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Mirtazapine : des effets sexuels qui durent ?

La notice britannique de la mirtazapine parle peu de sexualité. Certains signalent des troubles qui ont duré après l’arrêt, comme dans la PSSD.

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Par Morten SkovPublié le Mis à jour le
Mirtazapine : des effets sexuels qui durent ?

Oui, la mirtazapine peut avoir un effet sur la sexualité, et certaines personnes disent que les troubles ont pu durer après l’arrêt, un peu comme la dysfonction sexuelle post-ISRS, ou PSSD. Sa notice britannique ne cite qu’un seul effet secondaire sexuel : une érection prolongée et douloureuse.

La PSSD, c’est plus que la sexualité, malgré son nom. Les critères de 2022 décrivent une modification durable de la sensibilité génitale, souvent un engourdissement, avec un émoussement émotionnel, des difficultés à réfléchir, et des changements dans les autres sens.

La mirtazapine n’est ni un ISRS ni un IRSN, et l’avertissement européen de 2019, selon lequel les troubles sexuels peuvent persister après l’arrêt, ne visait que ces deux familles. Les personnes qui en ont pris n’ont donc presque rien d’écrit sous la main quand quelque chose ne revient pas.

L’essentiel en trois points

  1. La notice britannique de la mirtazapine (en anglais, version de novembre 2024) cite une érection prolongée et douloureuse, et aucun autre effet secondaire sexuel.
  2. Elle ne contient aucune phrase sur des troubles sexuels qui continueraient après l’arrêt. L’avertissement européen de 2019 (en anglais) ne visait que les ISRS et les IRSN.
  3. Des chercheurs mentionnent des signalements de troubles durables (en anglais) qui ressemblent à la PSSD après la mirtazapine, mais estiment que les données ne suffisent pas pour savoir s’il s’agit de la même maladie.

Presse : contact@sidefxhub.com

Cornelia a pris de la mirtazapine pendant trois semaines en 2020. Quatre ans plus tard, elle a raconté à Moral Medicine ce qui lui était arrivé depuis. Regardez la vidéo pour entendre, dans ses propres mots, comment des symptômes qui dépassent la sexualité ont changé sa vie quotidienne. Elle est en anglais ; le paragraphe qui suit résume ce qu’elle y raconte.

Cornelia, interviewée par Moral Medicine, novembre 2024, 23 minutes (en anglais). Son témoignage a sa propre page. Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.

Elle décrit des troubles sexuels qui n’ont pas disparu depuis, ainsi qu’une anhédonie (l’incapacité à ressentir du plaisir) et de l’insomnie. Elle dit que ces symptômes l’ont laissée sans emploi et isolée socialement.

La mirtazapine a-t-elle des effets secondaires sexuels ?

Elle peut en avoir, mais les documents britanniques ne le laissent guère deviner. La notice britannique (en anglais), dans sa version de novembre 2024, cite un seul effet secondaire sexuel, une « érection prolongée et douloureuse du pénis », et indique que sa fréquence n’est pas connue. La baisse de la libido, les troubles de l’orgasme et l’engourdissement n’y figurent pas. La page du NHS, le service de santé britannique, sur la mirtazapine (en anglais) ne parle pas du tout de sexualité.

La notice de la FDA pour Remeron (en anglais), la marque d’origine, cite les troubles de l’érection (« impotence ») parmi les réactions peu fréquentes de ses essais, et les troubles de l’éjaculation parmi les réactions rares.

Une étude espagnole a interrogé tous les participants directement, avec un questionnaire sur le désir, l’érection, l’orgasme et la satisfaction. Ses auteurs écrivaient que, sans un tel questionnaire, les troubles sexuels sont sous-estimés. Ils classaient aussi la mirtazapine parmi les médicaments qui « semblent avoir moins d’effets secondaires sexuels ».

Pourtant, dans leurs résultats (en anglais), environ 1 personne sur 4 qui en prenait a signalé un trouble sexuel. Il n’y avait pas de groupe placebo auquel les comparer.

Cette étude n’a compté que des personnes qui prenaient le médicament à ce moment-là. Notre article sur les antidépresseurs et la sexualité explique ce qui échappe à ce type de comptage.

Les effets sexuels de la mirtazapine peuvent-ils durer après l’arrêt ?

Chez certaines personnes, il semble que oui. La notice britannique n’en dit rien.

En 2019, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a demandé un avertissement pour six ISRS et quatre IRSN : des troubles sexuels ont parfois continué après l’arrêt. La mirtazapine n’en faisait pas partie, et la recommandation (en anglais) ne la mentionne pas.

Les chercheurs l’ont pourtant remarqué. Les médecins et scientifiques qui ont rédigé en 2022 des critères pour la PSSD (en anglais) mentionnent des signalements d’un trouble sexuel durable qui ressemble à la PSSD après la mirtazapine. Selon eux, il n’y a pas encore assez de données pour savoir s’il s’agit d’une maladie apparentée ou d’une maladie différente.

Personne n’a mesuré la fréquence de ces cas après la mirtazapine. L’absence d’avertissement ne veut pas dire que cela ne peut pas arriver.

1
Notice britannique, novembre 2024

Cite une érection prolongée et douloureuse. Rien sur des troubles qui continueraient après l’arrêt.

2
Notice de la FDA

Cite les troubles de l’érection et ceux de l’éjaculation parmi ses réactions les moins fréquentes.

3
Avertissement européen de 2019

Vise les ISRS et les IRSN. La mirtazapine n’est pas citée.

4
Critères de la PSSD, 2022

Mentionnent des signalements de troubles durables qui ressemblent à la PSSD après la mirtazapine. Pas assez de données pour dire s’il s’agit de la même maladie.

Ce que disent les textes officiels et la recherche sur la mirtazapine et la sexualité. Sources : notice britannique, notice de la FDA pour Remeron, Agence européenne des médicaments, Healy et ses collègues, 2022.

Est-ce une PSSD si la mirtazapine n’est pas un ISRS ?

Pas selon les critères de 2022. Ils définissent la PSSD comme survenant après un médicament qui laisse davantage de sérotonine autour des cellules nerveuses, comme les antidépresseurs liés à la PSSD cités dans l’avertissement européen. La mirtazapine agit d’une autre façon.

C’est pourquoi les critères la classent à part, parmi les autres médicaments. Moral Medicine décrit la maladie de Cornelia comme une PSSD. Pour l’instant, personne ne sait quel nom convient.

Pour vous, ce qui compte, c’est moins le nom que le déroulement. La sexualité, les émotions ou la pensée ont-elles changé après le début du traitement, et sont-elles restées différentes après l’arrêt ? Un médecin ou une agence du médicament peut s’y pencher dès que quelqu’un le met par écrit.

Que puis-je faire ?

Ces médicaments aident beaucoup de personnes. Si vous avez des effets secondaires, c’est à vous et au médecin qui vous a prescrit ce médicament de décider. N’arrêtez pas du jour au lendemain.

Si les troubles ne se sont pas atténués depuis l’arrêt, parlez-en à votre médecin traitant et donnez vos dates : « Mirtazapine 15 mg à partir de mars 2023, dernier comprimé en mai 2023. » Dites ce qui a changé, par exemple « plus aucun désir » ou « je sens à peine le toucher », et comment était votre sexualité avant.

Trois questions à poser à votre médecin

  1. La mirtazapine peut-elle expliquer ce que je constate, même après l’arrêt ?
  2. Que faut-il écarter d’autre, comme une dépression ou d’autres médicaments ?
  3. Peut-on le noter dans mon dossier comme un effet secondaire suspecté ?

Vous pouvez commencer par : « Tout a changé après la mirtazapine, et rien n’est revenu depuis l’arrêt. »

Beaucoup de personnes disent qu’il leur a fallu du temps pour être prises au sérieux. Vous pouvez faire un signalement sans l’accord d’un médecin.

Signalez-le : cela aide tout le monde

Ce que votre médecin note dans votre dossier vous aide, vous. Un signalement à l’agence du médicament aide tous les autres : c’est ainsi que l’on repère les signaux.

  • Aucune preuve n’est nécessaire. Le doute suffit, même des années après l’arrêt.
  • Où : en France, à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr ; au Royaume-Uni, le dispositif Yellow Card ; aux États-Unis, MedWatch.
  • Employez les bons mots. Nommez la mirtazapine, décrivez ce qui a changé et écrivez que cela a continué après l’arrêt. Le terme Dysfonction sexuelle après ISRS (MedDRA 10086208 ; en anglais : Post-SSRI sexual dysfunction) existe, mais son nom renvoie aux ISRS.

Cette courte vidéo de l’agence britannique du médicament (MHRA) montre chaque étape d’un signalement Yellow Card, le dispositif du Royaume-Uni, pour savoir à quoi s’attendre avant de commencer. Elle est en anglais ; en France, le signalement passe par le portail de l’ANSM indiqué ci-dessus.

Le guide de l’agence britannique du médicament (MHRA) pour faire un signalement Yellow Card (en anglais), environ 90 secondes.

Notre guide pour signaler des effets secondaires vous accompagne étape par étape

Quelles sont les autres questions fréquentes ?

La mirtazapine peut-elle augmenter la libido ? Chez certaines personnes, oui. La notice de la FDA cite une augmentation de la libido parmi les réactions peu fréquentes. Un cas clinique publié en 2009 (en anglais) décrit une femme qui avait des orgasmes spontanés sous mirtazapine. Ils se sont atténués après l’arrêt.

Cela pourrait-il venir de ma dépression ? Elle peut jouer un rôle, car la dépression elle-même fait souvent baisser le désir. C’est pourquoi les critères de la PSSD demandent comment était la sexualité avant le médicament. Notre guide PSSD ou dépression passe en revue les signes.

Les femmes sont-elles aussi concernées ? Des femmes le signalent aussi. L’étude espagnole a interrogé des femmes comme des hommes, et Cornelia fait partie des femmes qui décrivent des troubles durables. Notre article sur la PSSD chez la femme fait le point sur ce que l’on sait de symptômes comme l’engourdissement génital.

Cornelia a pris de la mirtazapine pendant trois semaines. Si votre sexualité ou vos émotions ne sont plus les mêmes depuis votre dernier comprimé, signalez-le, et lisez notre page sur la PSSD.

Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.

Sources

  1. Mirtazapine 15, 30 and 45 mg Tablets (Milpharm), notice (en anglais), Electronic Medicines Compendium (EMC 531), dernière révision en novembre 2024, lue le 21 octobre 2026. Rubrique 4, effets secondaires de fréquence indéterminée : « prolonged painful erection of the penis » (érection prolongée et douloureuse du pénis). Aucun autre effet secondaire sexuel, et aucune phrase sur des effets qui continueraient après l’arrêt. Deux autres notices britanniques de mirtazapine sur l’EMC (solution buvable, EMC 2023, révisée en octobre 2023 ; comprimés à 30 mg, EMC 100083, révisée en juillet 2024) contiennent la même ligne unique, lues le 21 octobre 2026. Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) (en anglais) correspondant, révisé le 2 décembre 2024, cite le priapisme parmi les affections des organes de reproduction et aucune autre réaction sexuelle à la rubrique 4.8.
  2. NHS, Mirtazapine (en anglais), page révisée pour la dernière fois le 18 août 2026. Lue le 21 octobre 2026 ; elle ne parle pas de sexualité.
  3. Remeron et RemeronSolTab (mirtazapine), notice de la FDA (en anglais), Organon, version DailyMed du 8 août 2025. Rubrique 6.1, autres effets indésirables : « impotence » (troubles de l’érection), « infrequent » (peu fréquent, de 1 patient sur 100 à 1 sur 1 000), « abnormal ejaculation » (troubles de l’éjaculation), « rare » (rare, moins de 1 sur 1 000), « libido increased » (augmentation de la libido), « infrequent ». Rubrique 6.2, priapisme après la mise sur le marché.
  4. Agence européenne des médicaments, comité de sécurité de l’EMA (PRAC). PRAC recommendations on signals adopted at the 13-16 May 2019 PRAC meeting (en anglais). EMA/PRAC/265212/2019, section sur les IRSN et les ISRS : dysfonction sexuelle persistante après l’arrêt du médicament. Sont cités le citalopram, l’escitalopram, la fluoxétine, la fluvoxamine, la paroxétine, la sertraline, la desvenlafaxine, la duloxétine, le milnacipran et la venlafaxine. La mirtazapine n’est pas mentionnée.
  5. Healy D, Bahrick A, Bak M et al. Diagnostic criteria for enduring sexual dysfunction after treatment with antidepressants, finasteride and isotretinoin (en anglais). Int J Risk Saf Med 2022;33(1):65-76. Les critères de la PSSD exigent un « traitement antérieur par un inhibiteur de la recapture de la sérotonine ». Section 3 : modification durable de la sensibilité génitale après l’arrêt du traitement ; les symptômes associés comprennent l’émoussement émotionnel, des troubles cognitifs et d’autres troubles sensoriels. Section 8, autres médicaments : signalements d’une dysfonction sexuelle persistante qui ressemble à la PSSD après des psychotropes qui ne sont pas des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, dont la mirtazapine ; « données insuffisantes » pour savoir s’il s’agit d’un syndrome apparenté ou différent.
  6. Montejo AL, Llorca G, Izquierdo JA, Rico-Villademoros F. Incidence of sexual dysfunction associated with antidepressant agents: a prospective multicenter study of 1022 outpatients (en anglais). J Clin Psychiatry 2001;62 Suppl 3:10-21. Étude ouverte, sans groupe placebo ; personnes dont la fonction sexuelle était normale auparavant, interrogées avec le Psychotropic-Related Sexual Dysfunction Questionnaire. L’introduction indique que ces troubles sont sous-estimés sans questionnaire spécifique, et que la mirtazapine et quelques autres antidépresseurs « semblent avoir moins d’effets secondaires sexuels ». Mirtazapine : 12 sur 49 (24 %). Pendant le traitement uniquement.
  7. Shalev H, Ben-Zion I, Shiber A. A case of mirtazapine-induced spontaneous orgasms in a female patient (en anglais). J Psychopharmacol 2009;23(1):109-10. Un seul cas clinique ; les symptômes se sont atténués après l’arrêt de la mirtazapine.
  8. Moral Medicine, Woman’s Life Ruined by Mirtazapine Induced Post SSRI Sexual Dysfunction (PSSD) (en anglais), entretien avec Cornelia, 20 novembre 2024, 23 minutes 24 secondes. Le titre est celui de la chaîne. Notre description de ses symptômes suit sa page de témoignage, qui suit la description de la vidéo. Son témoignage sur notre site : Cornelia : 3 semaines de mirtazapine.
  9. MHRA, Yellow Card - How to report (en anglais), 12 novembre 2024, 1 minute 33 secondes.

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