de Dublin. Sur 50 femmes : sécheresse vulvaire 16 (32 %), besoin de lubrifiant nouveau ou accru 12 (24 %), dyspareunie 10 (20 %). Chiffres tels que résumés dans la section 5.4.1.5 de la source 4, qui ajoute que « les patients ne signalent pas spontanément ces symptômes ».
  6. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Critères proposés par des experts, rubrique 6. Les critères de la dysfonction sexuelle post-rétinoïdes comprennent la « perte de lubrification vaginale (femmes) » et l’« absence de dysfonction sexuelle antérieure au médicament correspondant au tableau actuel ». La dépression, les troubles cognitifs et les idées suicidaires figurent parmi les effets de l’isotrétinoïne qui « peuvent survenir indépendamment de toute difficulté sexuelle, mais aussi accompagner les problèmes sexuels ». Selon l’article, le PAS « renvoie souvent à ce que nous appelons ici PRSD, mais tout aussi souvent semble inclure des idées suicidaires et d’autres effets cognitifs sans difficultés sexuelles ».
  7. Moral Medicine, From Mild Acne to Severe Dry Eyes, Hair Loss and Infertility: Miriam’s Nightmare After Isotretinoin (en anglais), entretien avec Miriam, 13 octobre 2025 (le titre est celui de la chaîne). Intégré ici sous forme d’extrait de 35:11 à 37:11. Deux cures à faible dose vers 8:06 et 10:51. Une sécheresse vaginale qui « ne s’est pas améliorée » vers 37:09. Citations tirées des sous-titres automatiques de YouTube. Son histoire sur notre site : Miriam : 2 cures d’isotrétinoïne.
  8. Newcastle Hospitals, Newcastle dermatology - Isotretinoin (en anglais), 29 novembre 2024, intégré ici sous forme d’extrait de 5:13 à 5:43 : des troubles sexuels « pendant et après le traitement », dont « une baisse de la libido, des troubles de l’érection et une moindre sensibilité génitale ». Citations tirées des sous-titres de l’établissement lui-même.

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