Finastéride : comment signaler vos effets secondaires
Si le finastéride vous a causé des effets secondaires, signalez-le vous-même à l’ANSM. Comment faire, quel code utiliser et ce qui se passe ensuite.
Si le finastéride vous a causé des effets secondaires, vous pouvez le signaler vous-même. Cela prend environ quinze minutes, vous n’avez besoin ni d’un médecin ni d’une preuve. En France, ce signalement se fait auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), via le portail signalement.social-sante.gouv.fr. À titre de comparaison, au Royaume-Uni : au 5 avril 2024, l’agence britannique du médicament avait reçu 426 signalements de ce type, et dans près de la moitié des cas les personnes ne s’étaient toujours pas rétablies.
Vous découvrez le sujet ? Commencez par le guide. Si vous savez déjà ce qui vous est arrivé, allez directement au formulaire. Si vous vivez en France, faites votre signalement à l’ANSM : le guide décrit aussi ce parcours.
À qui adressez-vous votre signalement ?
La MHRA est la Medicines and Healthcare products Regulatory Agency, l’agence britannique du médicament. En clair : c’est l’organisme public qui décide des mises en garde portées par un médicament au Royaume-Uni, et si ce médicament peut rester en vente.
Le dispositif Yellow Card est la façon dont elle a connaissance des effets secondaires. Il existe depuis 1964 et se trouve à yellowcard.mhra.gov.uk (en anglais). En France, c’est l’ANSM qui tient ce rôle, par le portail de signalement des événements sanitaires indésirables.
Voici ce que l’on comprend le plus souvent de travers :
- Vous n’avez pas besoin qu’un médecin soit d’accord avec vous.
- Vous n’avez pas à prouver que le médicament est en cause. Le doute suffit.
- Vous n’avez pas besoin de prendre encore le médicament.
- Votre signalement compte autant que celui d’un médecin spécialiste.
Ce dernier point pèse ici plus que pour la plupart des médicaments. Le syndrome post-finastéride (PFS) est le nom que les personnes concernées donnent aux symptômes qui persistent après l’arrêt du finastéride (vendu sous les noms de Propecia, Proscar et en génériques). Beaucoup s’entendent dire que cela n’existe pas. Si vous attendez que quelqu’un d’autre le signale, le signalement risque de ne jamais être fait. Si vous cherchez encore à savoir si c’est bien ce que vous avez, lisez d’abord ce qu’est le PFS.
Quel code utiliser ?
C’est la partie que presque tout le monde manque, et c’est elle qui sépare un signalement que l’on retrouve d’un signalement qui disparaît dans une pile générale.
Les agences n’enregistrent pas vos mots. Elles enregistrent un terme MedDRA, un code issu d’un dictionnaire médical standard, utilisé par toutes les agences du monde pour que les signalements puissent être comptés ensemble. Si votre signalement n’est pas codé sous le bon terme, personne qui cherche ce schéma ne le trouvera.
Il existe un code précis pour cela.
Code MedDRA 10082430
Terme en anglais : Post 5-alpha-reductase inhibitor syndrome
Utilisez-le si vous avez pris du finastéride ou du dutastéride - Propecia, Proscar, Avodart, Duodart ou tout générique. Recopiez ce texte exactement dans le champ de texte libre où vous décrivez votre réaction, puis décrivez avec vos mots ce qui vous est arrivé.
Ce qu’il faut savoir sur ce terme :
- « 5-alpha-reductase inhibitor » désigne la classe de médicaments à laquelle appartient le finastéride. Le terme signifie « le syndrome survenu après ce médicament ».
- C’est la dénomination officielle. « Syndrome post-finastéride » est le nom qu’emploient les personnes concernées, et il ne figure pas dans le dictionnaire : ne l’utilisez donc pas seul.
- Décrivez malgré tout vos symptômes avec vos propres mots. Le code range votre signalement dans le bon groupe ; votre description, c’est ce que lit la personne qui l’évalue.
- Notre guide pour signaler des effets secondaires donne le même terme pour 65 pays. Il décrit aussi le signalement à l’ANSM.
Ce qu’il faut préparer avant de commencer
Vous pouvez le faire depuis votre téléphone. Ayez sous la main :
- Le nom et la dose du médicament - par exemple finastéride 1 mg.
- Quand vous avez commencé et quand vous avez arrêté, aussi précisément que vous vous en souvenez.
- Ce qui s’est passé, avec vos mots. Un langage simple suffit.
- Si cela a commencé ou continué après l’arrêt. La MHRA a expressément demandé aux personnes qui signalent de préciser en particulier si un effet secondaire a persisté ou est apparu après l’arrêt du traitement (en anglais). C’est là que se trouve le trou dans les données. Vous êtes la personne qui peut le combler.
- Les autres médicaments que vous preniez à ce moment-là.
Les dates n’ont pas besoin d’être exactes. Un mois approximatif vaut mieux qu’aucun signalement.
Que se passe-t-il après l’envoi ?
Ni rien, ni miracle. La MHRA a publié la séquence.
Vous recevez une copie de ce que vous avez envoyé. Une trace concrète existe désormais en dehors de votre tête.
Il y est vérifié, contrôlé sur sa qualité et rendu consultable, aux côtés de tous les autres signalements britanniques.
Il cherche les couples médicament-symptôme qui reviennent plus souvent qu’attendu. C’est pour cela que le code compte : c’est par lui que votre signalement est regroupé.
Médecins, pharmaciens et scientifiques le confrontent aux travaux publiés et aux données d’autres pays, puis conseillent un comité d’experts.
Pour le finastéride, cela a donné une carte de mise en garde dans chaque boîte en 2024, et des mises en garde actualisées en 2026.
Deux détails qui rassurent :
- Votre signalement n’a rien à prouver à lui seul. La MHRA écrit que « la causalité n’est pas attribuée aux signalements individuels » : ils sont évalués ensemble, comme un groupe.
- Il voyage. Les signalements venus de Grande-Bretagne sont transmis au centre de surveillance de l’OMS à Uppsala et au fabricant. Ceux d’Irlande du Nord vont à l’Agence européenne des médicaments.
Combien de signalements existent déjà ?
Directement tiré des bulletins de l’agence :
- 426 signalements de finastéride et dysfonction sexuelle, de novembre 1992 au 5 avril 2024 (en anglais). Dans près de la moitié, l’issue était enregistrée comme « non rétabli » ou « non résolu ».
- 281 signalements de finastéride et humeur dépressive ou comportements suicidaires et auto-agressifs, depuis février 1993.
- 170 signalements d’idées suicidaires et 19 signalements de décès par suicide, jusqu’au 31 mai 2025, d’après la mise à jour de mai 2026 (en anglais).
Lisez ces chiffres avec prudence. Ils comptent des signalements, ils ne mesurent pas la fréquence du problème. La MHRA le dit sans détour : les réactions signalées « ne signifient pas nécessairement que le médicament a causé la réaction », et les données Yellow Card ne permettent pas de calculer des taux (en anglais) ni de classer un médicament par rapport à un autre. Ces chiffres décrivent la taille du dossier, pas la taille du problème.
Les signalements ont malgré tout mené quelque part, deux fois :
- 2024 - un comité d’experts a recommandé une carte de mise en garde dans chaque boîte de finastéride, parce que les effets secondaires étaient « mal connus des prescripteurs et des patients ».
- 2026 - la MHRA a exigé que la notice du finastéride 1 mg précise que les effets secondaires sexuels peuvent agir sur l’humeur, et qu’ils peuvent aussi survenir sans aucun changement d’humeur.
Une limite, dite clairement, parce que d’autres pages la brouillent. Des patients ont demandé directement à la MHRA de reconnaître le syndrome post-finastéride comme un diagnostic médical. Sa réponse publiée : cela ne relève pas de ses attributions (en anglais). Elle a admis que des effets secondaires sexuels et psychiatriques persistants sont signalés avec le finastéride. C’est une affirmation plus modeste que la reconnaissance d’un syndrome, et c’est celle qui est exacte.
Un seul signalement, cela change-t-il quelque chose ?
Voici la réponse honnête, qui vaut mieux que les encouragements habituels.
Personne ne sait ce qui n’est jamais signalé. Interrogée sur son estimation, la MHRA a répondu par écrit qu’elle n’en a pas (en anglais) (FOI 24/310, avril 2024). Dans le même courrier, elle a confirmé que tous les systèmes de ce type « sont connus pour être soumis à une sous-déclaration ».
Le trou n’est donc pas une invention des patients. C’est la position de l’agence elle-même, sans chiffre attaché.
Cela paraît sombre, jusqu’à ce que l’on voie ce que cela implique :
- La MHRA contourne ce trou en comparant les médicaments entre eux, plutôt qu’en comptant combien de personnes ont subi un préjudice.
- Cette comparaison repose sur le nombre de signalements accumulés par chaque médicament, rapporté à tous les autres.
- Signaler modifie donc une donnée qui entre dans cette comparaison.
C’est une affirmation plus modeste que « votre signalement déclenche une enquête ». Aucune règle ne dit qu’un certain nombre de signalements oblige à agir. Mais une réaction non signalée n’est pas un signal plus faible : elle est simplement absente de la base de données.
Ce que vous pouvez faire maintenant
- Faites le signalement sur yellowcard.mhra.gov.uk (en anglais) si vous vivez au Royaume-Uni, avec le terme MedDRA Post 5-alpha-reductase inhibitor syndrome (10082430). Quinze minutes.
- Vous vivez en France ou ailleurs ? Notre guide pour signaler des effets secondaires décrit le parcours par l’ANSM, qui transmet votre déclaration d’effet indésirable à votre centre régional de pharmacovigilance (CRPV), ainsi que le parcours par l’agence américaine du médicament (FDA) et celui de 65 pays, avec le terme correspondant.
- Inscrivez-vous au registre de patients. Le Yellow Card enregistre une réaction. Le registre suit une personne dans le temps, ce dont la recherche a besoin et ce pour quoi la base de données d’une agence n’a jamais été conçue. Les deux ensemble prennent moins d’une heure.
Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 h/24 et 7 j/7, et répondu par des professionnels de santé formés. SOS Amitié est joignable au 09 72 39 40 50.