Le syndrome post-Accutane est-il réel ?
Le syndrome post-Accutane (PAS) n’est pas un diagnostic officiel, mais selon les notices britannique et américaines, les effets sexuels peuvent durer.
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Le syndrome post-Accutane (PAS) n’est pas un diagnostic officiel. Mais depuis 2023, la notice britannique de l’isotrétinoïne (Roaccutane) met en garde contre des troubles sexuels qui ont persisté après l’arrêt, et les notices américaines comportent une phrase semblable depuis 2026.
Le NHS, le service de santé britannique, cite des troubles sexuels sur sa page consacrée à l’isotrétinoïne (en anglais), mais ne dit pas qu’ils peuvent durer. Si l’on vous a dit que ce syndrome n’existe pas, commencez par les mots mêmes de la notice britannique.
L’essentiel en trois points
- Il n’existe aucune définition officielle du PAS. En 2022, des médecins et des chercheurs ont proposé des critères (en anglais) pour sa forme sexuelle.
- La notice britannique (en anglais) met en garde contre des « troubles sexuels durables » qui ont persisté après l’arrêt de l’isotrétinoïne.
- En juin 2026, l’agence américaine du médicament, la FDA (en anglais), a demandé aux fabricants américains de mentionner ce même risque. Personne n’a mesuré sa fréquence.
Presse : contact@sidefxhub.com
Stefan avait 15 ans quand il a suivi un court traitement par Accutane. Il a été la première personne vivant avec le PAS filmée par Moral Medicine, une chaîne qui recueille des témoignages de patients.
Quand l’entretien a été publié, en décembre 2024, Moral Medicine indiquait qu’il vivait avec le PAS depuis près de 19 ans. La deuxième personne atteinte de PAS que la chaîne a filmée est Elliot, qui a pris de l’Accutane à 17 ans.
Elliot a raconté à la chaîne que, 13 ans après sa dernière capsule, il avait encore chaque jour la peau sèche, des douleurs et de la fatigue. En dehors de la peur et de la panique, ses émotions étaient émoussées.
Le syndrome post-Accutane est-il un diagnostic reconnu ?
Non. Il n’existe ni définition officielle du PAS ni test pour le diagnostiquer. Ce syndrome n’a pas non plus de code de diagnostic qui lui soit propre.
Ce qui s’en rapproche le plus, ce sont des critères diagnostiques (en anglais) proposés en 2022 par un groupe de médecins et de chercheurs. Ils portent sur sa forme sexuelle, que le groupe appelle dysfonction sexuelle post-rétinoïdes (post-retinoid sexual dysfunction).
Parmi les signes retenus : une baisse du désir sexuel, des troubles de l’érection ou une moindre lubrification pendant les rapports, et moins de sensations dans les organes génitaux et pendant l’orgasme. Pour répondre à ces critères, les troubles doivent durer au moins trois mois après la dernière capsule.
Ces critères sont une proposition d’experts. Le groupe ajoute que beaucoup de personnes donnent au nom PAS un sens plus large. Pris dans ce sens, il englobe aussi la santé mentale et la cognition, la mémoire par exemple, parfois sans aucun symptôme sexuel.
Les notices de l’isotrétinoïne mettent-elles en garde contre des effets persistants ?
Oui. La notice britannique du Roaccutane indique : « Des cas de troubles sexuels durables, dont les symptômes ont persisté malgré l’arrêt du traitement par l’isotrétinoïne, ont été signalés. »
Cette phrase a été ajoutée en 2023, à l’issue d’une réévaluation commencée en 2019. Les experts qui l’ont menée conseillent l’agence britannique du médicament, la MHRA.
Ces experts n’ont pas pu affirmer (en anglais) que l’isotrétinoïne avait provoqué « de façon certaine » bon nombre des effets secondaires signalés. Ils ont tout de même demandé la mise en garde. L’expérience des patients, ont-ils ajouté, « continue de susciter des inquiétudes ».
Aux États-Unis, une pétition déposée en 2018 demandait une mise en garde à la FDA. Le 16 juin 2026, la FDA a répondu (en anglais). Elle a demandé à tous les fabricants d’isotrétinoïne d’ajouter à la liste des effets secondaires de leur notice les troubles sexuels « qui peuvent persister après l’arrêt du traitement ».
Jusque-là, les notices des génériques américains, calquées sur la notice d’origine de l’Accutane, ne disaient rien des effets secondaires sexuels. Des notices comme celle de l’Amnesteem (en anglais) portent désormais la nouvelle phrase.
La FDA a refusé la mise en garde plus forte que demandait la pétition. Elle a dit ne pas avoir trouvé d’« éléments raisonnables » montrant que l’isotrétinoïne provoque ces troubles. Parmi les cas examinés où les troubles avaient persisté après l’arrêt, la moitié concernaient des personnes de 21 ans ou moins.
Pourquoi certains médecins doutent-ils de l’existence du PAS ?
Surtout parce que personne n’a prouvé que l’isotrétinoïne le provoque, ni compté combien de fois cela arrive. Les données viennent pour l’essentiel de signalements envoyés par des patients et des médecins. La FDA indique que sa propre base de signalements ne permet pas de savoir à quel point il est fréquent.
Les signalements disent en revanche ce que les personnes ont vécu. Certains décrivent des troubles qui ont duré. Parmi les signalements britanniques de troubles de l’érection qui précisaient ce qui s’était passé après l’arrêt, environ la moitié indiquaient que les troubles avaient continué.
Certains médecins n’ont peut-être tout simplement jamais posé la question. La plupart des professionnels de santé qui ont répondu à la réévaluation britannique (en anglais) ont dit n’avoir observé aucun effet secondaire sexuel sous isotrétinoïne.
Plusieurs ont dit ne pas avoir l’habitude de poser la question. « En général, je ne pose pas la question », lit-on dans une réponse. Depuis 2023, le résumé britannique des caractéristiques du produit (RCP) prévoit d’interroger chaque personne sur les troubles sexuels avant le début du traitement, puis de surveiller ce point pendant celui-ci.
D’autres médecins ont étudié ce médicament de près. Doug Bremner, professeur de psychiatrie et de radiologie à l’université Emory, aux États-Unis, a mené des recherches sur l’isotrétinoïne et le cerveau. Il parle de ces travaux, et du PAS, dans cet entretien.
Que puis-je faire ?
Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. La notice britannique recommande de parler à votre médecin de tout trouble sexuel pendant le traitement.
Si les troubles ne se sont pas atténués depuis la fin de votre traitement, parlez-en à votre médecin traitant et donnez vos dates : « Isotrétinoïne 20 mg par jour à partir de janvier 2023, dernière capsule en juillet 2023. »
Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Apportez la phrase de la notice. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.
Signalez-le : cela aide tout le monde
Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère des tendances.
- Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
- Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
- Employez les bons mots. Nous n’avons pas trouvé de terme MedDRA pour le syndrome post-Accutane. Décrivez donc chaque symptôme et précisez qu’il a persisté après l’arrêt de l’isotrétinoïne.
Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape
Quelles sont les autres questions fréquentes ?
Le PAS est-il permanent ? Chez certaines personnes, il a duré des années après l’arrêt. Personne ne sait encore qui sera touché, ni si cela finira par s’atténuer.
La réévaluation britannique faisait état de signalements de troubles de l’érection ayant duré jusqu’à 24 ans. Elliot a pris de l’Accutane à 17 ans, et Moral Medicine indique qu’il vit avec le PAS depuis.
Est-ce simplement l’isotrétinoïne encore présente dans mon corps ? Elle n’y reste pas longtemps : selon le RCP britannique, le médicament est entièrement éliminé dans le mois qui suit la dernière capsule. Les troubles qui durent bien au-delà correspondent à ce que décrivent les critères de 2022. Notre page sur le syndrome post-Accutane présente les autres symptômes dont parlent les personnes touchées.
Le PAS touche-t-il aussi les femmes ? Oui. La notice britannique cite la sécheresse vaginale et une sensibilité réduite des organes génitaux parmi les effets secondaires sexuels, et les notices américaines indiquent que la sécheresse vaginale peut persister après l’arrêt. La réévaluation britannique ajoute que chez les filles et les femmes, certains troubles peuvent être « moins immédiatement évidents ». Elles ne les remarqueront donc peut-être qu’une fois plus âgées.
Le traitement de Stefan par Accutane a été court. Près de 19 ans plus tard, il vivait toujours avec le PAS. Si votre sexualité ou votre humeur n’est plus la même depuis votre dernière capsule, signalez-le, quel que soit le temps écoulé.
Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.
Sources
- Roaccutane 10 mg et 20 mg, capsules molles, notice (en anglais), Electronic Medicines Compendium (EMC), dernière révision en avril 2026. Rubrique 2, « Warnings and precautions » : les troubles sexuels cités, et les signalements de troubles sexuels durables qui ont persisté après l’arrêt.
- Roaccutane 10 mg, capsules molles, résumé des caractéristiques du produit (en anglais), EMC, texte révisé le 27 avril 2026. Rubrique 4.4 : dysfonction sexuelle durable après l’arrêt ; les patients doivent être interrogés sur une éventuelle dysfonction sexuelle avant le début du traitement et suivis pendant celui-ci ; le médicament est complètement éliminé dans le mois qui suit la fin du traitement.
- NHS, Isotretinoin capsules (en anglais), dernière révision le 26 juin 2026.
- Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Section 6, dysfonction sexuelle post-rétinoïdes (PRSD) : les critères, dont des troubles présents depuis 3 mois ou plus après l’arrêt, et l’usage plus large du nom PAS. Un consensus d’experts établi à partir de cas signalés à RxISK.org.
- MHRA, Outcome of the expert review of the safety of isotretinoin (en anglais), 26 avril 2023.
- MHRA, Drug Safety Update: isotretinoin, new safety measures to be introduced in the coming months (en anglais), 26 avril 2023. La réévaluation a commencé en septembre 2019 ; la nouvelle mise en garde sur la dysfonction sexuelle durable.
- MHRA, Drug Safety Update: isotretinoin, introduction of new safety measures (en anglais), 31 octobre 2023. Informations sur le produit mises à jour avec les nouvelles mises en garde et les contrôles de la fonction sexuelle.
- Commission on Human Medicines, Report of the Isotretinoin Expert Working Group (en anglais), avril 2023. Section 5.2 : la plupart des professionnels de santé ayant répondu n’avaient pas observé d’effets secondaires sexuels, plusieurs ne posaient généralement pas la question. Section 5.3 : 184 signalements Yellow Card d’effets secondaires sexuels jusqu’au 20 mai 2021 ; quand l’information était donnée, la moitié des hommes ont indiqué que leur dysfonction érectile n’avait pas cessé avec l’arrêt de l’isotrétinoïne ; des signalements allant jusqu’à 24 ans ; chez les filles et les femmes, les troubles peuvent être moins immédiatement évidents. Signalements volontaires, souvent sans dates ni doses.
- Agence américaine du médicament (FDA), réponse à la pétition citoyenne FDA-2018-P-4088 (en anglais), 16 juin 2026, signée par Michael Davis, Acting Director, Center for Drug Evaluation and Research, et adressée à David Healy (pétition reçue le 29 octobre 2018). Acceptée en partie et rejetée en partie. Page 8 : les notices des génériques fondées sur celle de l’Accutane ne contenaient aucune information sur la dysfonction sexuelle. Page 11 : les signalements de la base FAERS ne permettent pas de calculer l’incidence. Page 14 : pas d’éléments raisonnables en faveur d’une association causale, donc pas de mention dans la rubrique Warnings and Precautions ; âge médian de 21 ans dans les cas où les troubles ont persisté après l’arrêt. Page 16 : la formulation exigée dans la rubrique Adverse Reactions de toutes les notices d’isotrétinoïne. Page 18 : encadré d’avertissement (boxed warning) refusé.
- Amnesteem (isotrétinoïne), notice de la FDA (en anglais), Mylan, révisée en août 2026. DailyMed, National Library of Medicine des États-Unis. Rubrique 6, Adverse Reactions, Reproductive System.
- Moral Medicine, entretien avec Stefan, 11 décembre 2024. Son témoignage sur notre site : Stefan : de l’Accutane à 15 ans.
- Moral Medicine, entretien avec Doug Bremner, 29 septembre 2025. Sur notre site : Doug Bremner : l’Accutane, le PAS et le cerveau.
- Moral Medicine, entretien avec Elliot (en anglais), 28 janvier 2025. Le deuxième patient atteint de PAS sur la chaîne (vers 2 minutes) ; Accutane à 17 ans ; 13 ans après l’arrêt (vers 71 minutes) ; ses symptômes actuels, dont des émotions émoussées en dehors de la peur et de la panique (à partir de 76 minutes environ). Sur notre site : Elliot : de l’Accutane à 17 ans.
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